L’agriculture occupe encore une superficie non négligeable dans la capitale. Son rendement n’est pas élevé mais elle procure des revenus appréciables pour les ruraux de la ville.

Les pratiques agricoles sont loin d’être des occupations mineures à Antananarivo. Malgré l’expansion urbaine, l’agriculture occupe « plus de 40% de la superficie de l’agglomération ». En tout, on recense pas moins d’une quarantaine de systèmes de production qui dépendent en général de l’accès facile à l’eau.

Ainsi dans la plaine et les bas-quartiers, la culture du riz avec une faible utilisation d’intrants prédomine, et un maraîchage intensif hors des zones inondables s’effectue. L’élevage bovin dans les collines maraîchères semble tout à fait banal.
Il est aussi courant de voir au sein même de quartiers comme Fort-Duchesne ou Tsiadana des petits espaces pratiquement destinés à l’agriculture.
« Je possède un jardin potager assez étendu. Je cultive du maïs et des patates, selon leurs saisons. Les produits sont par la suite destinés à la consommation familiale, comme goûters », confie une enseignante-vacataire à l’Université d’Antananarivo, habitant à Fort-Duchesne.

« Je ne peux pas me permettre d’acheter ces produits dont le coût peut grever le budget de la famille. Et puis manger ce qu’on a cultivé soi-même procure de la fierté personnelle », ajoute-t-elle.

A Antananarivo, tout le monde peut devenir agriculteur. Par ailleurs, une étude menée par Marie-Hélène Dabat, Christine Aubry et Joselyne Ramamonjisoa, intitulée « Agriculture urbaine et gestion durable de l’espace à Antananarivo », démontre que « les exploitants ont souvent d’autres activités dans les secteurs de l’industrie et des services ».
Ce sont parfois des employés salariés en ville, (dans des entreprises franches, ou comme personnel de maison), des commerçants, des maçons, des fonctionnaires, ou encore des artisans.
Par exemple, Alfred Andrianantoandro travaille dans le secteur du transport, en plus de ses activités agricoles.

Régulation
« Je possède trois parcelles de rizière. Deux sont exploitées en métayage, tandis que je m’occupe moi-même de la troisième. En même temps, j’exerce le métier de chauffeur », témoigne-t-il. Ce qu’il produit est dédié à la consommation de la famille, tandis que l’argent gagné dans le transport assure les autres dépenses.
Cependant, tous les agriculteurs urbains d’Antananarivo ne consacrent pas la totalité de leur production à la consommation propre. Ce type d’activité agricole joue aussi un rôle régulateur des marchés dans la capitale.

 Ainsi, la production rizicole locale contribue à réguler les prix, surtout « dans les cas où les autres ressources sont défaillantes, particulièrement en début de période de soudure de décembre-janvier. Elle atténue le rôle du riz importé d’avril à juin avant l’arrivée massive de la production du lac Alaotra ».
Au niveau du prix, le riz produit à Antananarivo reste très compétitif. Cela repose sur « les facteurs de saisonnalité et de prix (riz précoce), de distance (proximité des marchés), et de qualité (en comparaison du riz importé) ».
Les produits maraîchers des agriculteurs d’Antananarivo servent « à compléter l’approvisionnement extérieur », c’est-à-dire de celui de la proche banlieue et la périphérie de la capitale.

 Agriculteurs de père en fils
Ambohimanarina fait partie des zones où l’agriculture urbaine occupe une place prépondérante. En tout, 4 036 agriculteurs sont recensés dans le 6è arrondissement.
Olivier Rakotondrabe, un habitant de cette vaste zone, explique que l’agriculture est déjà ancrée dans les habitudes. Ses ancêtres ont cultivé du riz et des légumes. Maintenant, ses fils s’y mettent aussi, tout en ne négligeant pas l’éducation. D’ailleurs, le fils aîné de cet agriculteur urbain fréquente un institut privé, et les deux autres sont scolarisés dans une école d’expression française.
Il précise tout de même qu’une fois qu’il ne sera plus là, l’un de ses enfants reprendra l’exploitation.

Extrait l’Express de Madagascar – Mercredi 16 fevrier 2011