Histoire

14 janvier 2012

Notes du passé - Un homme d’ordre et de discipline dans l’île

Enregistré dans : Histoire — Josielle @ 12:58

Dès son arrivée à Madagascar le 15 juin 1939, le gouverneur général de Coppet annonce la couleur: défense nationale pour les Français, travail pour les Mal­gaches afin de « préserver la liberté ». À cette époque, Antana­narivo au fait des évènements mondiaux, attend cette arrivée avec impatience. 30 000 personnes à majorité malgache, véritable marée humaine, sont mobilisées pour accueillir ce « raiamandreny » puisque « ce serait commettre un sacrilège que de manquer aux devoirs  qui s’imposent envers lui, et même la seule indifférence à son égard n’est pas admise par la tradition »  (chroniqueur de la Revue de Madagas­car, juillet 1939). Et d’après notre reporter, l’impatience et la joie se lisent sur tous les visages- et sans doute aussi la curiosité- de voir de Coppet qui est « l’objet d’indescriptibles ovations ». Gouverneur général qui est « très visiblement ému par l’enthousiasme de cette foule délirante qui l’acclame frénétiquement et à laquelle il ne cesse de répondre majestueusement ». À noter cependant que tous les nouveaux chefs de la Colonie sont ainsi accueillis dans la capitale !
C’est à la Résidence au cours d’une réception qui suit cet accueil populaire « délirant » qu’il présente ce qu’il appelle ses deux programmes à courte et longue échéances. « Bien qu’un gouverneur, simple agent d’exécution, n’ait d’autre politique que celle du gouvernement qu’il représente, j’ai en vue deux programmes, deux plans d’action ».
Le premier se résume en deux mots: défense nationale. « Dans les circonstances si graves que traverse le monde en présence des convoitises dont notre empire colonial est l’objet, tout Français qu’il soit en France ou d’Outremer, a pour premier devoir de défendre son pays ». Plus précisément, le sol où il est né, celui qu’il met en valeur pour défendre ses biens qu’il a conquis par son travail. « Par dessus tout, il doit défendre sa liberté car il n’échappe à personne aujourd’hui qu’une défaite serait pour nous l’esclavage ».
Dans ce programme, de Coppet prévoit la mise en place d’une armée coloniale, souci « cardinal » de ceux qui détiennent le moindre pouvoir. De leur côté, les habitants doivent concourir à cette défense par son travail. Car travailler c’est produire davantage. L’autre programme « de réalisation plus lointaine (…) en toute vérité je vous avouerai que je n’en sais rien ».
De Coppet a déjà passé trois ans à Antananarivo, trente ans plus tôt. « Trente ans de fécond labeur pour les Français en faveur de la Grande île, dont les manifestations actuelles si diverses m’ont émer­veillé », précise-t-il. Il faut reconnaître que ces trois années passées à Madagascar dans sa jeunesse l’ont incité à suivre l’évolution du pays à travers les livres, la réglementation, les expositions, les photographies et même les films. 
« Mais rien ne remplace l’expérience directe, le contact avec la terre, l’atmosphère, la vie d’un pays… ». 
Et ce, pour apprendre à nouveau le pays, pour tout voir, tout entendre afin de dresser ce programme à long terme comme tout bon gouverneur qui se respecte. Et encore, il compte dresser ce plan d’actions avec la collaboration des « divers peuples » qui composent la Grande île car « il doit s’efforcer de réaliser l’harmonie entre ces éléments ».

Cependant, il avertit qu’il prendra toute décision que lui dicteront les circonstances et l’intérêt général du pays. Fort de ses trente-cinq ans d’expérience coloniale, notamment en Afrique où il a rempli toutes les fonctions que l’on peut confier à un administrateur du plus bas au plus haut de l’échelle, il se déclare « homme de métier». Et surtout « homme d’ordre et de discipline ». Il lance alors un avertissement sévère à l’encontre de « ceux qui seraient tentés de troubler cet ordre, d’enfreindre cette discipline à la loi, aux règlements ».
Et d’expliquer sa conception de la discipline: « Sans la discipline, il n’y a ni liberté, ni progrès possible, ni pour un homme, ni pour un pays. Quiconque enfreindrait cette discipline sociale nécessaire, serait étonné de la rapidité et de la rigueur des décisions que je ne manquerais pas de prendre à son égard ». Pour terminer, il indique la signification qu’il donne à la « formule touchante » de « raiamandreny ». « Il veut dire d’une part, fermeté et de l’autre, bienveillance, et je m’efforcerai de l’appliquer ainsi ».

Extrait l’Express de Madagascar - Samedi 14 janvier 2012

16 décembre 2011

Notes du passé - Le droit foncier pour protéger le petit peuple

Enregistré dans : Histoire — Josielle @ 11:47

La terre a toujours eu une grande valeur sentimentale pour les Malgaches, qu’elle vienne des « razana » (héritage des aïeux ou tanindrazana) ou qu’ils l’aient achetée. Et depuis longtemps aussi, des problèmes fonciers se sont posés, qui se résument en litiges de toutes sortes.
Pour éviter ce genre de conflits, Andrianampoinimerina, au cours de kabary comme il se doit, décrète tout ce qui doit permettre de préserver les biens de chacun. « Contre quiconque usurpera les biens d’autrui, je sévirai ». Ces peines vont du paiement d’amendes faites de 3 à 100 piastres et de 3 à 50 zébus, en passant par l’emprisonnement ou la perte d’une moitié de biens.
Mais quand le voleur reconnaît sa faute, cette peine peut être réduite de moitié si elle est importante, sinon elle se limite à l’immolation d’un bœuf en l’honneur du roi car « la terre m’appartient », précise ce dernier, « je vous la donne pour que vous puissiez assurer votre subsistance et celle de votre famille ». En contrepartie, chacun paiera l’impôt foncier.
En général, un litige foncier se termine par le paiement par le vaincu de 7 piastres et 7 zébus au titulaire du terrain.
Celui-ci peut cependant vendre sa terre ou l’échanger sous plusieurs conditions: la vente ou l’échange doit se faire entre deux habitants d’un même territoire, sinon la vente définitive (varo-maty) est interdite car le terrain passera sous l’autorité d’un autre, ce qui peut compliquer les différends: l’impôt foncier est à payer régulièrement par le nouveau titulaire et le « fehivava », contrat dissoluble (location, métayage) doit se limiter à un temps assez court (une ou deux saisons culturales).
C’est dire que la présence de témoins des tractations jusqu’à l’accord final est obligatoire et quiconque ne respecte pas cette dernière condition, paiera 10 piastres et 10 zébus en cas de conflit. De plus, si l’un des contractants dénie carrément l’accord (mitso-bato), il paiera 100 piastres pour le roi et 30 avec un zébu pour le fokonolona.
En outre, nul ne peut vendre un terrain au serviteur d’un tiers, par contre le métayage est autorisé dans ce cas si des témoins en attestent le contrat. À propos de témoins justement, le roi estime plus judicieux qu’ils soient nombreux, pour que le décès de l’un d’eux ne provoque un conflit puisque « 1000 hommes ne meurent pas en un jour », Andrianampoinimerina recommande un minimum de trois témoins. Leurs responsabilités sont grandes. Ce sont « les cornes et les oreilles » de l’accord: ils n’ont pas le droit d’en fausser le sens comme ils ont l’obligation de veiller à sa bonne application.
Ainsi, si pour une raison ou une autre (intimidation, corruption…) ils sont amenés à faire de faux témoignages, ils encourent une peine minimale de 10 piastres et 10 bœufs et sans espoir de réduction. Si le préjudice est jugé plus important, ils passent par l’épreuve du tanguin sur des chiens qui les représentent. Si les animaux meurent, ils paient chacun une amende de 100 piastres et 10 bœufs. Dans le cas d’un récidive, ils passent une nouvelle fois par l’épreuve du tanguin, mais sans l’intermédiaire de chiens. S’ils en meurent, ils n’auront pas droit à un enterrement décent. 
« Puisque si on ne peut plus avoir confiance aux témoins, le royaume s’en ira à vau-l’eau ».
Toutefois, une présumée victime (plutôt un usurpateur) qui attend la mort des témoins avant de faire des réclamations ou nuire à la partie adverse (miandry teza ho lavo) risque de même une lourde peine. Non seulement il perd son procès, mais il paie 10 piastres et 10 zébus sans espoir d’être gracié même s’il avoue ultérieurement sa faute pour usurpation de biens d’un sujet du roi.
Autre crime qui encourt une peine sévère: le déplacement des bornes délimitant chaque terrain. Dans ce cas, le coupable versera 100 piastres pour le roi et 30 piastres et un zébu pour le fokonolona. La même peine est exigée de celui qui dépasse les limites des bornes (mihoa-bato).
Quant aux héritiers qui veulent passer outre les accords de vente ou d’échange faits par leurs parents (raràna tsy zaka), ils paieront 100 piastres au roi, 30 piastres et un zébu pour le fokonolona. D’ailleurs, si un acheteur ne paie qu’une partie du prix du terrain et qu’il en retarde sans cesse le paiement intégral (manao lefilany), le vendeur récupère son bien sans autre forme de procès.
Cette loi comporte aussi le règlement de toutes sortes de litiges aussi variés qu’actuellement et inhérents à la vie en société, qu’il s’agisse de détournement d’eau d’une fonction, de partage d’héritage ou même de taux d’usure…

Extrait l’Express de Madagascar - Pela Ravalitera

26 novembre 2011

Notes du passé - Les anciens pillages de la nature malgache

Enregistré dans : Histoire — Josielle @ 12:58

S’alimenter et se soigner sont de tous les temps, dans tous les pays et chez tous les peuples deux préoccupations primordiales. C’est ce qui explique que les premières recherches portant sur les produits naturels se rapportent aux plantes alimentaires ou médicinales. Au cours des âges, dès qu’un pays est découvert, on y recherche les substances  consommables ainsi que les végétaux utilisables en thérapeutique.
À Madagascar, les premiers naturalistes ont été les sorciers, devins et guérisseurs (ombiasy) qui, de bonne heure, ont connu les principaux éléments de la faune et de la flore de leur pays. C’est encore eux qui, dans les villages campagnards, pratiquent plus ou moins empiriquement la médecine des simples, ont connaissance des antidotes naturels antivénimeux, observent les mœurs et habitudes des animaux, trouvent les filons des métaux précieux…
Selon Henri Poisson, parmi les peuples de l’Antiquité, les Phéniciens  qui, bien avant Vasco de Gama, ont doublé le cap de Bonne-Espérance et fait le tour de l’Afrique, ont dû venir à Mada­gascar pour y rechercher des denrées commerciales empruntées aux productions de la Grande île. Les Grecs ont aussi fréquenté les côtes madécasses. Depuis une époque très lointaine, les Indiens, les Malais, les Chinois ont établi des relations de commerce avec les « naturels ». Les Égyptiens, eux aussi, ont connu et visité Madagascar. Bien avant eux, dès le XIIe siècle les Arabes ont rapporté des contrées malgaches du santal, des fruits de tamariniers, du camphre, des aromates… 
Au XVIe siècle, les Portugais recherchent les mêmes ingrédients auxquels ils ajoutent des épices comme le girofle et le gingembre. C’est ainsi qu’en1506, le capitaine Jean Rodrigue Pereira de la flotte de Tristan d’Acunha constate la présence de plantes médicinales et aromatiques employées par les autochtones.
En 1515, Andrea Corsali décrit « l’isle Saint-Laurent » (Madagas­car) où abondent toutes sortes d’animaux domestiques et sauvages, où il y a de l’argent, de l’ambre gris, du gingembre, du girofle dont le parfum est supérieur à celui de l’Inde,  et beaucoup d’autres choses. En 1517, trois navires français de Dieppe se rendent dans la Grande île et en ramènent une cargaison de plantes aromatiques et médicinales. En 1563, paraît le premier livre de matières médicales de Garzius qui mentionne des produits naturels de l’île Saint-Laurent. En 1598, dans le travail de G.A.W. Lodewijckss, commissaire de bord du « Mauritius » de la flotte de l’amiral Cornelis de Houtmann, on peut voir les premières figures de plantes de Madagascar.
Au début du XVIIe siècle, les voyages ont surtout lieu dans le Sud, région « étrange » par sa végétation et qui suscite de la part des navigateurs, une admiration et un étonnement considérables. En 1602, François-Martin de Vitré, qui relâche dans la baie de Saint-Augustin avec le navire « Le Croissant », donne une liste des productions naturelles de cette région (1619). Quelques années après, en 1609, Megister publie en allemand un volume sur la « Description véridique complète et détaillée  aussi bien historique que géographique  de l’île extrêmement riche, puissante et célèbre de Mada­gascar, autrement nommée Saint-Laurent, comme la plus grande de toutes celles du monde », de ses habitants, animaux fruits et végétaux. Le tout orné de jolies gravures sur cuivre. 
En 1614, le RP Luis Mariano rapporte les ordalies par les poisons végétaux. En 1639, Jean-Albrecht Mandelslo passe à Saint-Augustin et Oléarius en 1651 qui mentionne ce voyage, y note la présence d’ébéniers, d’aloès et de sang-dragon (harongana). Richard Boothby, marchand de Londres venu à Madagascar en 1630, publie en 1646 un ouvrage où se trouvent une belle description de l’île et de ses habitants, une nomenclature des plantes utiles alimentaires, des animaux, des fruits et des produits divers. Il envisage de faire  de cette terre une colonie anglaise. À peu près à la même époque, François Cauche, dans la relation de son voyage, cite et décrit des animaux et des végétaux.
En 1658, Flacourt est plus complet dans son « Histoire de la Grande Isle de Madagas­car ». On peut aussi citer  les ouvrages de J.de Bollan, d’après le journal de bord du navire hollandais « Le Postillon » (1661-1664); de Du Bois: « Les voyages faits par le sieur D.G. aux îles Dauphine pendant les années 1669-1672 »; de Johan Christian Hoffman, pasteur de l’île Maurice…

Extrait l’Express de Madagascar - Samedi 26 novembre 2011

22 novembre 2011

Société - Ranavalona III: 150 ans aujourd’hui

Enregistré dans : Histoire — Josielle @ 14:33

Il y a 150 ans jour pour jour, une reine est née. Fille de la princesse Raketaka et d’Andriantsimianatra, la princesse Razafindrahety est née le 22 novembre 1861 à Amparibe. La dernière souveraine de Madagascar est couronnée reine le jour de son anniversaire, le 22 novembre 1883, à Mahamasina, sous le nom de Ranavalona III. Elle n’a alors que 22 ans. A son intronisation, le pays est sous le joug de l’impérialisme colonialiste, la jeune souveraine connaît alors un début de règne difficile et dut faire face à une pression constante des autorités françaises.

Le nouveau gouverneur, Hippolyte Laroche oblige la Reine à signer un traité de "prise de possession", le 18 janvier 1896.

Le premier Ministre Rainilaiarivony est exilé hors de l’île, mais la Reine conserve symboliquement ses pouvoirs (fictifs).

Madagascar est déclaré colonie française à compter du 6 août 1896 par l’Assemblée nationale française. La nuit du 28 février 1897, la Reine et sa famille proche sont arrêtés par surprise par le général Gallieni, gouverneur général, et envoyés en exil à l’île de la Réunion, puis en Algérie. A titre anecdotique, la Reine entreprit quelques visites de la métropole française. Bien qu’exilée, la Reine demeura un chef d’Etat respecté, voire acclamé : ces visites dans la ville d’Arcachon en témoignent, la foule en liesse criait : "Vive la Reine" ; et de belles résidences sont mises à sa disposition, notamment celle de Fontainebleau.

Le départ de la Reine Ranavalona III met officiellement fin à la monarchie merina, remplacée par un régime colonial.

Pour prévenir toute révolte, les autorités coloniales procèdent à une fouille de la capitale et ses environs afin de trouver tout Andriana de la lignée royale susceptible de reprendre la lutte contre les colons. La reine Ranavalona III est décédée le 23 mai 1917 à  Alger. Ses cendres ne furent rapatriées que le 10 octobre 1938 et reposent maintenant auprès des siens au Palais de la Reine, à Antananarivo. Jadis sous son règne, ce jour est célébré avec des festivités joyeuses de la fête royale du bain (fandroana).

Extrait La Gazette de la Grande Île - Mardi 22 Novembre 2011

5 novembre 2011

Notes du passé - Début d’un long périple autour de l’île

Enregistré dans : Histoire — Josielle @ 13:34

A partir du mois de mai 1897,  le résident général Joseph Gallieni commence un long périple qui le mène autour de la Grande île. Parti de Toamasina  le 19 mai en début de matinée à bord du « Lapérouse », il entreprend sa tournée d’inspection des côtes en se dirigeant vers le Nord. Il arrive à Sainte-Marie le même jour en milieu d’après-midi. 
Sans perdre une minute, il se rend à la Résidence où le médecin des Colonies chargé des fonctions d’administrateur lui présente les fonctionnaires de la Dépendance. Le général Gallieni visite ensuite les divers services ainsi que l’école des garçons et celle des filles. 
Il reçoit aussi les membres de la Chambre consultative qui lui présentent leurs desiderata. Ils lui signalent l’intérêt que présente le développement des cultures tropicales dans la Colonie et pour remédier à la baisse considérable du prix du girofle sur les marchés de France, ils émettent le vœu tendant à l’augmentation de la détaxe accordée sur ce produit. Le Général leur promet de transmettre et d’appuyer leur demande auprès du ministre responsable.
En outre, pour satisfaire une requête des colons en vue de faciliter les débarquements, le Général décide qu’un agent technique viendra à Sainte-Marie afin d’étudier le dragage du « barachois » qui donne accès au petit port d’Ambodifototra.
Le « Lapérouse » quitte l’île le 20 mai au matin pour mouiller dans l’après-midi dans la rade de Maroantsetra, mais il ne descend à terre que le lendemain. En l’absence du résident en tournée, il y est reçu par le commis de résidence qui lui présente les colons réunionnais et mauriciens, pour la plupart représentants des maisons de commerce de Toamasina. Ils affirment la reprise des transactions commerciales avec l’intérieur depuis la pacification de la région. Ce que le Général  constate par lui-même. Cependant les colons se plaignent du défaut de main-d’œuvre. Aussi prend-il aussitôt des mesures adéquates. 
Dans ce point de négoce, le commerce porte principalement sur l’exportation du caoutchouc, du raphia  et sur l’importation de cotonnades étrangères. Comme exploitation agricole, il n’existe alors à Maroantsetra qu’une vanillerie, mais tous les colons s’accordent à reconnaître la fertilité de la région.
Sur la convocation de ses chefs, la population locale se réunit pour souhaiter la bienvenue au résident général et lui assure « de son dévouement à la France » et manifeste « sa satisfaction d’être délivrée du gouvernement de la reine ». Les quelques Merina restés dans la région, se limitent à faire du commerce.
Le général Gallieni quitte la ville le 22 mai pour Vohémar où il débarque le jour même. Comme précédemment, il fait la connaissance des fonctionnaires et des colons de la localité. Ces derniers, Réunionnais et Mauriciens également, déplorent comme ceux de Maroantsetra l’inexistence de la main-d’œuvre autochtone. Ils demandent aussi qu’une ligne de navigation desserve Vohémar. En réponse, le résident général ordonne de hâter la réglementation du travail et assure qu’il se préoccupe de l’organisation d’un service régulier de navigation sur la côte Est. 
À noter que les Sakalava de Vohémar comme les Betsimi­saraka de Maroantsetra expriment « leurs sentiments d’attachement à la France et leur satisfaction du nouveau régime établi ».
Le général Gallieni embarque le 24 mai au matin pour Diego-Suarez. Au programme: rencontre avec l’administrateur-maire et les fonctionnaires; visite des services civils; inspection des travaux d’adduction d’eau dans la ville d’Antsiranana. C’est ainsi qu’il constate que la captation des eaux de l’Alandriana et d’une source voisine est achevée jusqu’à un kilomètre de la ville. La fin des travaux est prévu fin juillet 1897.
Le lendemain, il inspecte les services militaires et les casernes d’Antsiranana le matin, et l’après-midi, avec les responsables locaux il se rend à Antongobato, situé à 9 km du cul-de-sac Gallois à l’intérieur des terres. Son séjour se passe également à visiter d’autres usines ainsi que les exploitations de la Société des salines au fond de la baie.

Extrait l’Express de Madagascar - Samedi 05 novembre 2011

10 septembre 2011

Notes du passé - Différents courants chez les Menalamba

Enregistré dans : Histoire — Josielle @ 13:13

A Madagascar, après avoir employé les mots « protection » en 1885, « protectorat et toutes ses conséquences » en 1895, le gouvernement français ne dit plus rien en 1896. « Par le subterfuge du protectorat, on voulait une colonie qui ne disait point son nom; en ne disant rien, on pensait encore raffiner sur ces subtilités qui, n’embrayant pas sur le réel, autorisaient toutes les audaces et tous les espoirs » (Roger Pascal, Bulletin de Madagascar, octobre 1966).

En fait, cette confusion volontaire, « préparait contre le régime civil, appelé à gouverner d’abord Madagascar, et contre la monarchie malgache qu’il avait pour collaboratrice et pour instrument, le mouvement d’irritation qui devait grandir jusqu’à les emporter, l’un et l’autre, monarchie malgache et régime civil » (Hippolyte Laroche).

On commence par rattacher Diego-Suarez, Sainte-Marie et Nosy Be- où s’étend déjà la souveraineté de la France- au reste de l’île pour faciliter l’administration. Et pour éviter les réclamations des puissances étrangères qui, pour des raisons commerciales, invitent la France à dévoiler ses intentions, Madagascar est d’abord rattaché au ministère des Colonies (décret du 27 janvier 1896) puis annexé (loi d’annexion du 6 août 1896).

Le résident général se voit ainsi tenu par les instructions du ministre des Affaires étrangères Berthelot, partisan du protectorat, puis par celles du ministre des Colonies Gueysse qui entend conserver « l’administration indigène comme rouage, afin d’utiliser pour l’exécution des volontés françaises, l’autorité que les traditions lui sont acquises sur la population ».

La France ne met en doute ni la loyauté aux traités ni l’autorité de la reine. Aussi, les instructions reçues par Laroche sont-elles très minces. Et s’il doit en solliciter d’autres, il lui faut attendre deux mois pour recevoir une réponse à cause des difficultés de communication. De toute façon, il n’a ni hommes ni argent pour remplacer les fonctionnaires défaillants, seulement une poignée de résidents.

Ceux-ci sont chargés d’exécuter les ordres du résident général, contrôlent l’administration locale et prennent toutes mesures nécessaires pour assurer l’ordre et la sécurité dans les circonscriptions. Ils exercent aussi les fonctions d’officier d’état civil et de notaires, et peuvent être investis des fonctions du juge de paix. « C’était une situation que l’insurrection allait rendre vite intolérable ».

D’autant que, dès le début du mouvement des Menalamba, de nombreux Français se méprennent sur ses causes et son importance. Le « Bulletin du comité de Madagascar » du 26 décembre 1895, l’écrit d’ailleurs. « Les troubles de l’Ouest sont apaisés; ils ont été, vous le savez, l’œuvre d’une bande de paysans imbéciles et superstitieux qui ont obéi aux menées de fauteurs de désordres qui obéissaient eux aussi, selon toute probabilité, à des grands personnages de Tananarive ». Cette erreur sur la nature du soulèvement, d’après Roger Pascal, sera lourde de conséquences.

En effet, pour lui, il faut distinguer plusieurs courants dans le mouvement des Menalamba: celui du vieux parti hova qui choisit d’attendre; celui des hommes « de sac et de corde » qui entendent profiter de l’ébranlement des assises administratives; celui de l’immense foule de pauvres gens qui, voyant s’écrouler leur univers, se tournent vers l’antique croyance et au nom de la volonté de leurs ancêtres, prennent les armes. Car pour ses sujets, « la reine- qui vient d’être déposée- représente tout en tant qu’institution et en tant que descendante d’Andrianampoinimerina, fondateur de la monarchie merina ».

En face, Hippolyte Laroche, responsable mais à qui l’on retire les moyens d’assumer cette responsabilité. Les militaires voient sans grand enthousiasme une autorité civile. « Nous étions en 1896, les troupes de marine formaient pratiquement une armée de métier- et on sait que Laroche est un ancien officier de ce corps- et le militaire vainqueur ne pouvait guère nourrir de considération pour un Pékin ». En outre, des incidents stupides- comme celui du capitaine apostrophant grossièrement un caporal qui commet l’impudence de saluer un résident en uniforme- éclaire bien sur l’état d’esprit du corps expéditionnaire.

Enfin, le général Voyron, disposant d’effectifs réduits, « n’était pas disposé à servir Hippolyte ». Son principal souci est de protéger la population européenne concentrée dans la capitale et d ‘assurer le ravitaillement difficile et onéreux par un sentier muletier.

Extrait l’Express de Madagascar - Samedi 10 septembre 2011

2 septembre 2011

Notes du passé - Des réserves indigènes dans la Mahavavy

Enregistré dans : Histoire — Josielle @ 11:12

Dans les années 30 du siècle dernier, le nombre des Antankarana est évalué à 25 000 environ, dont 12 000 dans le seul district d’Ambilobe sur 33 000 habitants.

« L’Antankarana de race pure est grand, le teint plus ou moins foncé, quelques-uns ont même les traits très fins et la peau claire, conséquence sans doute des mélanges avec les populations arabisées des Comores et des îles » (« Monographie du district d’Ambilobe » par l’administrateur Sauphanor, 1939).

Les femmes semblent avoir conservé, plus que les hommes, ce port très noble et une taille nettement plus que la moyenne. De caractère agréable mais très indolent, ils n’aiment guère les innovations qui risquent de compliquer leur genre de vie.

Pourtant et c’est dommage, ils apprécient beaucoup trop les boissons fortes. « Depuis quelques années, la consommation de l’alcool, c’est-à-dire le rhum, a beaucoup augmenté. Soit usure de la race, soit conséquence de l’alcoolisme, les jeunes générations perdent de plus en plus les caractères somatiques de leurs ancêtres et, de plus en plus, malgré les naissances assez nombreuses, le chiffre de la population n’augmente guère. »

Pour un bref rappel historique, en avril 1841, le roi antankarana Tsimiaro et son homologue français Louis-Philippe signent un traité par lequel le premier cède au second « tout le pouvoir qu’il a hérité de ses ancêtres et lui abandonne également toutes les îles environnant l’Antankarana, son royaume ». En contrepartie, comme Tsimiaro se considère, de ce fait, comme le fils du souverain français et ses sujets comme des citoyens français, il souhaite que ses gens et lui soient gouvernés comme tels. Ainsi Tsimiaro espère sinon réclame, entre autres, que Louis-Philippe envoie des troupes à Nosy Mitsio ainsi qu’un navire de guerre pour les protéger contre les Merina et contre les autres ennemis.

Mais contre toute attente, non seulement les Français ne lui apportent aucune aide, mais ils aggravent la situation déjà compliquée par les Merina. En effet, ils commencent à prendre possession des terres qui leurs sont cédées.

Beaucoup plus tard, refoulés de la plaine de la Mahavavy par l’octroi de grandes concessions aux Français, ce qui ne s’est pas fait sans résistance de leur part, ils refusent de se laisser embrigader. Noyés par l’afflux des travailleurs amenés notamment du Sud de Madagascar, ils se retirent dans les terrains laissés libres au nord de la Mananjeba et dans l’intérieur du district d’Ambilobe, vers l’Est ou le Sud. L’arrêté domanial du 5 avril 1932 crée « des lots de colonisation et des réserves indigènes dans la Mahavavy, mais dans les villages de la plaine, partie la plus riche du district d’Ambilobe, les Antankarana sont minoritaires ».

Depuis le roi Tsimiaro, la famille royale est musulmane et beaucoup de ses sujets ont suivi cet exemple. C’est ainsi qu’ils portent le fez et ne consomment pas de porc. « Leur islamisme de surface leur vaut de la part des Comoriens ou des Arabes le surnom un peu méprisant de Mselam koufia (Musulmans de la coiffure). » À Nosy Mitsio, à Ambodibonara, il existe pourtant des écoles coraniques, mais l’enseignement y est rudimentaire.

À partir de la colonisation en 1895, les luttes nationalistes naissent à plusieurs reprises dans la Grande île et essaient d’avoir prise sur les Antankarana. Ainsi, Ralaimongo trouve « un terrain de propagande favorable » dans la Mahavavy, mais beaucoup plus auprès des autres groupes ethniques que parmi les Antankarana. Au contraire, ces derniers restent aussi loyaux envers les Français que l’ont toujours été leurs Mpanjaka depuis la signature du traité de 1841. « Haïssant profondément les Hova dont ils n’ont pas oublié les déprédations tout le long du XIXe siècle, la population et les chefs antankarana, Mpanjaka en tête, ont constitué l’élément sûr qui a évité sans doute à la côte Nord-ouest le sort de la côte Est. »

« Il serait à souhaiter que (…) le Mpanjaka et tous les chefs tâchent de faire comprendre à la masse que leur intérêt à tous n’est pas de se faire figer dans une indolence immobile et de vivre sur des souvenirs historiques, mais de s’éveiller et de se mettre au travail pour gagner leur place dans le monde futur qui s’édifie, monde d’où seront exclus à coup sûr les paresseux et les retardataires. »

Extrait l’Express de Madagascar - Vendredi 02 septembre 2011

6 août 2011

Notes du passé - Radama arrête la traite des esclaves

Enregistré dans : Histoire — Josielle @ 11:59

Le traité anglo-merina du 23 octobre 1817 constitue, selon de nombreux auteurs, une véritable entrée de Madagascar sur la scène internationale. Ses conséquences seront capitales pour l’évolution de la Grande île.

Ce traité est signé du côté anglais par Francis Stanfell et M. Pye qui représentent le gouverneur de Maurice, Sir Robert Farquhar; et au nom du roi de Madagascar, Radama 1er, par Ratsalika, Rampolo, Ramano, Rasihato et Ramalaza.

Dans le premier article, les deux parties rappellent surtout la confiance mutuelle, l’amitié et la fraternité entre elles. Mais ce traité porte surtout sur « une entière cassation et abolition- dans tous les territoires du roi Radama et partout où son autorité pourra s’entendre- de la vente ou du transport des esclaves ou personnes quelconques qui doivent être transportées de Madagascar dans aucun pays, îles ou domaines appartenant à aucun autre prince ou puissance quelconque ».

Dans le deuxième article, il est précisé en particulier que « Radama fera une proclamation et une loi par laquelle il défendra à tous ses sujets, ou les personnes dépendantes de lui ou de son royaume, de vendre ou enlever de Madagascar aucun esclave; ou d’aider, encourager ou assister à aucune vente de cette nature sous peine d’être réduit soi-même à l’esclavage ».

Mais comme la traite est une des principales ressources, sinon la seule, du royaume, le traité dans son troisième article pense à dédommager Radama 1er.

Ainsi, il est prévu que le gouverneur de Maurice s’engage à lui donner annuellement différentes contreparties: 1 000 piastres en or et 1 000 en argent; 100 barriques de poudre de 100 livres chacune; 100 fusils anglais et les accoutrements complets; 10 000 pierres à fusil; 400 chapeaux, 400 colliers, 400 pantalons et 400 souliers de soldat anglais régulier; 400 gilets rouges de soldat de l’Inde; 12 sabres réguliers de sergent et des ceinturons; 400 pièces de toile blanche et 200 de toile bleue de l’Inde; un grand habit rouge de drap avec épaulettes, chapeaux et bottes pour le roi, et deux chevaux.

Enfin, dans le quatrième article, il est stipulé « que les parties contractantes protègeront mutuellement le fidèle ami allié de l’Angleterre, le roi d’Anjouan ». Celui-ci, en effet, est depuis des années la cible des « petites puissances des côtes malgaches ». Les deux parties devront, de ce fait, exercer « leur influence sur leurs sujets, alliés et dépendances pour mettre fin à ce système de piraterie ».

La même année 1817 mais deux mois plus tôt, plus exactement le 9 juillet, Radama et le chef des Betanimena, Jean René, signent devant témoins- les mêmes Francis Stanfell et R. Pye- un traité ratifié en août par Robert Farquhar. Appelé traité d’alliance offensive et défensive, l’accord souligne l’avantage qu’en retireront les parties contractantes « en assurent la sécurité et l’autorité de chacune à l’égard de leurs ennemis et de ceux qui troublent le bon ordre et la tranquillité ».

Dans son second article, il est aussi notifié que Radama et Jean René se trouvent sur le même pied d’égalité. En effet, « les droits et le pouvoir des parties contractantes au lieu d’être violés par l’une ou l’autre, non seulement demeurent intacts mais ne manqueront pas de s’accroître en proportion de la sincérité, de la conservation et de la durée de leur amitié ».

En revanche, dans l’article 3, en cas de danger provenant de leurs ennemis intérieurs et extérieurs, on insiste sur l’aide que l’une et l’autre doivent se porter.

« Si des projets préjudiciables à l’intérêt de l’autre venaient à leur connaissance, de faire tout ce qui est en leur possible pour les déjouer ».

Enfin, dans l’article 4, on parle de l’arbitrage du gouverneur de Maurice, « si quelque contestation s’élevait par hasard ou par malentendu entre les parties contractantes ».

Ainsi, il est démontré que ce traité est un acte conclu par deux souverains égaux. Ce n’est que plus tard que la suzeraineté de Radama est établie, selon toute vraisemblance en raison de la modification du rapport des forces.

Extrait l’Express de Madagascar - Samedi 06 août 2011

9 juillet 2011

Notes du passé - Léon Cayla donne l’impulsion à l’aviation commerciale

Enregistré dans : Histoire — Josielle @ 13:54
7 juillet 1911: premier survol aérien de la capitale malgache. 4 décembre 1926: premier amerrissage d’un hydravion à Mahajanga et à Antananarivo, plus exactement sur le lac de Mandroseza. Entre la fin de la Première guerre mondiale et 1926, rien ne se passe ou presque.

À la suite d’une mission d’études dans la Grande île, le lieutenant de vaisseau Boilailloir propose la création d’une ligne aérienne entre la Grande île et l’Afrique du Sud. Mais cela paraît trop hasardeux à l’époque et surtout, cela coûte trop cher. Une fois de plus, il faut attendre. Puis les touristes aériens sont de plus en plus nombreux.

En 1927, pendant son séjour à Madagascar, le commandant Dagnaux jette les bases de la première formation militaire aérienne de l’île, qui est définitivement installée en 1931. Le terrain d’Ivato, à 15 km de la capitale, va devenir le premier aérodrome « installé » et le centre d’attache de tout réseau intérieur.

Ivato est acheté par le gouvernement général pour la somme de 75 000 francs. 9 millions sont consacrés à l’aménagement et à la reconnaissance des futures lignes aériennes du Territoire.

En 1931, après le premier voyage de Lefèvre, le mouvement aéronautique reprend son élan définitif. C’est avec deux « Potez 36 » à moteur Renault de 95 CV que Lefèvre et Desmazières décollent du Bourget en mars. Après une traversée sans histoire et sans records, ils arrivent à Madagascar où pendant plusieurs mois, ils s’emploient à une campagne inlassable en faveur de l’aviation coloniale. Baptêmes de l’air, liaisons multiples à travers l’île réussissent à impressionner le public. À leur départ, un aéroclub local est fondé, qui s’empresse de commander un avion en France.

Lefèvre qui tient à son idée, veut faire une démonstration dont l’audace surprend jusqu’à maintenant. Parti le 3 décembre de Paris à bord d’un « Mauboussin » à moteur Salmson de 40 CV, sans radio, il parvient en douze jours à Antananarivo par le Caire, Assouan, Mombassa, Dar-es-Salam. C’est un succès et un argument-massue pour l’aviation économique. Aller et retour, le voyage ne coûte que 11 000 francs en huile et en essence.

Désormais, l’aviation malgache, encouragée par le gouverneur général Cayla qui passe lui-même en 1935 son brevet de pilote- Lefèvre est son instructeur- prend un essor qui ne s’arrêtera que pendant la guerre, pour repartir de plus belle dès 1946.

Léon Cayla entreprend de nombreuses tournées aériennes dans l’île, soit à bord de son « Caudron » personnel, soit au poste de pilotage d’un « Potez » militaire. En avril 1935, à la tête de 5 avions militaires, il réalise pour la première fois un périple complet autour de l’île, parcourant 4 200 km en 28 heures de vol effectif.

Sous l’impulsion du gouverneur général Cayla et à l’exemple d’Antananarivo, Mahajanga, Toamasina, Toliara et Fianarantsoa ont bientôt leurs aéroclubs qui commandent des appareils en France et forment de jeunes pilotes. Au cours d’une mission à Paris, le gouverneur général dresse et fait admettre les plans d’un tronçon de ligne aérienne, Antananarivo/Broken-Hill en Rhodésie du Nord, rejoignant à cet endroit la ligne britannique Imperial Airways.

D’ailleurs dès 1934, la première liaison commerciale aérienne Tana-Paris est créée. Un peu plus tard, la ligne malgache est prolongée jusqu’à Elizabethville (Congo belge) où elle rejoint le réseau français de la régie Air Afrique et la Sabena belge.

La « Régie malgache » est réduite à sa plus simple expression: 2 appareils SPCA trimoteurs loués à la Colonie par le ministre de l’Air pour la somme modique de… 1 franc par an. Après de bons et loyaux services, ils sont remplacés par deux « Bloch » trimoteurs pouvant atteindre 250 km à l’heure et transporter 5 passagers et 500 kg de fret.

Extrait l’Express de Madagascar - Samedi 09 juillet 2011

 

1 juillet 2011

Notes du passé - Un voyage aventureux à travers Madagascar

Enregistré dans : Histoire — Josielle @ 11:38

Pour se déplacer à Madagascar bien avant que les troupes françaises ne débarquent, les voyageurs n’ont pas vraiment l’embarras du choix entre le portage en filanjana, en cheval ou en mulet.

Le métier de porteur de filanjana n’est pas à la portée de tous. Ces « borizano » (bourjanes) comme on les appelle communément, sont des hommes spécialement choisis pour leur vigueur et leur jeunesse, car ils s’usent vite et deviennent des porteurs de bagages. « Ils aiment leur existence malgré ses fatigues et ses dangers, et la quittent à regret. D’un naturel gai et bon enfant, ils vivent sans souci du lendemain aujourd’hui ici, demain là, au hasard des engagements » (Bulletin du Comité de Madagascar,1895).

À l’époque, les animaux de selle et de bât sont peu employés, mais cela change après l’expédition française. On trouve des chevaux, des ânes, des mulets et des bœufs dans l’île. Les trois premiers qui sont importés, y vivent très bien sous tous les climats. « Contrairement à ce qu’ont avancé des personnes mal renseignées, il n’existe à Madagascar ni maladie épidémique ni parasite qui s’opposent à l’introduction de ces animaux ».

À Antsiranana, le service de l’artillerie possède des mulets amenés à Madagascar vers 1885, après avoir été employés à Formose. Sur les côtes et à l’intérieur des terres, on trouve quelques chevaux et quelques ânes en bonne santé et vigoureux.

Le bœuf est « indigène » et appartient à la race des zébus : les Européens du littoral l’attellent à des voitures, les Merina et les Betsileo l’emploient au bât.

Le dressage d’un bœuf-cheval (omby soavaly comme l’appellent les autochtones) nécessite environ trois mois. Pour adoucir son caractère, « on commence par lui couper les cornes au ras du front. Une opération délicate et l’animal en souffre pendant un mois. Après cicatrisation de la blessure, on l’habitue à des fardeaux que l’on augmente progressivement ».

Pour circuler sur les lacs et les rivières, on emploie des pirogues avec ou sans balancier. Ces dernières, les « lakafia », sont particulières à la côte Ouest où l’usage en a été introduit probablement par les Arabes. Mais « quelles que soient leurs formes et leurs dimensions, on est toujours très mal dans ces embarcations, sans compter les risques de chavirer ».

Comme il n’y a presque pas d’hôtel dans les petites villes du littoral- à plus forte raison dans les villages de l’intérieur- le voyageur doit amener avec lui tout ce qui est nécessaire à son existence. La population locale lui vendra de la viande de bœuf, des poulets, des œufs, du riz, mais s’il veut une nourriture plus variée, il devra faire en conséquence ses provisions avant le départ.

S’il doit traverser une contrée déserte, une tente sera nécessaire et il ne doit pas oublier de garnir son lit pliant d’une moustiquaire, sinon son sommeil sera impossible, surtout dans les lieux infestés de moustiques.

Les vêtements légers en, toile, excellents dans les vallées, seront insuffisants dans les montagnes où les variations de température sont fréquentes : un pardessus, un imper léger mais ample, un casque pour se protéger de l’insolation et des protections pour les yeux complètent l’équipement.

Enfin, les bagages seront divisés en paquets maniables dont le poids n’excèdera pas 50 kg et dont les dimensions seront restreintes.

Extrait l’Express de Madagascar - Vendredi 01 juillet 2011

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