Solides et bon marché, les sandales fabriquées avec de vieux pneus connaissent encore un grand succès. Incursion dans le monde de ces chaussures d’un autre genre.

Les vieux pneus de voitures ne meurent pas dans la Cité du soleil. Depuis plusieurs dizaines d’années, les artisans tuléarois les transforment en sandales inusables dénommées communément par la population « Kapa Pira ». 
Toliara est célèbre pour la minutie et le talent de ses artisans. Un tour dans l’un des marchés artisanaux de cette ville, à Tanambao, donne un aperçu de la richesse de ce secteur, dont la créativité n’est plus à démontrer. 
Professionnels de la récupération, ils conçoivent des chaussures originales en alliant à la fois la conservation de leur culture et l’exigence en matière de respect de l’environnement. De ce fait, leurs produits n’ont rien à envier aux sandales fabriquées ailleurs. 
Le Kapa Pira est depuis la nuit des temps très apprécié par les tireurs de pousse-pousse, les paysans et les agriculteurs, à cause de sa rigidité et sa structure qui s’adaptent à ces types d’activités. Ni soleil et pluie, ni épines et arêtes ne les effrayent. Dans leur texture, les matériaux utilisés et les matières premières ne sont pas trop compliqués. 
« Pour un meilleur confort anatomique, le caoutchouc, ou Pira, est utilisé pour les semelles, et les chambres à air servent à fabriquer les brides à cause de leur élasticité. Pour l’assemblage, on ne fait pas usage de colle mais uniquement des clous, parfois des rivets pour certaines modèles », explique Manjovelo, un vétéran dans la fabrication de Kapa Pira.
Made in Toliara
Des piles de pneus usés, des cordes de chambre à air pré-taillées suspendues de part et d’autre dans un kiosque en planches, des vingtaines de sandales en caoutchouc étalées à même le sol ainsi que des paires rangées dans des étagères de fortune. C’est le décor qu’on aperçoit devant l’atelier de Manjovelo. Celui-ci figure parmi les artisans au marché de Tanambao au centre-ville de Toliara, depuis des années. 
Ceux-là se réjouissent d’une clientèle fidélisée qu’ils estiment très satisfaite de leur travail. Ce qui leur inspire une belle fierté. 
« Jamais je n’abandonnerai cette activité grâce à laquelle j’arrive à satisfaire mes besoins, ceux de ma famille, particulièrement de mes petits frères et sœurs », souligne Efoetse Gabin, un autre fabriquant de Kapa Pira toujours au marché de Tanambao. 
Selon plusieurs habitants qui la chaussent, une paire de sandales « made in Toliara » peut durer jusqu’à cinq ans sans s’user. « Nous vendons à tout le monde aux jeunes, aux campagnards et même aux riches », explique Efoetse.
Il affirme écouler en moyenne une dizaine de paires par jour, vendues entre 2 500 ariary et 3 500 ariary, selon les modèles. 
Sa plus grande clientèle se compte parmi les tireurs de pousse-pousse. Ceux-ci les chaussent pour bien fouler le goudron et les utilisent aussi parfois comme frein. « Nous sommes dans une zone à canicule le long de l’année. Lorsque vous portez ces sandales, vous êtes sôrs de vous-même pour freiner et stopper au bon moment. Ce qui rassure également nos clients », témoigne Vontsora, qui exerce le métier de tireur de pousse-pousse depuis plus d’une décennie.

Extrait l’Express de Madagasikara – Mardi 31 janvier 2012