764 hectares des forêts de Tuléar seront transformées en charbon, cette année. La pauvreté et la corruption favorisent la production illicite. Avec la hausse continue des quantités produites, la déforestation progressive devient considérable. Même les aires protégées sont actuellement touchées par cette situation alarmante.

Protégées. Les producteurs de charbon de bois sont devenus de plus en plus nombreux à Tuléar, surtout depuis la crise. D’après les producteurs locaux, le charbon est leurs sources de revenu les plus prometteuses. « La pauvreté devient de plus en plus grande. Aggravé par la crise actuelle, nous ne savons plus quoi faire. Cependant, nous préférons faire du charbon, plutôt que de devenir pilleurs », a expliqué un producteur illicite de charbon de bois à Tuléar II. Notons qu’une partie des forêts de cette zone sud de Madagascar est protégée par la WWF. D’après Rina Rajaonarivony, un représentant de cette organisation, la loi n’est pas encore convenable pour la situation actuelle. « Nous protégeons une partie de la forêt de Ranobe, à 32Km de Tuléar, sur la RN9. Le DINA est le moyen le plus efficace pour faire respecter les règles dans ce village. Mais cette forêt est encore actuellement victime de la production de charbon de bois, car des trafiquants provenant des autres villages viennent couper des arbres en cachette. Nous en avons interceptés quelques-uns que nous avons poursuivis en justice. Mais, ces trafiquants ont toujours été relâchés après un bref délai », a-t-il raconté.

2,6% par an. En 2010, la consommation de charbon de bois de Tuléar a atteint les 744 tonnes, d’après la Direction Régionale des eaux et forêts de la région sud-ouest. En effet, 12401 sacs de charbon, dont 3720 de sacs de 70Kg et 8681 sacs de 30Kg ont été produits lors de cette période. Cette production ne représente pourtant que 70% de la consommation de la Commune urbaine de Tuléar. Par ailleurs, les responsables des eaux et forêts ont indiqué qu’avec l’accroissement moyen de la population de 2,6% par an, ils estiment que la consommation de charbon de bois de cette région pour cette année 2011 sera de 764 tonnes.

Déboisée. Les Communes de Belalanda, Ankilimalinike, Milenaka, Tsianisiha et Marofoty de Tuléar II, disposent encore de 36598 hectares de forêts. Mais la production de charbon consomme 1 hectare par tonne. Ce qui veut dire que cette année, 764 hectares de la forêt seront transformés en charbon de bois. L’année prochaine, ce chiffre augmentera certainement avec la croissance démographique. Pour sa part, la Région sud-ouest a noté que des reboisements ont été effectués dans le district de Tuléar I, avec les 500 hectares reboisés en 2010-2011, contre 298 hectares en 2009-2010.

Corrompus. Des collecteurs de charbon de bois disposent de papiers d’exploitation à Tuléar. D’après la Direction régionale des eaux et forêts de la région, 200 autorisations de transports sont actuellement en circulation. Les collecteurs paient des redevances de 130 Ariary par sac de charbon. Malgré leur statut formel, ces collecteurs achètent des productions illicites, ce qui traduit une défaillance du système. Par ailleurs, 1280 charbonniers répartis dans 11 associations sont enregistrés dans les 5 Communes de Tuléar II. Tous les autres sont des producteurs illicites. En effet, ces derniers font leur trafic de bon matin, pour éviter les contrôles des gendarmes. Mais certains sont, malgré tout, surpris. D’après les charbonniers illicites de la région, environ 8 à 10 barrages de la gendarmerie sont à éviter sur les 32Km de la RN9, pour arriver dans la ville de Tuléar. « Lorsque nous sommes surpris par les gendarmes, nous leur payons 1000 Ariary et nous pouvons passer. Nous sommes déjà habitués à cette pratique, et les gendarmes aussi », a confié un trafiquant de charbon de bois.

Extrait Midi Madagasikara – Mardi 12 juillet 2011