Les programmes de distribution d’intrants subventionnés sont actuellement  abrogés. Aussi, les paysans rencontrés par la récente mission Fao/Pam,  ont déclaré ne pas être en mesure de se procurer les engrais, les semences améliorées, les produits phytosanitaires au prix du marché, car leur pouvoir d’achat, lié au prix du paddy, diminuait en tandem avec celui-ci.

Par exemple, alors que le prix du paddy oscillait entre 450 MGA/kg et 500 MGA/kg dans les districts autour du lac Alaotra, les semences produites par l’Unité Agricole d’Anosiboribory se vendaient à 1500 MGA/kg. Des 500 tonnes de semences produites pour la campagne 2009/10, ce centre semencier privatisé n’en avait vendu que la moitié à ce prix, et comptait écouler le reste comme riz ordinaire à environ 600 MGA/kg.

Dans les districts rizicoles cependant, d’après les mêmes informations onusiennes, il apparaît que la vente du riz demeure le principal moyen de paiement des paysans: achat des produits de première nécessité, soins médicaux, habillement, éducation, dettes. S’agissant des dettes, elles sont souvent payées en nature à la récolte, d’où le terme de ‘riz vert’ désignant le moyen de paiement.

Par le passé, on a observé une hausse importante des prix de paddy en décembre-janvier, c’est-à-dire au milieu de la période de soudure. Mais dans certaines régions, l’arrivée sur le marché du riz de contre-saison récolté en novembre-janvier atténue la montée des prix pendant cette période. C’est le cas des zones au bord du lac Alaotra, où il n’y a pratiquement pas eu de soudure ces dernières années grâce au riz de contre-saison, pratiquée comme culture de décrue et dont le nombre de producteurs et les surfaces emblavées connaissent une forte croissance.

Dans les régions semi-arides du Sud où la soudure est vécue péniblement, la vente d’animaux d’élevage permet à ceux qui en possèdent de se procurer de la nourriture et des biens de première nécessité. Mais la campagne culturale 2009/10 dans ces régions a été marquée par l’arrivée tardive et l’insuffisance de pluies, provoquant des retards de semis et causant des pertes de récolte de l’ordre de 40-50 pour cent pour le maïs et le manioc dans certains districts. Au passage de la mission Fao/Pam  au mois de juillet 2010, les ménages rencontrés dans les districts de Tsihombe et de Beloha déclaraient ne plus avoir de réserves de denrées produites localement. Les marchés des vivres visités vendaient essentiellement des quantités limitées de riz importé, de maïs et de manioc provenant d’Ambovombe, la capitale régionale. Cette situation de pénurie a enclenché dès le mois d’octobre 2009 une envolée des prix, à l’exception du prix du riz importé, stabilisé en partie par les distributions de riz du PAM aux plus démunis.

Après une augmentation de presque 100 pour cent depuis le mois d’octobre, le prix du maïs s’est stabilisé à 800 MGA/kg à partir du mois de février. Le prix du manioc frais a connu une évolution semblable, avec cependant un fléchissement d’environ 20 pour cent en mars-avril, pour après se stabiliser à environ 600 MGA/kg jusqu’au mois de juin. La stabilisation des prix à partir de février correspond au début (prématuré) de la récolte de manioc local, mais aussi à l’intensification de la distribution des vivres du PAM, selon son bureau à Tsihombe. Cependant, même stabilisés, les prix du manioc et du maïs étaient deux ou trois fois plus élevés en juin 2010 qu’en octobre 2009.

Extrait La Gazette de la Grande Île – Mardi 01 Février 2011