A en croire Jean-Christophe Carret, économiste environnemental au sein de la Banque mondiale, le carbone pourrait constituer une filière potentiellement bénéfique pour l’économie malgache.

Même si l’écotourisme garde la main, le marché du carbone pourrait constituer une filière d’avenir pour le pays dans le secteur environnemental. D’après l’économiste environnemental au sein de la Banque mondiale, Jean-Christophe Carret, il y a deux moyens d’y parvenir : grâce à l’achat de carbone qui suscite l’intérêt de grandes entreprise étrangères, ou alors par le biais du programme Redd…

« Plusieurs entreprises d’envergure étrangères sont en ce moment intéressées pour acheter du carbone des forêts malgaches dont Air France, Dell ou encore Mitsubishi », a-t-il fait savoir, hier lors d’une rencontre avec la presse dans les locaux de la Banque mondiale à Anosy.

Réduction des émissions

Mais ce n’est pas tout : la Grande île pourrait s’attendre à percevoir les bénéfices de ses efforts pour la réduction d’émission de carbone grâce à la diminution de son taux de déforestation. Ce, par le biais du programme « Réduire les émissions de CO2 provenant de la déforestation et de la dégradation des forêts » (Redd ou Reducing emissions from deforestation and forest degradation) qui prévoit des mesures financièrement incitatives pour les pays ayant le plus réussi à réduire les émissions résultant du déboisement et de la dégradation des forêts.

L’on parle ainsi de 4 à 5 dollars la tonne de carbone, ce qui pourrait se révéler très avantageux pour le pays lorsque l’on connaît l’étendue des forêts existant sur l’île. L’économiste estime même que « cette industrie s’avère aussi prometteuse que le tourisme ».

Les crédits REDD doivent être apportés par les pays industrialisés et riches, en l’occurrence la Norvège et le Danemark qui sont les principaux donateurs, lesquels doivent aider les pays en développement à intégrer les préoccupations environnementales à leur politique de développement.

Cela dit, d’après Jean-Christophe Carret, tout dépend encore, pour Madagascar, des négociations internationales.

Le tourisme en pôle position

Mais, pour le moment, c’est du côté touristique que l’environnement apporte le plus, via l’écotourisme. Ainsi, de 1992 à ce jour, le nombre de touristes ayant visité les parcs nationaux est passé de 0 à 120 000. L’on sait également que la taille de l’économie malgache fait 7 milliards de dollars dont 0,5 milliard de dollars de l’industrie touristique.

En tout cas, en se développant, ces deux types d’activités peuvent devenir des mécanismes de financement durable pour l’environnement. «  L’objectif est de faire en sorte que le pays soit, à l’avenir, moins dépendant des bailleurs dans ce secteur », a indiqué Jean-Christophe Carret.

Enfin, de tout ce qui précède, il faut dire que la Grande île a d’une manière générale beaucoup à gagner à investir dans l’environnement, quitte à faire crédit auprès de la communauté des bailleurs. Pour le seul cas des programmes environnementaux de la Banque mondiale, le financement atteint, depuis environ 20 ans, presque les 200 millions de dollars.

Néanmoins, l’économiste de la Banque considère que les bénéfices de l’argent injecté dans les parcs nationaux sont à un niveau largement supérieur à celui investi. Et pour cause, d’après un calcul prévisionnel fait sur la base des 60 millions de financement additionnel pour le PE II (voir article en page 5), ces bénéfices seraient de 16 millions de dollars en termes de réduction d’émission de carbone, de protection de la qualité et de quantité de l’eau et d’écotourisme.

Extrait Les Nouvelles – mardi 9 août 2011