Cette importante proportion révélée par l’Enquête périodique auprès des ménages (EPM 2010) montre le niveau élevé de la pauvreté chez cette catégorie de population. Car plus la pauvreté est grande, plus la consommation alimentaire occupe une place très importante dans la consommation totale. Cela signifie aussi que les plus pauvres ne disposent pas d’un revenu suffisant pour les autres postes de consommation comme la scolarisation de leurs enfants, les soins médicaux, les loisirs, etc. Même pour l’alimentation où ils dépensent la bonne partie de leur revenu, les besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits. La raison est simple : quand sur le marché les prix augmentent toutes les semaines, comme c’est le cas depuis janvier dernier, il est difficile de nourrir correctement sa famille surtout si l’on a un revenu en dessous de 3 000 ariary par jour. Que vaut cette somme à l’heure actuelle ? Elle n’est même pas suffisante pour payer les rations de riz journalières pour un ménage. Résultat : beaucoup de ménages prennent du riz une ou deux fois par jour.

Quant à l’accompagnement de ce plat traditionnel, il devient également de plus en plus inaccessible à cause de la flambée des prix des légumes. Sinon, on ne parle plus de viande ou d’autres sources de protéines comme le poisson et l’œuf chez de nombreux ménages. Ces produits-là sont hors de portée des pauvres, alors que plus de 3/4 des Malgaches le sont. Leurs prix sont tous au-dessus de 4 000 ariary/kg, contre 300 ariary pour l’œuf. Sur le plan national, 65,5% de la consommation vont à l’alimentation. La situation est plus difficile à la campagne avec une proportion de 71%, contre 52% dans les villes. Apparemment, les citadins et plus particulièrement les Tananariviens souffrent le plus de la crise actuelle, mais si l’on étudie les données de l’EPM 2010, l’on se rend compte que les ruraux sont toujours plus pauvres que les citadins. En revanche, le loyer pèse lourd sur les dépenses des ménages urbains. Il représente 17% de leur consommation totale. Chez les ménages riches aussi, le loyer pèse relativement lourd sur leurs dépenses si l’on y ajoute les dépenses non alimentaires.

Si les riches ont un bas de laine pour pouvoir résister à la flambée des prix, les pauvres non. Ils doivent se battre tous les jours pour trouver de quoi se mettre sous la dent. Et la plupart du temps, les enfants aident les parents à améliorer un tant soit peu le revenu journalier. Dans les rues de la capitale, les enfants sont nombreux à exercer des petits métiers comme celui du marchand ambulant, d’aide gargotier, etc. Ces enfants vont vivre, comme leurs parents, dans le cercle vicieux de la pauvreté. Bref, le pays court vers la catastrophe avec la pauvreté qui affecte la majorité de sa population, une pauvreté dont les impacts seront désastreux sur l’avenir des générations présentes et futures.

Extrait La Gazette de la Grande Île – Mercredi 09 Février 2011