La biodiversité malgache continue d’honorer sa réputation : unique, spectaculaire et diversifiée. Plus de 600 espèces de faune et de flore viennent d’être découvertes ces dernières décennies sur l’île, mais déjà, leur survie est mise à mal à cause de la déforestation.

« La forêt, principal habitat de ces espèces perd du terrain à une vitesse excessive. L’on estime aujourd’hui qu’elle perd annuellement 800 km2 de sa superficie », souligne Tiana Ramahaleo, de WWF Madagascar.

Les chercheurs scientifiques ont trouvé plusieurs nouvelles espèces de faune et de flore qui nous laisse croire que la Grande île n’a pas fini de nous étonner : entre 1999 et 2010, 614 espèces ont été découvertes, selon le rapport sur les nouvelles espèces présenté lundi par WWF Madagascar, à son siège à Antsakaviro. « Ces espèces spectaculaires nous donnent une image des enjeux de la conservation à Madagascar et ce rapport sur les espèces illustre, encore une fois, l’importance des écosystèmes malgaches » souligne Nanie Ratsifandrihamanana, directrice de la conservation de WWF Madagascar.

Trésors ignorés, trésors perdus…

En matière environnementale, le paradoxe malgache est inquiétant : la totalité des espèces vivant sur le territoire n’est pas connue, celles qui sont déjà connues ou qui viennent d’être découvertes sont fortement menacées. « La forêt, principal habitat de ces espèces animales ou végétales perd du terrain à une vitesse excessive. L’on estime aujourd’hui qu’elle perd annuellement 800 km2 de sa superficie », souligne Tiana Ramahaleo, coordinateur du programme Espèces et science de la conservation, au sein de WWF Madagascar.

La déforestation a des conséquences aux proportions dévastatrices. « Certaines espèces de lémuriens participent à la pollinisation de certaines plantes. La destruction de leur habitat qu’est la forêt rompt la chaîne naturelle de régénération, menaçant autant l’animal que la plante », explique le primatologue Jonah Ratsimbazafy, secrétaire général du groupe d’étude et de recherche sur les primates à Madagascar. Les feux de brousse ne sont pas les seules pressions qui menacent nos forêts : « La destruction à petite échelle mais généralisée des habitats, essentiellement pour le bois de feu et la production de charbon de bois. L’agriculture de subsistance, le pâturage du bétail et les espèces invasives provoquent aussi des dégradations environnementales » relate le rapport 2011.

Des forêts pour les hommes

L’examen de photographies aériennes montre qu’entre 1950 et 2000, Madagascar a perdu 40% de son couvert forestier et 80% de ses « cœurs de forêts », qui représentent la zone située à plus d’un kilomètre à l’intérieur du périmètre forestier. Au-delà de l’importance des forêts pour la survie de la faune et de la flore, la conservation de celles-ci est essentielle pour les hommes. « Les forêts assurent plusieurs fonctions comme la protection des bassins versants, la fourniture de biens et services économiques telles que l’alimentation, le bois et autres produits forestiers non ligneux. Elle garantit des biens sociaux et doivent ainsi être utilisées durablement pour leurs valeurs scientifique, économique et sociale », toujours selon Fara Lala Razafy, leader écorégional du programme Ala Alitsinana au sein du WWF. Un point de vue qui rejoint le thème de l’année internationale de la forêt (2011) : des forêts pour des hommes.

A terme, l’objectif est de faire en sorte que les communautés puissent vivre et se développer, dans le respect de l’environnement qui les entoure : « Actuellement, WWF travaille à la mise en place d’un réseau d’aires protégées représentatives de ces écosystèmes et promeut des alternatives de subsistances durables, afin que les communautés puissent vivre sans détruire la biodiversité qui les entoure » affirme Nanie Ratsifandrihamanana, directrice de la conservation de WWF.

Quelques nouvelles têtes…

 

Un caméléon « new age »

Une couleur verte acidulée, un peu glamour, un peu rock’n’roll, un look brillant et un brin…tendance ? Le Furcifer timoni qui vit dans les forêts du massif de la Montagne d’Ambre frappe par son leur allure assez originale. L’espèce a été décrite en 2009 et la découverte du Furcifer timoni a été particulièrement surpris les herpétologistes, dans la mesure où ces reptiles ont déjà été recensés au détail, depuis plusieurs années. Au total, 11 nouvelles espèces de caméléons ont été découvertes depuis 1999.

Une orchidée… bonbon

12 nouvelles espèces d’orchidées ont été découvertes depuis 1999. Parmi celles-ci, une espèce assez belle : le Polystachya clareae. Orange vif et même luminescent, cette espèce trouvée dans la forêt de la région de Manjakandriana, a été décrite en 2003. Ses feuilles sont vertes, avec une brillance plutôt chatoyante. En été, saison de sa floraison, des fleurs orange naissent en épis sur trois branches. Et parce qu’elle a décidé de ne pas s’arrêter en si bon chemin, cette orchidée exhale un parfum de… bonbons au citron.

Un poisson aux lèvres…bleus

Ce poisson est le Paretroplus tsimoly, aussi connu sous le nom de Lamena ou “lèvres bleues”. Cette nouvelle espèce, de 25 cm de long, a été scientifiquement décrite par les scientifiques en 2001. Adulte, le Lame a des lèvres charnues et…bleues bien que son nom originel – Lamena – signifie « rouge » en référence au rouge brillant qui borde ses nageoires et le pourtour de ses yeux. Son corps, par contre est orange doré. Cette espèce vit dans les rapides des rivières ou dans les bassins plus calmes au fond rocailleux. À l’origine, elle a peuplé les rivières Akalimotra et Boinakely. Aujourd’hui, on en retrouve aussi dans le bassin de la rivière Kamoro. Au cours de la dernière décennie, 17 espèces de poissons ont été découvertes.

Une araignée qui aime tisser !

Cette araignée dorée et orbitèle (qui tisse sa toile de manière circulaire) est baptisée Nephila Komaci. Décrite en 2009, succédant à la première espèce de Nephila, décrite en 1879. Le Nephila Komaci est l’une des plus grandes espèces d’araignée tisseuse, connues pour confectionner d’immenses toiles de soie dorée, de plus d’un mètre de diamètre. Cette espèce se détermine aussi par un dimorphisme sexuel extrême : les femelles ont un corps cinq fois plus grand que les mâles : 39,7mm contre 8,7mm ! Les scientifiques estiment que le Nephila Komaci tisse la plus grande toile du genre. Plus de 41 000 espèces d’araignées ont été identifiées entre 1999 et 2010. 500 espèces s’ajoutent à la liste tous les ans, sachant que seuls trois spécimens d’araignées orbitèles dorées ont été découverts au cours de la dernière décennie.

Un serpent Patchwork

Découvert en 2010 dans le parc national de Makira, ce serpent est le Liophidium pattoni qui se distingue par une palette de couleurs exceptionnelle. Long de 41 cm, ce serpent a un dos noir parcouru de quatre raies ondulées horizontales roses qui se fondent dans des couleurs bleu gris à mi-corps. Son ventre est jaune brillant. 61 reptiles ont été découverts au cours de la dernière décennie.

Quelle bûche, ce gecko !

Le gecko à queue plate Uroplatus pietschmanni a très longtemps échappé au regard des chercheurs. Et pour cause, son camouflage est la réplique parfaite des écorces d’arbre. Découvert en 2003 dans la forêt tropicale de l’Est malgache, il mesure 13 cm de long et vit dans les branchages épais. On suppose qu’il est endémique d’Amboasary Gara. Depuis 2004, l’ensemble du genre Uroplatus a été inscrit en Annexe II de la CITES.

Plus de 614 espèces ont été découvertes à Madagascar entre 1999 et 2010. Sur ces nouvelles espèces, on compte 40 mammifères, 42 invertébrés, 17 poissons, 69 amphibiens, 61 reptiles et 385 plantes.

Dossier réalisé par Mialisoa Randriamampianina

Extrait Les Nouvelles – samedi 25 juin 2011