Nombreux sont les gargotiers de la capitale qui se plaignent de voir leur chiffre d’affaires se réduire en peau de chagrin. Cette situation affecte tout aussi bien les gargotiers du centre-ville que des quartiers excentrés. La baisse varie de 25 à 50% selon les endroits. Pour parer à la défection des clients face à la montée des prix des ingrédients, les gargotiers préfèrent réduire le volume proposé au lieu d’augmenter les prix. Il faut, en effet, souligner que la viande de bœuf frôle les 7 000 Ar/kg dans plusieurs quartiers de la capitale, alors que le poisson s’achète à partir de 7 000 Ar également… La baisse du chiffre d’affaires des gargotiers annonce une aggravation de l’insécurité alimentaire chez bon nombre de Tananariviens. En effet, si 54% de la population mangeaient dans la rue, c’est-à-dire dans les gargotes et chez les marchands ambulants de repas en mai 2010, cette proportion a atteint les 64% en juin 2011 d’après les données de l’UNICEF. Manger dans la rue revient moins cher que préparer soi-même ses repas à la maison. Seulement, si le taux de la population qui adopte cette pratique diminue, cela veut dire que de plus en plus de gens ne mangent plus correctement.

Ils n’ont plus assez de ressources financières pour manger dans les gargotes. Or, les repas proposés par ces derniers et à la portée de la plupart des gens ne garantissent pas la sécurité alimentaire. Les gargotes et les marchands ambulants de repas proposent des pâtes rarement agrémentés de minuscules légumes, des « soupes chinoises » qui ne le sont que par le nom, une petite portion de riz accompagné de quelques morceaux de viande mélangés à des légumes… Quant aux fruits, ils sont trop chers pour la bourse des 54% des Tananariviens pauvres. Les mangues de taille moyenne se vendent à partir de 200 Ar la pièce. Entre une mangue et une soupe à 200 Ar chez les marchands ambulants de repas, le choix est vite fait et s’oriente vers la soupe. Mais à part les mangues, les autres fruits comme la papaye et la pastèque coûtent aussi trop chers pour les bourses dégarnies par cette longue crise et la mauvaise gouvernance des régimes successifs dans le pays. Même la banane qui est toujours sur les étals toute l’année, le kilo est à partir de 600 Ar. 

Pour bon nombre de personnes et de familles de la capitale donc, la situation alimentaire est pire. Déjà qu’ils n’ont plus accès aux repas de rue, trouver des moyens pour se préparer des repas chez soi est encore plus difficile. Il faut acheter les ingrédients, le charbon de bois ou le bois de chauffe et l’eau pour la cuisson. Les premières victimes de l’insécurité alimentaire sont les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées. Selon toujours les données de l’UNICEF, 84,5% des enfants de moins de 5 ans sont pauvres. Ils sont 82% pour la catégorie d’âge des 5 à 14 ans. Le microcosme politique semble être aveugle face à ces différentes situations plus graves les unes que les autres. Il livre des lutes sans merci pour décrocher des postes dorés et ce, aux frais des contribuables.

Extrait la Gazette de la Grande Île – Lundi, le 14 Novembre 2011