Le vaste plateau d’Ihorombe s’achemine vers un changement. La steppe à perte de vue est sur le point de devenir une exploitation agricole moderne.

Le plateau d’Ihorombe se trouve aujourd’hui à la croisée de son développement. Ainsi, l’image de dizaines de milliers de zébus en pâturage sur une grande superficie, et celle de femmes préparant le repas, cherchant de l’eau dans la vallée, ou labourant un lopin de terre pour cultiver des brèdes, du taro et du manioc afin de subvenir aux besoins de leurs familles semblent évoluées.

Dans la commune de Satrokala, du district d’Ihosy, dans la région Ihorombe, les champs de jatropha destiné à la production de biocarburant, et ceux du moringa pour l’extraction d’huile essentielle, ainsi que les zones de pâturage et de culture commencent à être bien délimités. De même, les horaires de travail sont petit à petit définis.

« Nous commençons notre travail à 8 h du matin. La pause est d’une heure, entre midi et 13 h. Nous reprenons ensuite l’arrosage et le désherbage. Bref, nous prenons soin des jeunes plants de la pépinière », raconte Célestine Mananjara, une mère de famille de Satrokala devenue une ouvrière agricole payée 4 500 ariary par jour, depuis 2010.

Mais elle ne consacre pas ses 365 jours à travailler en tant que telle.

« Durant la saison de culture, je travaille en demi-journée, le matin ou l’après midi, car il faut que je cultive du riz. Le travail à plein temps a lieu pendant la période de soudure », enchaîne-t-elle.

Complémentaires

L’une des grandes innovations dans le quotidien de la communauté Bara, apportées par le projet de production agricole, de biomasse et de biocarburant de Tozzi Green, consiste en l’ouverture de crèches.
« Les femmes se plaignent de ne pas avoir personne pour s’occuper de leurs enfants. Aussi, avons-nous décidé de construire des crèches pour leurs progénitures », explique Rotsy Rambinintsoa, responsable des relations publiques et juridiques de Tozzi Green.
Benjamina Remiakatse ne peut que se féliciter du progrès, même s’il appréhende une réduction de surface consacrée au cheptel bovin.
« C’est vrai que le projet nous a apporté du développement, entre autres un collège d’enseignement général, des crèches dont je n’ai jamais entendu parler auparavant, de l’électricité, de la sécurité, un médecin et un vétérinaire », admet-il.
« Mais comme de nombreux ménages possèdent encore des dizaines, voire un millier de têtes de zébus dans la commune, je me fais un peu de souci », confie-t-il encore.

Didier Van Bignoot, gérant du complexe agricole, se veut être rassurant face à cette crainte.
« Nous avons besoin de ces éleveurs pour faire fonctionner notre projet de production d’énergie renouvelable sur le site. Ainsi, nous avons lancé la culture de plantes fourragères pour enrichir la nourriture des zébus. Ensuite, nous allons acheter la bouse auprès des éleveurs. Il n’y aura pas de conflit entre l’agriculture et l’élevage, ce sont deux éléments complémentaires », argumente t-il.

L’insécurité en baisse ———————————————–
Le cambriolage de maisons a connu une baisse significative depuis deux ans.

« Au moins une maison par jour a été victime de cambriolage auparavant. Mais depuis deux ans, cette fréquence a diminué. Les gens qui ont besoin d’argent peuvent s’inscrire sur la fiche de Tozzi Green et gagner 5 000 ariary en une journée en travaillant dans les champs du projet. Ils peuvent également chercher de l’or. Toutefois, le vol de bœufs existe encore même s’il se fait rare après l’installation d’éléments de la gendarmerie, il y a deux ans », note Marcellin Fiakarana, habitant de Satrokala.

Le lieutenant-colonel Jeannot Reribake, commandant du groupement de la gendarmerie d’Ihorombe, atteste également cette baisse d’insécurité.

« Le partenariat public-privé a engendré une baisse du nombre de vol de bœufs dans cette commune. La nouvelle société qui vient de s’implanter est également prête à appuyer l’installation d’une poste avancée de la gendarmerie pour veiller sur la sécurité dans différentes communes périphériques en collaboration avec l’association Kalony des jeunes villageois », explique le commandant du groupement de gendarmerie.

« Même si nous sommes dans le contexte de crise, Ihorombe connaît la paix. L’attaque d’un taxi-brousse, vers minuit le 15 mars, a assombri la situation. Mais les bandits ont été déjà arrêtés », ajoute-t-il.

80 000 tonnes de biodiesel par an ———————————–
Le projet de production de biocarburant, agricole et biomasse utilisera 100 000 hectares de terre sur le plateau d’Ihorombe. 40 hectares de pépinière vont être aménagées. Il y sera produit 40 millions de jeunes plants, le plus grand dans l’océan Indien.
Dans les prochaines dix années, 80 000 tonnes de biodiesel seront produites dans les quatre communes concernées par le projet dans la région d’Ihorombe. Celui-ci a obtenu le feu vert du ministère chargé de l’Aménagement du Territoire, en 2010 avec un bail emphytéotique de 25 ans. Le prix de location de terrain reste encore à déterminer.
« L’utilisation des 100 000 hectares dépend encore de différents processus », conclut Rotsy Rambinintsoa, responsable des relations publiques et juridiques de Tozzi Green.

La ruée vers l’or —————————————————-
Depuis l’année dernière, une ruée vers Satrokala est constatée. Ainsi, une dizaine de taxis-brousse desservent cette commune située à 25 km de la RN7 et à 60Km au sud d’Ihosy, contre un seul auparavant. La cause en est la découverte d’un filon d’or à 35 km de Satrokala. L’exploitation aurifère concurrence quelque peu le projet de développement durable, en terme de mains-d’oeuvre disponibles.
De l’énergie électrique à partir de la bouse ————————-
Afin d’acquérir l’autonomie en énergie électrique pour le fonctionnement des industries et pour l’éclairage publique dans la commune de Satrokala, Tozzi Green a besoin de 10 000 tonnes de bousefumier par an. 100 tonnes de fourrage destinées aux zébus seront ainsi cultivées pour atteindre cette quantité.
Un service vétérinaire et de déparasitage, accompagné d’un service d’assistance alimentaire, va être également mis en place. Actuellement, ce projet concerne sept groupements d’éleveurs dans les communes de Satrokala et d’Andiolava.

Extrait l’Express de Madagascar – mardi 3 avril 2012