La campagne du Vakinankaratra ne connaît ni véritable temps mort ni réelle période de vacances. Des activités permanentes témoignent de la philosophie des paysans de ce terroir : la terre nourrit en fonction du travail et des soins qu’on lui consacre. Comme le mariage de l’eau et de la terre conditionne le travail et la production de la terre, la saison des pluies accélère le rythme d’une intense activité sur les terrains agricoles et particulièrement dans  les rizières.

1-    La pluie, signal d’un rassemblement sur terrain
Cette région très rurale voue un culte pour les pratiques ancestrales, c’est souvent à partir d’un savoir faire transmis de génération en génération que les riziculteurs tentent d’adapter les nouvelles méthodes. Dans ce pays, à les voir dans leur activité et à les entendre en parler on a le sentiment qu’ils manifestent un désir réel d’harmoniser leurs activités  à l’environnement naturel tout en développant une maîtrise de cet environnement au service de leurs activités. Dans  les vallées, tous les acteurs s’adaptent aux manières et aux  gestes transmis de mère en fille et de père en fils. La conquête de nouvelles surfaces dans les hauteurs par des rizières échelonnées en espaliers obéit aussi à des règles héritées quant à la maîtrise d’une technique d’irrigation. Un dénominateur commun à cette agriculture, l’amour de la terre moteur  d’une honnête force de travail. Cette population, on s’en doute, conserve les règles d’une vie sociale qui imposent aux uns et aux autres de se donner  la main mutuellement, au quotidien tout autant que lors  des évènements publics ou particuliers. Le jour du marché demeure toujours un important moment de rencontre que personne ne louperait si ce n’est pour des raisons majeures.

2-    Le marché, lieu de rencontre indispensable
Qu’il vente ou qu’il pleuve, des bourgs les plus proches ou des hameaux les plus éloignés, à pieds ou en bicyclette les ruraux arrivent  à ce lieu de rendez-vous pour y vendre quelques produits, pour se ravitailler en sucre, sel, bougies, pétrole… ou tout simplement pour échanger des nouvelles. Ces rencontres qui n’obéissent à aucune règle formelle mais qui se pratiquent pourtant selon une méthode en mode  de vie échappent aux diverses manipulations basées sur des motifs externes à cette communauté. Cette résistance aux influences étrangères à leur système contribue à préserver la pérennité de ces sociétés traditionnelles mais constituent sans doute un handicap pour leur intégration dans le monde moderne.
3-    De grosses activités  pour des rendements insuffisants
Le monde rural, le Vakinankaratra compris, déplore toujours une insuffisance de ses revenus. Les prix encore médiocres accordés aux produits de la terre en constituent sûrement une des raisons, mais ces prix sont conditionnés par la moyenne nationale du niveau de vie. De plus, la production régionale doit toujours faire face à une augmentation incessante du chiffre local des bouches à nourrir. Le dévelop­pement local ne saurait ainsi se faire indépendamment du développement national. En ce qui concerne cette région  où la population manifeste une activité très industrieuse  en riziculture, elle assume un rôle important pour les efforts qui consiste à tendre vers une autosuffisance du pays en ce qui concerne le riz. A l’évidence, en considération d’une relative faiblesse de la moyenne de production à l’hectare, on peut attendre du Vakinankaratra meilleures performances. Cette population qui développe des efforts méritoires dans ses activités n’a pas encore intégré le dynamisme qui contribue à un rendement optimum. La résistance à la pratique des méthodes modernes pour la riziculture interroge pour cette région comme partout dans l’île, alors que le SRI par exemple a vu le jour à Madagascar et fait la fortune des riziculteurs dans d’autres pays comme la Thaïlande.

Extrait Les Nouvelles – 13 janvier 2012