Pour se déplacer à Madagascar bien avant que les troupes françaises ne débarquent, les voyageurs n’ont pas vraiment l’embarras du choix entre le portage en filanjana, en cheval ou en mulet.

Le métier de porteur de filanjana n’est pas à la portée de tous. Ces « borizano » (bourjanes) comme on les appelle communément, sont des hommes spécialement choisis pour leur vigueur et leur jeunesse, car ils s’usent vite et deviennent des porteurs de bagages. « Ils aiment leur existence malgré ses fatigues et ses dangers, et la quittent à regret. D’un naturel gai et bon enfant, ils vivent sans souci du lendemain aujourd’hui ici, demain là, au hasard des engagements » (Bulletin du Comité de Madagascar,1895).

À l’époque, les animaux de selle et de bât sont peu employés, mais cela change après l’expédition française. On trouve des chevaux, des ânes, des mulets et des bœufs dans l’île. Les trois premiers qui sont importés, y vivent très bien sous tous les climats. « Contrairement à ce qu’ont avancé des personnes mal renseignées, il n’existe à Madagascar ni maladie épidémique ni parasite qui s’opposent à l’introduction de ces animaux ».

À Antsiranana, le service de l’artillerie possède des mulets amenés à Madagascar vers 1885, après avoir été employés à Formose. Sur les côtes et à l’intérieur des terres, on trouve quelques chevaux et quelques ânes en bonne santé et vigoureux.

Le bœuf est « indigène » et appartient à la race des zébus : les Européens du littoral l’attellent à des voitures, les Merina et les Betsileo l’emploient au bât.

Le dressage d’un bœuf-cheval (omby soavaly comme l’appellent les autochtones) nécessite environ trois mois. Pour adoucir son caractère, « on commence par lui couper les cornes au ras du front. Une opération délicate et l’animal en souffre pendant un mois. Après cicatrisation de la blessure, on l’habitue à des fardeaux que l’on augmente progressivement ».

Pour circuler sur les lacs et les rivières, on emploie des pirogues avec ou sans balancier. Ces dernières, les « lakafia », sont particulières à la côte Ouest où l’usage en a été introduit probablement par les Arabes. Mais « quelles que soient leurs formes et leurs dimensions, on est toujours très mal dans ces embarcations, sans compter les risques de chavirer ».

Comme il n’y a presque pas d’hôtel dans les petites villes du littoral- à plus forte raison dans les villages de l’intérieur- le voyageur doit amener avec lui tout ce qui est nécessaire à son existence. La population locale lui vendra de la viande de bœuf, des poulets, des œufs, du riz, mais s’il veut une nourriture plus variée, il devra faire en conséquence ses provisions avant le départ.

S’il doit traverser une contrée déserte, une tente sera nécessaire et il ne doit pas oublier de garnir son lit pliant d’une moustiquaire, sinon son sommeil sera impossible, surtout dans les lieux infestés de moustiques.

Les vêtements légers en, toile, excellents dans les vallées, seront insuffisants dans les montagnes où les variations de température sont fréquentes : un pardessus, un imper léger mais ample, un casque pour se protéger de l’insolation et des protections pour les yeux complètent l’équipement.

Enfin, les bagages seront divisés en paquets maniables dont le poids n’excèdera pas 50 kg et dont les dimensions seront restreintes.

Extrait l’Express de Madagascar – Vendredi 01 juillet 2011