« Après la destruction de la forêt par l’homme, l’invasion des espèces introduites et naturalisées représente une autre menace non négligeable. Cette invasion commence par l’introduction d’espèces exotiques dans un nouveau milieu. Et avec leurs pouvoirs compétitifs et colonisateurs remarquables, elles se naturalisent, se multiplient et forment une population dominante sans l’intervention de l’homme. Ce qui entraîne un changement important de la composition, de la structure ou du fonctionnement de l’écosystème ». C’est ce qu’explique l’ONG de conservation, Missouri botanical garden (MBG). Dans le cadre de l’année internationale de la forêt célébrée cette année, cette ONG spécialisée dans les recherches sur la conservation fournit des informations sur plusieurs espèces. L’objectif est d’aider les différents acteurs de la conservation à mieux gérer et à mieux étoffer le patrimoine forestier du pays. Elle remarque que les essais culturaux, le pâturage, le bois de chauffe, la fabrication de charbon  avec les Pinus sp., et l’Eucalyptus sp. et leur culture comme plantes ornementales et industrielles ont favorisé leur invasion.

A Nosy Tanikely dans le Nord, deux espèces sont considérées comme envahissantes, à savoir le Dioscorea violacea (« ovy ala ») et le Leucaena leucocephala. Dans l’Ouest, le « mokonazy » (Zizyphus sp.) colonise une grande partie des milieux dégradés. Dans l’Androy, le cactus rouge (Opuntia stricta) envahit la réserve de Cap Sainte Marie. La déjection des graines après consommation des fruits contribue à sa prolifération. A Manombo, la jacinthe d’eau (Eichhornia crassipes) obscurcit les voies d’eau. Le même problème s’observe sur le canal des Pangalanes et sur d’autres lacs. Ces plantes menacent les activités de pêche et la navigation. Pour la « goavitsinahy », une sorte de petite goyave rouge juteuse (Psidium cattleyanum) et le « longoza » (Aframomum angustifolium), ils abondent à la périphérie de nombreuses forêts tandis que  le « mazambody » (Clidemia hirta) et le « radriaka » (Lantana camara) sont également envahissants. Le parc national de Ranomafana et Analalava sont pratiquement envahis par la « goavitsinahy ».

Auparavant à Ranomafana, la lutte contre les espèces envahissantes consistait à les déraciner et défricher. Plus tard, la non intervention humaine interdisant toute forme de lutte a été adoptée. Mais les gestionnaires des sites concernés affirment que  le seul moyen d’éradiquer ces espèces serait la lutte chimique nécessitant de gros moyens financiers qui ne sont pas à leur portée. Sur le site de conservation de MBG à Analalava, la population riveraine a été sensibilisée à la valorisation du « radriaka ». Le bois de cette espèce peut être utilisée dans la fabrication de mobiliers, ses branches dans la confection de balais. Cette valorisation se présente comme une des solutions pour éradiquer cette plante. En réalité, ces espèces introduites et envahissantes sont plus nuisibles qu’utiles bien que certains de leurs effets bénéfiques soient à prendre en compte.

Extrait La Gazette de la Grande Île – Samedi 25 Juin 2011