Avec l’arrivée du général Joseph Simon Gallieni à Madagascar, les trois souverains du Nord-ouest s’isolent dans leurs résidences respectives: Tsialana II à Ambatoarana, Tsiaraso I à Ankify et Binao à Ampasimena. Compris dans le Cercle annexe de la Grande terre, leurs royaumes sont devenus les proies et les propriétés des nouveaux venus qui, non contents de les « exproprier », sèment la terreur, protégés par des autorités appelées milices.

« Ces nouveaux venus avaient la manie de rechercher des liaisons avec des princesses, femmes et filles des royautés. L’un d’entre eux nommé Frontin, commis de résidence à Ambalavelona, avait ravi à son mari Boenizary, sœur aînée de Tsiaraso I. Elle était déjà mère de trois enfants, un garçon et deux filles. Puis, las d’elle, il l’avait traitée comme une femme de basse race et la renvoyait à son frère » (« Ambalavelona ou l’insurrection anticoloniale dans le Nord-ouest de Madagascar en 1898 » de Cassam Aly Ndandahizara).

En même temps, des rapports méprisants sont faits sur les caractères des Antankarana et des Sakalava, accusés de tous les vices, comme l’ont écrit le résident Faucon de Vohémar et le lieutenant Duruy en 1897.

Ainsi, quand le 8 juillet 1898 le général Gallieni arrive à Nosy Be, il a la tête pleine de préjugés et c’est avec un certain apparat qu’il reçoit le roi des Antankarana, Tsialana II, celui des Sakalava bemazava, Tsiaraso I, la reine des Sakalava bemihisatra, Binao, et celle des Sakalava de Maintirano, Bibiasso.

Leur prestance, leur classe surprennent favorablement le gouverneur général. Il les écoute attentivement se plaindre des comportements « malfaisants des colons contre les peuples sakalava et antankarana, leur avidité en accaparant leurs terres, s’emparant de leurs bœufs dans les pâturages, les chassant du patrimoine de leurs ancêtres, tanin-drazana ».

Tsiaraso ajoute que lorsqu’en janvier 1898, il s’est plaint auprès de l’administrateur de Nosy Be des mauvais traitements causés par Frontin à sa sœur Boenizary, il a été gardé en résidence surveillée pendant quinze jours par les autorités de l’île.

Mais Gallieni n’accorde aucune importance à leurs doléances, ne pensant qu’aux intérêts des colons, dont certains sont d’anciens soldats des troupes d’occupation. Seule Bibiasso a vu ses requêtes satisfaites. L’erreur du gouverneur général est d’oublier l’immense concours apporté par les trois souverains dans la conquête de l’ensemble de Madagascar.

Déçus par l’attitude du général, ils se retrouvent dans la soirée à Andavakoto, dans la résidence de Nosy Be de Binao, et décident de chasser eux-mêmes les envahisseurs « qui se trouvent être pires que les Merina ». L’opération devrait être déclenchée un mercredi, jour favorable pour ce genre de mouvement.

Quand le général Gallieni quitte l’île, ils rejoignent leurs résidences respectives. Tsialana II réunit ses principaux conseillers et désigne comme général Djaokely, qui s’est distingué dans les attaques contre les troupes merina à Andriparipa et à Vohémar.

Les recrutements des hommes de troupe sont confiés au prince Miarana, Manahara, Djama, Fanahy et Managnaomby, tous des chefs remarquables lors des guerres contre les Merina. Les hommes sont rassemblés à Amboromalandy, à 25 km à l’est d’Ambalavelona, village le plus important et poste des milices du Bas-Sambirano.

Les troupes d’Ampasimena de la reine Binao sont sous le commandement de Mataopiso, un ancien esclave libéré. L’insurrection éclate le mercredi 26 octobre 1898 par l’attaque du poste de Marotolana, dans le Haut-Sambirano.

Extrait l’Express de Madagascar – Samedi 21 mai 2011