Le traité anglo-merina du 23 octobre 1817 constitue, selon de nombreux auteurs, une véritable entrée de Madagascar sur la scène internationale. Ses conséquences seront capitales pour l’évolution de la Grande île.

Ce traité est signé du côté anglais par Francis Stanfell et M. Pye qui représentent le gouverneur de Maurice, Sir Robert Farquhar; et au nom du roi de Madagascar, Radama 1er, par Ratsalika, Rampolo, Ramano, Rasihato et Ramalaza.

Dans le premier article, les deux parties rappellent surtout la confiance mutuelle, l’amitié et la fraternité entre elles. Mais ce traité porte surtout sur « une entière cassation et abolition- dans tous les territoires du roi Radama et partout où son autorité pourra s’entendre- de la vente ou du transport des esclaves ou personnes quelconques qui doivent être transportées de Madagascar dans aucun pays, îles ou domaines appartenant à aucun autre prince ou puissance quelconque ».

Dans le deuxième article, il est précisé en particulier que « Radama fera une proclamation et une loi par laquelle il défendra à tous ses sujets, ou les personnes dépendantes de lui ou de son royaume, de vendre ou enlever de Madagascar aucun esclave; ou d’aider, encourager ou assister à aucune vente de cette nature sous peine d’être réduit soi-même à l’esclavage ».

Mais comme la traite est une des principales ressources, sinon la seule, du royaume, le traité dans son troisième article pense à dédommager Radama 1er.

Ainsi, il est prévu que le gouverneur de Maurice s’engage à lui donner annuellement différentes contreparties: 1 000 piastres en or et 1 000 en argent; 100 barriques de poudre de 100 livres chacune; 100 fusils anglais et les accoutrements complets; 10 000 pierres à fusil; 400 chapeaux, 400 colliers, 400 pantalons et 400 souliers de soldat anglais régulier; 400 gilets rouges de soldat de l’Inde; 12 sabres réguliers de sergent et des ceinturons; 400 pièces de toile blanche et 200 de toile bleue de l’Inde; un grand habit rouge de drap avec épaulettes, chapeaux et bottes pour le roi, et deux chevaux.

Enfin, dans le quatrième article, il est stipulé « que les parties contractantes protègeront mutuellement le fidèle ami allié de l’Angleterre, le roi d’Anjouan ». Celui-ci, en effet, est depuis des années la cible des « petites puissances des côtes malgaches ». Les deux parties devront, de ce fait, exercer « leur influence sur leurs sujets, alliés et dépendances pour mettre fin à ce système de piraterie ».

La même année 1817 mais deux mois plus tôt, plus exactement le 9 juillet, Radama et le chef des Betanimena, Jean René, signent devant témoins- les mêmes Francis Stanfell et R. Pye- un traité ratifié en août par Robert Farquhar. Appelé traité d’alliance offensive et défensive, l’accord souligne l’avantage qu’en retireront les parties contractantes « en assurent la sécurité et l’autorité de chacune à l’égard de leurs ennemis et de ceux qui troublent le bon ordre et la tranquillité ».

Dans son second article, il est aussi notifié que Radama et Jean René se trouvent sur le même pied d’égalité. En effet, « les droits et le pouvoir des parties contractantes au lieu d’être violés par l’une ou l’autre, non seulement demeurent intacts mais ne manqueront pas de s’accroître en proportion de la sincérité, de la conservation et de la durée de leur amitié ».

En revanche, dans l’article 3, en cas de danger provenant de leurs ennemis intérieurs et extérieurs, on insiste sur l’aide que l’une et l’autre doivent se porter.

« Si des projets préjudiciables à l’intérêt de l’autre venaient à leur connaissance, de faire tout ce qui est en leur possible pour les déjouer ».

Enfin, dans l’article 4, on parle de l’arbitrage du gouverneur de Maurice, « si quelque contestation s’élevait par hasard ou par malentendu entre les parties contractantes ».

Ainsi, il est démontré que ce traité est un acte conclu par deux souverains égaux. Ce n’est que plus tard que la suzeraineté de Radama est établie, selon toute vraisemblance en raison de la modification du rapport des forces.

Extrait l’Express de Madagascar – Samedi 06 août 2011