Dans les années 30 du siècle dernier, le nombre des Antankarana est évalué à 25 000 environ, dont 12 000 dans le seul district d’Ambilobe sur 33 000 habitants.

« L’Antankarana de race pure est grand, le teint plus ou moins foncé, quelques-uns ont même les traits très fins et la peau claire, conséquence sans doute des mélanges avec les populations arabisées des Comores et des îles » (« Monographie du district d’Ambilobe » par l’administrateur Sauphanor, 1939).

Les femmes semblent avoir conservé, plus que les hommes, ce port très noble et une taille nettement plus que la moyenne. De caractère agréable mais très indolent, ils n’aiment guère les innovations qui risquent de compliquer leur genre de vie.

Pourtant et c’est dommage, ils apprécient beaucoup trop les boissons fortes. « Depuis quelques années, la consommation de l’alcool, c’est-à-dire le rhum, a beaucoup augmenté. Soit usure de la race, soit conséquence de l’alcoolisme, les jeunes générations perdent de plus en plus les caractères somatiques de leurs ancêtres et, de plus en plus, malgré les naissances assez nombreuses, le chiffre de la population n’augmente guère. »

Pour un bref rappel historique, en avril 1841, le roi antankarana Tsimiaro et son homologue français Louis-Philippe signent un traité par lequel le premier cède au second « tout le pouvoir qu’il a hérité de ses ancêtres et lui abandonne également toutes les îles environnant l’Antankarana, son royaume ». En contrepartie, comme Tsimiaro se considère, de ce fait, comme le fils du souverain français et ses sujets comme des citoyens français, il souhaite que ses gens et lui soient gouvernés comme tels. Ainsi Tsimiaro espère sinon réclame, entre autres, que Louis-Philippe envoie des troupes à Nosy Mitsio ainsi qu’un navire de guerre pour les protéger contre les Merina et contre les autres ennemis.

Mais contre toute attente, non seulement les Français ne lui apportent aucune aide, mais ils aggravent la situation déjà compliquée par les Merina. En effet, ils commencent à prendre possession des terres qui leurs sont cédées.

Beaucoup plus tard, refoulés de la plaine de la Mahavavy par l’octroi de grandes concessions aux Français, ce qui ne s’est pas fait sans résistance de leur part, ils refusent de se laisser embrigader. Noyés par l’afflux des travailleurs amenés notamment du Sud de Madagascar, ils se retirent dans les terrains laissés libres au nord de la Mananjeba et dans l’intérieur du district d’Ambilobe, vers l’Est ou le Sud. L’arrêté domanial du 5 avril 1932 crée « des lots de colonisation et des réserves indigènes dans la Mahavavy, mais dans les villages de la plaine, partie la plus riche du district d’Ambilobe, les Antankarana sont minoritaires ».

Depuis le roi Tsimiaro, la famille royale est musulmane et beaucoup de ses sujets ont suivi cet exemple. C’est ainsi qu’ils portent le fez et ne consomment pas de porc. « Leur islamisme de surface leur vaut de la part des Comoriens ou des Arabes le surnom un peu méprisant de Mselam koufia (Musulmans de la coiffure). » À Nosy Mitsio, à Ambodibonara, il existe pourtant des écoles coraniques, mais l’enseignement y est rudimentaire.

À partir de la colonisation en 1895, les luttes nationalistes naissent à plusieurs reprises dans la Grande île et essaient d’avoir prise sur les Antankarana. Ainsi, Ralaimongo trouve « un terrain de propagande favorable » dans la Mahavavy, mais beaucoup plus auprès des autres groupes ethniques que parmi les Antankarana. Au contraire, ces derniers restent aussi loyaux envers les Français que l’ont toujours été leurs Mpanjaka depuis la signature du traité de 1841. « Haïssant profondément les Hova dont ils n’ont pas oublié les déprédations tout le long du XIXe siècle, la population et les chefs antankarana, Mpanjaka en tête, ont constitué l’élément sûr qui a évité sans doute à la côte Nord-ouest le sort de la côte Est. »

« Il serait à souhaiter que (…) le Mpanjaka et tous les chefs tâchent de faire comprendre à la masse que leur intérêt à tous n’est pas de se faire figer dans une indolence immobile et de vivre sur des souvenirs historiques, mais de s’éveiller et de se mettre au travail pour gagner leur place dans le monde futur qui s’édifie, monde d’où seront exclus à coup sûr les paresseux et les retardataires. »

Extrait l’Express de Madagascar – Vendredi 02 septembre 2011