« Véritable aubaine » d’après les ONG de développement local et les pouvoirs publics, la filière huiles essentielles n’est pourtant que d’un apport très relatif à la préservation de l’environnement et au soutien économique des communautés locales.

Avec ses produits endémiques ou de meilleure qualité que ceux des pays concurrents, Madagascar est le premier exportateur mondial de nombreuses variétés d’huiles essentielles.

Cette filière, dont 80 à 90% de l’activité est consacrée à l’exportation, rapporte chaque année à l’Etat une source sûre de devises et est créatrice d’emplois permanents et saisonniers.

Les acteurs de la filière la considèrent comme « une nouvelle activité génératrice de revenus pour les communautés locales », et semblent l’assimiler à un outil économique d’incitation à la conservation, permettant l’arrêt de la déforestation.

Pouvoirs publics et ONG de développement voient dans cette activité une véritable aubaine pour le pays, et cherchent la professionnalisation du secteur.

Les communautés productrices gagnent peu

Cependant, si l’on en croit la chercheuse Baomiavotse Vahinala Raharinirina, le bilan n’est pas si rose pour les communautés locales, qui ne récoltent que peu de bénéfices pour un labeur qui s’effectue souvent sans couverture sociale et dans des conditions physiques et sanitaires dangereuses. La création et la promotion du marché des huiles essentielles ne semble pas non plus inciter à l’arrêt des pratiques destructrices de la biodiversité.

Dans sa thèse sur la « Valorisation économique de la biodiversité par les contrats de bioprospection et la filière huiles essentielles » à Madagascar, la chercheuse remarque que « Ce ne sont pas les acteurs locaux qui sont à l’origine des différents projets d’exploitation des huiles essentielles » dans le pays. En conséquence, ce sont les opérateurs exportateurs et les intermédiaires qui accaparent la majorité des bénéfices de la filière.

Les paysans et les petits producteurs sont quant à eux réduits à la collecte des plantes et à l’extraction des huiles pour des montants insignifiants, unilatéralement fixés par les exportateurs.

Des effets pervers

Ainsi, alors que les huiles essentielles sont de plus en plus demandées sur la scène internationale, tant par l’industrie cosmétique et la parfumerie que par le marché du bien-être et de la santé, Baomiavotse Vahinala Raharinirina relève à l’échelle des communautés « des effets pervers antinomiques avec l’objectif de soutenabilité ». Par exemple, dans certaines régions, la valorisation des huiles essentielles a provoqué l’abandon de certaines cultures comme le riz, le manioc ou le maïs, provoquant parfois des phénomènes de malnutrition. Le travail des enfants, utilisés pour la collecte des plantes, a également proliféré.

La valorisation économique des ressources naturelles a aussi entraîné la surexploitation de certaines espèces, qui tendent à disparaître, ce qui provoque une instabilité de tout l’écosystème. De plus, la forte hausse du prix d’un produit sur le marché international prive les communautés locales de son usage traditionnel.

Extrait Les Nouvelles – mercredi 30 mars 2011