Les Tanala qui, comme leur nom l’indique, habitent les grandes forêts du versant oriental de l’île, se distinguent en deux grandes peuplades, du moins c’est ce que déclarent les rapports établis par les autorités militaires et civiles de Fianarantsoa en 1897. Il y a ceux d’Ambohimanga ou Tanala soumis et ceux d’Ikongo ou Tanala indépendants. Bien que de même origine, ils sont géographiquement séparés par le cours du Faraony.

Les premiers, « de nature craintive », se sont laissés envahir par les Hova au XVIIIe siècle. Puis les missionnaires protestants pénètrent dans le pays et fondent dans le petit royaume d’Ambohimanga des temples et des écoles. Aussi la tentative d’insurrection fomentée « par quelques Hova » dans cette contrée ne mobilise-t-elle pas la masse de la population locale et dès le début, elle est enrayée.
Au contraire, les Tanala du Sud, « très méfiants et très fiers de leur indépendance », se sont toujours appliqués avec un soin jaloux à interdire aux étrangers l’accès de leur territoire. Selon les rapports officiels de 1897, « ils n’ont adopté jusqu’à ce jour, aucun des cultes européens et n’ont d’autre religion que les pratiques fétichistes auxquelles se mêle la tradition des guerres héroïques de l’indépendance, soutenues victorieusement pendant plus de dix années contre les soldats toujours renaissants et toujours vaincus de la reine Ranavalona Ière ».

En revanche, Radama II reconnaît par traité leur indépendance et ils ferment plus que jamais leur pays aux Européens. Ce n’est qu’après de longues négociations que le résident Besson parvient, en 1890, à nouer des relations amicales avec le roi d’Ikongo.
Quand les Français envahissent Antananarivo après la campagne de 1895, inquiets de voir une autorité nouvelle se substituer au gouvernement affaibli des Merina, les chefs Tanala commencent à construire des villages sur le massif d’Ikongo. Ils se préparent ainsi à résister à l’occupation de leur territoire. Aussi lorsque le Dr Besson rentra en février 1896 à Fianarantsoa, les princes d’Ikongo, malgré leurs anciennes et amicales relations, ne se décident-ils à se présenter à lui qu’après d’assez longs pourparlers. Plus tard, ils suivent attentivement toutes les phases de l’insurrection merina et sont même sollicités à s’allier à eux.

Puis diverses décisions sont prises par les Français : création d’un poste de chancelier chez les Tanala d’Ikongo (3 août 1896) et installation des autorités civiles et militaires à Maromiandra, résidence du roi Ratsiandraofana et de ses fils. Le lendemain, le Dr Besson arrive lui-même à Maromiandra pour ramener la confiance dans une grande partie de la population et les deux fils du roi, Ratsirahonana et Andriamanapaka, sont investis
des fonctions de gouverneur et de gouverneur-adjoint. La tranquillité paraît assurée partout.
Mais un mois plus tard, les Français apprennent que « des groupes de mécontents, poussés par les chefs de Belomoka, se massaient peu à peu sur le rocher d’Ikongo et y transportaient, par des sentiers abrupts connus des seuls indigènes, vivres et munitions ».
En outre, plusieurs chefs accourus de Manambondro et même d’Ivohibe, sont venus renforcer le parti des rebelles. On proclame alors, sur le rocher, la déchéance des chefs restés fidèles à la France et jure de mettre à mort les fils du vieux roi et leurs partisans. En même temps, des bandes d’insurgés descendent de temps à autre dans la plaine pour inquiéter les chantiers de la route à péage et chercher à entraîner les travailleurs dans la révolte.

Extrait l’Express de Madagascar – Samedi 30 avril 2011