Les Antakarana, le peuple le plus septentrional de Mada­gascar, occupe au cours de son histoire une aire très vaste, de la pointe Nord de Madagascar jusqu’à une limite sud formée par les rivières Sambirano sur la côte Ouest, et Bemarivo sur la côte Est. Nosy Be y était rattachée.

En fait actuellement, ils ont abandonné toute la pointe Sud de la côte Est (partie au sud de Vohémar) et à l’Ouest, leur limite est reportée à Nosy Faly, soit à une vingtaine de kilomètres au Nord. Nosy Be est devenue sakalava. C’est ainsi que l’administrateur Mauzon, chef du district d’Ambilobe, introduit sa présentation du peuple antankarana.
Celui-ci est en partie islamisé, car de nombreuses familles échappent complètement à cette influence et « celles qui le sont, n’ont qu’une légère teinture de religion musulmane, impuissante à dissimuler la religion et la magie traditionnelles ». Croyance qui se compose « de divers éléments hétérogènes assez lâchement articulés entre eux ».
M. Mauzon cite en premier lieu le culte des ancêtres. Il y a peu de cérémonies qui ne comportent une longue prière aux ancêtres, après une rapide invocation à Zanahary. La prière se fait généralement tournée vers l’Est, à l’« orimbato » de la famille. Bœufs et poulets, selon le cas, sont sacrifiés à l’occasion.

Pendant la prière, le bœuf est couché sur le flanc, pattes au Sud, tête à l’Est, avant d’être égorgé. « Mais, notable incidence des coutumes, les familles islamiques le tournent pattes au Nord au moment du sacrifice ». Beaucoup de familles laissent les bœufs offerts vivants librement dans le troupeau, mais ils sont considérés appartenant à des « Razana ».

Le « tromba » se rattache au culte des Razana, puisqu’il consiste à invoquer l’esprit des ancêtres de la famille royale, par l’intermédiaire d’un ou d’une « saa » (saha ou vallée, terme par lequel on appelle le médium habité par l’esprit d’un roi défunt) et d’un intercesseur. Les manifestations de tromba, comme partout ailleurs dans l’île, sont provoquées pour obtenir une consultation à but utilitaire (guérison d’une maladie, lutte contre le mauvais sort, etc.).

« Les esprits se manifestant ainsi chez les Antankarana appartiennent aussi bien à la famille volamena (or) qu’à la famille volafotsy (argent). Beaucoup de sujets sont possédés par deux ou trois esprits différents qui peuvent se manifester successivement au cours d’une même séance. Pour chacun d’eux, le saa prend une intonation, une façon de se vêtir ou des manies particulières au mpanjaka défunt ».

Toujours d’après M. Mauzon, le « tromba » indique un « aoly » (ody, tous les médicaments en général) à fabriquer, qui lui sera présenté pour consécration au cours d’une séance suivante. Parallèlement, un interdit alimentaire ou autre est toujours ordonné au consultant.

« Un autre ordre de croyances concerne les esprits en général ». L’auteur cite ainsi les « tsigny », esprits bienfaisants, protecteurs immatériels résidant dans certaines sources, thermales en particulier, certains arbres, certains rochers et d’une façon générale, « en tous lieux où une puissance surnaturelle semble s’être manifestée ».
La résidence de choix des « tsigny » est la « vahimifehy », ou liane qui s’est nouée naturellement sur elle-même. Des prières sont faites aux « tsigny » pour obtenir leurs faveurs en cas de maladie, malchance, pauvreté. On leur offre des menus sacrificiels, miel, poulet, etc.

« Là encore, il faut un intercesseur qui est moasy ou sorcier ».
Avec les « yanantany » et « lolontany », on entre dans un domaine « beaucoup plus
imprécis ». Le « yanantany », ou sainteté de la terre, est l’objet d’un culte à certains endroits précis comme les montagnes sacrées de Kalobinono et Galoko, de l’Andratsary, les chutes de la Mahavavy.

« Les prières qu’on y fait ont d’ailleurs le caractère de rites agraires ». Les « lolontany » et
« lolondrano », « esprits méchants », au contraire, peuvent se rencontrer en des endroits très divers et ne reçoivent qu’accidentellement un culte. Ils habitent dans la mer et les rivières. Un bon moyen de s’en préserver est de porter un bracelet de cuivre.
La magie et la divination accompagnent, évidemment, ces manifestations religieuses.

Extrait l’Express de Madagascar – samedi 13 avril 2013