C’est dans sa deuxième lettre à un Jésuite qu’il ne nomme pas, que le P. Romain Marie-Joseph Déniau essaie d’expliquer les causes qui ont fait échouer leur première expédition dans le Sud-ouest de Madagascar. Il conclut que sept raisons sont probables, qu’il développe point par point.

Comme cinquième cause- les quatre premières sont évoquées dans notre dernière Note- il cite la frayeur des autochtones. « Nous avons été sur un même point de la côte ou sur plusieurs endroits rapprochés avec un personnel nombreux et un matériel considérable; ce qui a réellement effrayé les populations de ces contrées qui ne craignent rien tant qu’un envahissement de la part des Blancs ou des Hova.

Tout cela a beaucoup servi à accréditer les mensonges et les niaiseries du Baleinier ». Il parle d’un navire baleinier américain arrivé de l’île Maurice le 27 juin et dont le capitaine fait auprès de la population- « qui ne demandait qu’à l’écouter », Raymond Decary – une « propagande pressante » contre les Français.

L’expédition missionnaire forme, en outre, un assez grand retranchement. Ils en entourent le terrain destiné à servir plus tard d’emplacement à la construction d’une église et d’une petite case. « Ce retranchement, si innocent en lui-même, a paru aux habitants un moyen d’attaque et de défense. C’est ainsi, disaient-ils, que font les Hova quand ils veulent s’emparer d’un pays ».

Enfin, le P. Déniau évoque un conflit d’intérêts. « Il y a des traitants qui croient que les Sakalava, une fois civilisés et instruits, offriraient moins de bénéfices à leurs spéculations. Ou bien que les missionnaires, au fait des ressources du pays, les feraient connaître au public et qu’alors beaucoup de concurrents se disputeraient ce qui, auparavant, n’était que l’exploitation de peu d’individus. Ceux-ci ont aussi contribué aux mesures prises par le peuple contre nous ».

« Ce sont tout autant d’obstacles qu’on ne pouvait guère voir qu’après l’évènement. Certainement, avec tant de causes d’insuccès, nous ne pouvions réussir que par miracle ». Le P. Déniau estime cependant que cela ne doit pas conduire à renoncer à la mission de Madagascar. « On trouve une position que l’on ne peut pas attaquer de front; on change de tactique et de manœuvre quand on s’aperçoit qu’une première fois, on a mal pris ses mesures et la victoire couronne la persévérance ».

Ainsi pour lui, il faut tenir compte du fait qu’ils ont été maltraités « comme Français supposés ennemis » et non comme missionnaires. Et de suggérer une nouvelle stratégie:

« En nous présentant avec ce deuxième titre, par petits groupes sur des points moins en contact avec les Européens, nous pouvons essayer d’être plus heureux en faisant de nouveaux essais ».

Le P. Déniau suggère alors le Nord où 40 à 50 000 Malgaches vivent et dont « la plupart se feront chrétiens quand ils auront le bonheur d’avoir des missionnaires. Voilà donc un vaste champ qui s’ouvre devant nous ».

Après un court séjour à Bourbon, il repart pour Nosy Be. Il y arrive au début de novembre 1848. Il y assiste à la révolte de 1849 dont il laisse également, selon Raymond Decary, dans une lettre du 6 juillet 1849, une longue et intéressante relation. C’est dans cette île d’ailleurs, à Tafondro, qu’il meurt vers le milieu de 1861.

Dans le Sud-ouest, une nouvelle tentative d’installation devait être faite en 1859 après abandon de Baly. Transportés par le navire « La Cordelière », les pères Webber et Burger ainsi que le frère Remacle s’établissent successivement à Toliara, puis à Salara sur la rive sud de l’Onilahy. Au bout de quelques mois, à nouveau menacés de pillage et de mort, ils doivent encore abandonner le pays.

Mais comme le précise le P. Déniau, dans une de ses lettres, « pour le missionnaire, après le salut des âmes et l’extension du royaume de Dieu, il n’y a rien de plus beau, de plus avantageux que d’être persécuté pour le nom de Jésus-Christ ».

Extrait l’Express de Madagascar – Samedi 11 juin 2011