Le panneau de raphia tissé se vend actuellement à 2 600 Ar, contre 2 000 à 2 200 Ar l’année dernière. Il en est de même pour les accessoires en corne de zébu. Un bouton en corne s’achète à 500 Ar contre 200 Ar en 2011. Des artisans avancent que cette hausse n’est pas du tout la bienvenue d’autant que le marché devient de plus en plus difficile. « Depuis la crise, explique une artisane qui est dans ce métier depuis plus de 30 ans, les gens ont d’autres priorités et se tournent rarement vers les produits artisanaux. Or, les prix des matières premières ne cessent pas d’augmenter et nous ne pouvons pas suivre à cause du recul du marché ». Pire, des artisans sont obligés de revoir à la baisse leurs prix pour attirer les clients. Cette baisse les oblige souvent à se faire une toute petite marge bénéficiaire. Des fois mêmes, ils ne récoltent presque rien et se contentent de faire tourner leurs activités. La hausse des prix des matières premières comme le raphia et la corne s’explique par l’exportation massive vers la Chine. Ce phénomène dure depuis environ une décennie. Malgré les cris d’alarmer des artisans, aucune mesure n’a été prise pour l’endiguer. Or, le pays est doublement pénalisé. Premièrement, les artisans ont de plus en plus de mal à vivre de leur métier à cause de l’inflation des matières premières. 
De plus, ils doivent se rabattre souvent sur des matières premières de 2ème ou même de 3ème qualité, les produits de bonne qualité étant raflés par les exportateurs. Deuxièmement, les artisans sont victimes de l’invasion des produits made in China. L’évolution de l’exportation de raphia semble également donner des signes alarmants quant au stock de cette matière première. Un exportateur de longue date affirme qu’il y a encore 10 ans, il pouvait se procurer du raphia à un prix raisonnable grâce à la proximité des sites de collecte. A l’heure actuelle, les collecteurs doivent aller toujours plus loin et s’enfoncer même dans des zones enclavées. Pour l’heure, personne n’a pensé à planter du raphia à Madagascar, alors que des exportateurs alimentent un marché très vorace en matières premières comme la Chine. Rappelons que l’exportation de Madagascar vers ce pays ne cesse pas d’augmenter en valeur. De 50,4 milliards Ar en 2007, elle est passée à 89,5 milliards Ar en 2008 pour dépasser les 103 milliards Ar en 2009, soit en pleine crise. En 2010, l’exportation de Madagascar vers la Chine est de 117,6 milliards Ar et au 1er trimestre 2011, elle totalise plus de 30,5 milliards Ar d’après les données de l’Institut national de la statistique (INSTAT). Cette évolution positive aurait été très appréciée si Madagascar n’exporte essentiellement que des matières premières et ce, au détriment du pays et de plusieurs secteurs dont l’artisanat.

Extrait la Gazette de la Grande Île – Mardi 13 Mars 2012