Le dessinateur/réalisateur Bastien Dubois livre une photographie détonante de la Grande Île et de ses habitants.

Les professionnels ne s’y sont pas trompés, cet Ovni cinématographique étant sélectionné à Sundance puis nominé aux Oscars 2011. Rencontre avec l’auteur, de passage à la Réunion.

C’est sans doute l’un des objets visuels les plus étonnants qu’on a connus au niveau régional. Des carnets de voyage illustrés sur Madagascar ou la Réunion, on en connaissait déjà quelques-uns. Bastin Dubois, lui, a eu l’idée de transformer le récit de son périple en un film d’animation, ses dessins se mettant à virevolter de Tana à Majunga.

« À la base, je comptais faire un carnet de voyage papier, mais je n’étais pas satisfait de la trame. Et, comme je sortais de deux ans dans une école d’animation, je me suis dit qu’il serait plus intéressant de faire un film, plus novateur », raconte ce Lillois de 27 ans, installé depuis 8 mois à la Réunion où il avait été invité par la bande de Cinémarmailles. Passionné de voyage, il hésite longtemps sur la destination à prendre. C’est finalement une collègue de son école, native de Madagascar, qui lui donne envie d’aller découvrir la Grande Île en lui parlant de la cérémonie de retournement des morts, le Famadihana, une coutume typique malgache. En 2007, Bastien atterrit à Tana. Il restera dix mois à sillonner le pays avec un ordinateur, un appareil photo et dix kilos de matériel à dessin.

Coup de main

Le résultat : un Ovni cinématographique haut en couleur, condensant en douze minutes une multitude de paysages, de scènes de vie et d’anecdotes. Avec cette particularité que les habitants rencontrés ont participé à la confection du film.

« Sur le son d’abord, car c’est surtout un film musical, sans trop de dialogues, mais aussi sur l’image. Ainsi, des enfants m’ont aidé pour faire bouger les petites voitures artisanales, et une dame m’a confectionné des personnages de broderie pour une scène », raconte Bastien.

Car la spécificité de ce film, c’est la multiplication des techniques d’animation utilisées. Par forcément les plus compliquées, mais diablement efficaces. Ainsi, le caméra-mapping (création d’un volume en 3D sur lequel est calé le dessin, puis déplacement de la caméra de manière à déformer le volume et donner l’impression de mouvement) est la technique la plus employée. Mais il y a aussi de nombreuses scènes en stop motion (image par image, à l’aide d’un appareil photo), comme celle des petites voitures ou des broderies. Autre originalité : le film, aujourd’hui disponible à la vente, est accompagné d’un livre, paru aux éditions Reflets d’ailleurs.

Extrait l’Express de Madagascar – Lundi 23 mai 2011