Dans la région Sud-Est de la grande île, les agriculteurs, réticents aux nouvelles technologies préfèrent garder les méthodes traditionnelles pour leur agriculture. D’où la motorisation n’est pas envisageable.  De manière  générale, l’agriculture est très peu mécanisée dans le Sud-Est. Cela est probablement dû à  l’abondance de main d’œuvre, le faible nombre de zébus, et la pauvreté de nombreux ménages qui n’ont pas les moyens d’investir dans du matériel. Le matériel se résume à la bêche, à la machette et la faucille. De plus, les paysans n’ont pas le capital pour acheter des machines et du carburant. Les agriculteurs cherchent rarement d’eux-mêmes à améliorer leurs systèmes et sont attachés à un certain conformisme. Quand les projets de développement se terminent, ils ont tendance à retrouver leurs anciennes  habitudes. Ils ne sont pas attirés par les nouveautés techniques, puisqu’ils n’en ressentent pas le besoin. 

Pourtant, la situation alimentaire est sujette à préoccupation. Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) rapporte en 2007 que 48% des ménages du Sud-Est littoral sont en situation d’insécurité alimentaire, et 5% en situation d’insécurité alimentaire sévère. Le Sud-Est intérieur présenterait seulement 13% des ménages en insécurité alimentaire. Outre l’insécurité alimentaire, la malnutrition touche les populations, notamment les femmes et les enfants. Le PAM a enregistré dans les districts de Vohipeno et de Farafangana que près de 40% des femmes de 15 à 49 ans ont un poids est inférieur à 45 kg et 43% des enfants de moins de cinq ans accusent un retard de croissance. Ayant un climat favorable à tout type de culture, le Sud-Est est une  région particulièrement pauvre de l’île, puisque l’Atsimo Atsinanana et le Vatovavy  Fitovinany affichent des taux de pauvreté de respectivement 84% et 81%, contre 69% de moyenne nationale, toujours selon le PAM d’après des données de l’INSTAT.

Au cours des dernières décennies, la combinaison de  la baisse du prix des produits agricoles commercialisés, de la réduction des surfaces cultivées par foyer et de l’irrégularité de la production liée aux aléas climatiques, a provoqué une dégradation générale des conditions de vie des paysans de la région. Plusieurs causes sont à l’origine de cette situation désolante. La baisse progressive du cours mondial du café robusta et la disparition des structures commerciales n’incitent pas les paysans à  investir leur temps et leur capital dans les caféières. L’argent issu du café ne  permet plus aux familles de se procurer assez de produits de première nécessité. De plus, le riz, qui couvrait déjà la quasi-totalité des basses zones alluviales, s’étend sur des terres difficilement aménageables dont le potentiel  productif est plus faible. Les exploitations sont grandes pour des exploitations malgaches, dont la superficie moyenne nationale est de 0,87 ha d’après le recensement de 2005. Sur 15 exploitations, la moyenne est de 3,3 ha, avec des superficies entre 0,71 et 8 ha. 

En général, les revenus des ménages de nos zones d’études sont très irréguliers. Les paysans n’épargnent pas, car l’argent gagné est immédiatement dépensé pour satisfaire les besoins ménagers. Les productions sont parfois vendues au moment où le besoin d’argent est urgent, même à un bas prix, par exemple lors de la rentrée des classes, qui occasionne des dépenses. La faiblesse générale des productions de riz que l’on a constaté dans le Sud-Est le destine en premier lieu à l’autoconsommation : les rendements moyens de paddy sont de l’ordre de 1 t/ha à 1,5 t/ha, et généralement inférieurs à cette moyenne dans les RIA (ROR, 2006). Du fait, d’une part de ces faibles rendements, et d’autre part de sa valeur sociale, le riz se vend à des prix élevés qui fluctuent au cours de l’année. Ainsi, après la récolte, on l’achète à 875 Ar/kg de  riz blanc, alors qu’en période de soudure il peut atteindre 1225Ar/kg.

Extrait La Gazette de la Grande Île – Lundi 2 juillet 2012