Un grand banian, vieux de 200 ans paraît-il, fait l’objet d’offrandes et de croyance auprès de la population. La petite forêt où il se trouve attire également les touristes, mais il existe évidemment un rituel à observer pour pouvoir y pénétrer.

Nosy Be a la prédisposition à être une zone de contact entre les civilisations, les religions, les cultures, les flux commerciaux et les trafics en tous genres. Les plus anciennes traces de présence humaine dans l’île remontent dans les années 800, au IXe siècle. À partir de cette période, les marins arabes occupent périodiquement la région de Nosy Be en général, et le site d’Ambanoro en particulier, lequel était la première ville économique de l’Île aux parfums.
La facette la plus connue est celle de première destination du tourisme balnéaire de Madagascar. Mais Nosy Be n’est pas « que » cela. Berceau de la culture et des traditions sakalava, elle possède plusieurs sites et hauts-lieux qui méritent d’être mieux connus. Une tendance allant dans ce sens se confirme d’ailleurs parmi les motivations montantes du tourisme mondial, au même titre que le tourisme vert.
À 2,5 km du chef-lieu de Nosy Be, plus précisément à Mahatsinjo, au bout de la route des mangroves, situé entre Hell-Ville et le port du Cratère, accessible par voiture, moto ou vélo, se trouve un endroit unique où croît un gigantesque figuier banian vieux de 200 ans. Ses ramifications et ses racines s’étendent sur plus de 5 000m2. 
Cet arbre d’origine indienne, connu sous l’appellation locale de « Nonoko », ou par son nom scientifique « Ficus Religiosa », est à la naissance d’une magnifique petite forêt d’où il jaillit pour devenir l’Arbre sacré. Il est vraiment impressionnant par sa multitude de branches et de racines qui à elles seules forme une forêt.
L’on y trouve un endroit réservé drapé de tissus de couleurs rouge et blanc, celles de la royauté sakalava illustrant les deux tribus « Zafi­nimena » et « Zafinifotsy ». Il y a aussi du miel et du rhum. Ce lieu permet aux Sakalava qui y croient, ou aux visiteurs, de faire des vœux pendant les jours fastes (lundi, mercredi, et vendredi), et de présenter des offrandes en guise de remerciement aux mânes des ancêtres, une fois les vœux exaucés. 

Bénédiction

À Nosy Be, la population est à majorité Sakalava. Dans la croyance traditionnelle de cette ethnie, les hommes meurent, mais leurs esprits se réincarnent dans des animaux. Ainsi, une famille de lémuriens et divers reptiles vivant dans la petite forêt sont respectés par les Saka­lava. Les visiteurs ne doivent pas oublier de leur apporter de la banane. Selon le responsable, on y trouve 19 individus de lémuriens et une centaine de chauve-souris.
C’est sous un arbre similaire que Bouddha aurait eu une illumination divine, en 528 avant notre ère. De fait, le banian est devenu sacré pour les bouddhistes et les hindouistes à partir du moment où Gothama, le fondateur du bouddhisme, y a reçu l’illumination divine, après y avoir médité pendant plusieurs jours sans manger ni bouger.
« Ce n’est pas l’arbre qui est sacré mais plutôt l’endroit, car le banian est déjà sacré depuis l’Inde », révèle Jacques Zeny, directeur du site de Maha­tsinjo.
En 1837, quand les Hindous ont débarqué à Nosy Be, ils ont offert une pousse de cette plante à la reine Tsiomekon à la tête de 12 000 hommes et arrivée en même temps qu’eux. Elle a alors ordonné de planter cette pousse à Mahatsinjo afin de marquer sa première installation dans l’Île aux parfums. C’est la raison pour laquelle cet endroit sacré de Mahatsinjo est à la fois historique, cultuel et culturel. Les Sakalava y viennent pour prier, pour demander bénédiction, santé, progéniture, et richesse. Car ils croient que les esprits des « razana » ne restent pas dans le tombeau mais ils veulent faire le va-et-vient entre leurs sépultures et les lieux sacrés comme celui de l’Arbre sacré.
Ils se réincarnent alors sur la personne appelée « mé­dium », et ce dernier joue le rôle d’intermédiaire auprès de ces mânes. 
Cette véritable religion traditionnelle très enracinée à Nosy Be qu’est le culte de la possession ou «Tromba » se caractérise par une domination inexpliquée exercée sur un être humain par des puissances occultes. Ces dernières peuvent néanmoins être exorcisées lors d’une cérémonie appelée « rombo tromba », durant laquelle on enchaîne d’une manière intensive chants, danses, visites de lieux sacrés, et même de tombeaux royaux.

Restrictions rituelles
Les visiteurs doivent se conformer aux restrictions rituelles, dont l’interdiction de fumer, de porter des chaussures, ou d’amener avec soi des spécimens de la faune et de la flore. Le port d’un pagne, «salovana sy kisaly » pour les femmes, « kitamby » pour les hommes, est par contre obligatoire. Avant, les femmes devaient même enlever leurs slips avant d’y pénétrer.
Pour entrer à l’intérieur de l’Arbre sacré, il est impératif de respecter les « fomba » : les visiteurs doivent y entrer avec le pied droit en premier, et sortir de la même manière…

Extrait l’Express de Madagascar – Mardi 29 mai 2012