Jacques Dez, à travers un recueil de proverbes des Betsimisaraka, peint la vie sociale de ce peuple. Ainsi à Nosy-Varika, de nombreuses expressions caractérisent les relations familiales. « Les Betsimisaraka ont une conception très réaliste du mariage qui connaît bien les vicissitudes de l’existence ». C’est pourquoi l’union est faite du consentement mutuel des époux à se supporter et les scènes de ménage étant chose normale, nul n’a à s’y mêler. « Fanambadian-trano raika ka be ny raha alefitra » : dans un ménage, nombreuses sont les choses qu’il faut supporter, car il faut savoir faire son choix et accepter les inconvénients d’une situation qui, par ailleurs, peut rapporter beaucoup d’avantages. Ou encore « zaza mifandia loha ny mpivady ka tsy hialan’ady » : les époux sont comme deux enfants qui sont nés l’un à la suite de l’autre et qui se disputent sans cesse.
Plusieurs proverbes soutiennent aussi que les affaires de ménage n’intéressent que les époux, comme les affaires de famille ne concernent que celle-ci. Les étrangers n’ont donc pas à les connaître. « Adin’i Boto amin’i Bao ka tsy haim-bahiny » : dispute entre Boto et Bao n’a pas à être connue des étrangers. 
Cependant, si la discrétion est exigée vis-à-vis des étrangers à la famille, entre parents au contraire, rien ne doit être tu sur tout ce qui peut profiter à tous. « To am-bohoka tsy mahatahy havana » : vérité que l’on garde pour soi (dans le ventre) ne profite pas aux parents.
De ces expressions, « se dégage l’idée d’un devoir d’entraide fami­liale » qui se résume ainsi : liberté de propos à l’intérieur de la famille, silence à l’égard de l’extérieur pour éviter qu’un étranger ne critique quelqu’un en présence de ses parents ou de ses amis : 
« Manasaha voay imason-tsehana » ou insulter un crocodile en présence de lézards, les deux reptiles étant considérés comme parents malgré la différence de taille.
Dans la famille, « malgré certaines grivoiseries qui apparaissent en d’autres proverbes », un juste hommage est rendu aux femmes laides épousées pour leurs qualités. « Vahy mintina nafehy vala mintina my fa narahi-maso » : liane noire (elle est de mauvais aspect mais est recherchée pour sa solidité) avec laquelle on a attaché la clôture d’un parc (à bœufs), certes elle est noire, mais on l’a cherchée. Autrement dit : on s’est marié avec une femme noire et laide, mais c’est parce qu’on lui a trouvé des qualités et qu’on les a appréciées. 
En revanche, on n’est pas toujours très favorable aux jeunes épouses. « Manambady zaza, tambitamby lava ; manambady olon-dehibe mbola tiana my dia lozany maty » : épouser une adolescente, il faut sans cesse la cajoler; épouser une femme d’âge mûr, on l’aime encore quand le malheur veut qu’elle meure.
Dans tous les cas, la direction de la vie domestique revient à la femme et l’homme qui s’en mêle est jugé défavorablement. « Lilahy mitan-kapoaka » dit-on pour parler d’un homme qui tient le « ka­poaka » (mesure de riz, aujourd’hui une boîte de lait concentré) et qui, de ce fait, ne laisse aucune initiative, aucun droit dans la maison à sa femme.
La famille, précise Jacques Dez, doit rester unie et celui qui s’en écarte pour une quelconque raison reviendra toujours vers elle. « Ny varingarim-bato mamonjy fitaka, ny tany mikoaka manato-namana » : les pierres en roulant gagnent la vallée, la terre en s’éboulant rejoint sa semblable. Expression qui s’emploie pour qualifier un rapprochement avec les siens, ou avec les personnes qui ont les mêmes idées, ce qui est dans l’ordre naturel des choses.
Dans l’usage betsimisaraka, « il est fréquent que la femme se remarie, amenant avec elle auprès de son nouveau mari les enfants qu’elle a eus d’une union précédente ». La tradition veut, en effet, que les enfants séparés de leur mère soient malheureux. « Mihanto­hanto amin’anakareny ka be atody hao » : quand le père s’amuse avec sa seconde épouse, ses enfants (d’un premier lit) sont couverts de lentes, la marâtre ne faisant jamais rien pour eux.
Par contre, ceux qui sont séparés de leur père, finiront par le rejoindre tôt ou tard. « Valalana tsy hadino lanitra » : sauterelle n’oublie pas le ciel pour parler d’enfants qui n’oublient jamais leur père.
Enfin, si les parents ont le devoir de sévir pour éduquer leurs enfants, ils ne doivent pas exagérer car ils y perdront leur autorité : « Zanak’omby masiaka tsy mataho-dreny » ou le veau d’une vache méchante ne craint pas sa mère !

Extrait l’Express de Madagascar – Vendredi 8 juin 2012