Venant de Toliara, le voyageur plein d’inspirations, A.P. Marion aborde l’Isalo tard l’après-midi : « Les monts tabulaires se détachent au loin violacés. Leurs arêtes vives se découpent sur le ciel. Puis les croupes boisées de tapias qui ont pris une teinte plus foncée, se strient des dards de la lumière dorée ».

L’Isalo est un désert herbeux. C’est aussi le monde des pierres dans toute sa fantasmagorie. Ici, formes hérissées rappelant des animaux d’ères révolues; là, étranges silhouettes d’augustes personnages figées dans le roc.
« Et là-bas, isolé dans la plaine au Sud du col des Tapias, seul, dressé dans l’éclatante lumière : le krac des Chevaliers ».

À Ranohira, à la tombée du jour, il faut errer sur la promenade qui part de la poste. La chaîne d’ Isalo se déroule dans une féérie de lumière. Poursuivant son voyage A.P. Marion estime qu’il faut quitter Ranohira de très grand matin. Selon la saison, il est assez fréquent que du haut de l’Horombe, on puisse contempler le sommet de la falaise émerger de nuages assoupis à ses pieds dans l’attente du soleil. « Peu à peu, les crêtes se dégagent dans le jour naissant, masses lilas et roses dans un jeune ciel nacré de vert ».

Mais il faut s’aventurer dans l’Isalo, y séjourner un temps pour se pénétrer de sa beauté, découvrir des paysages que la rapide traversée sur la route ne permet pas de connaître. Les montagnes de l’Isalo sont le règne de la solitude, du détachement, du dépouillement. « Une lente et secrète exaltation s’empare du voyageur qui s’y aventure ». Du haut de la chaîne, le regard se perd à l’infini sur l’océan herbeux de l’Horombe, pays austère d’où se dégage un sentiment de néant dans l’immensité ainsi qu’une impression de grandeur dans l’isolement. Et par endroits, « de frais refuges de verdure tapis en de mystérieuses combes. Au fond des gorges cachées, on perçoit le message vivant de l’eau ».

Sur quelques terrasses d’accès peu aisé, une surprise: une sépulture à base quadrilatère de pierres plates étagées, « tombeau plus humble que les altières pierres levées d’autres régions, mausolée primitif sans autre apprêt que l’assemblage, symbole de cet autre assemblage ».

Extrait l’Express de Madagascar – Vendredi 25 mars 2011