76,5% de la population malgache sont classés comme pauvres. C’est l’une des données de l’Enquête périodique auprès des ménages (EPM 2010) dont les résultats ont été présentés hier par l’Institut national de la statistique (INSTAT) hier au ministère de l’Economie et de l’Industrie à Anosy. Selon la dernière EPM, celle de 2005, la pauvreté a touché 68,7% des Malgaches. Entre les deux périodes, le pays est marqué par la crise de 2009 qui continue d’ailleurs à sévir. D’où le plongeon dans la pauvreté de près de 8% ou environ 1 600 000 Malgaches supplémentaires en 5 ans, en supposant que la population totale est à un peu plus de 20 millions d’individus. Malgré tout, l’INSTAT souligne : « Au niveau national, l’intensité de la pauvreté est au même niveau que celui de 2001. En milieu urbain, on retrouve la situation de l’année 1999 ». La pauvreté se manifeste sous plusieurs aspects dont le volume des dépenses alloué à l’alimentation. Plus ce volume est élevé, plus la pauvreté est aiguë. L’EPM 2010 précise : « Tant au niveau national qu’à celui des régions, la part relative à l’alimentation dans la consommation totale du ménage est de loin la plus importante, elle est de 65,5% pour l’ensemble du pays ». Dans les pays européens, ce taux se situe en dessous de 15%.

A Madagascar, il est très élevé en milieu rural avec 71% de la consommation totale, contre 52% en milieu urbain. Pis, l’alimentation occupe plus de 76% de la masse de consommation chez les plus pauvres, contre moins de 56% chez les ménages plus riches. La hausse ininterrompue des prix du riz et d’autres produits de première nécessité depuis fin 2010 ne va pas arranger les choses. D’ailleurs, il faudra probablement y ajouter un autre train de hausses qui pourrait survenir après l’augmentation des prix des produits pétroliers observée depuis cette semaine. Bref, le pire semble être encore devant les ménages pauvres, soit devant les plus des 3/4 des Malgaches. Même si la crise frappe apparemment plus les citadins que les ruraux, le taux de pauvreté en milieu rural demeure toujours très élevé : il est dépasse les 82% en 2010, contre 73,5% en 2005. Ce taux est également en augmentation chez la population urbaine. Autre signe de l’ampleur de la pauvreté : l’automédication concerne 64% des malades. Quand on y ajoute les maigres dépenses en médicaments (un peu plus de 3 000 ariary), l’état de santé de la grande majorité des Malgaches est loin d’être reluisante. En fait, ces dépenses ne concernent que des médicaments essentiels comme le paracétamol, quelques antibiotiques, etc.

La scolarisation des enfants est également affectée par la pauvreté des ménages. La dépense moyenne y est de 39 000 ariary par individu scolarisé pour l’année scolaire 2009-2010. Ce montant n’est pas à la portée de tout le monde. Il est même exorbitant pour de nombreux ménages. En effet, le revenu annuel moyen relevé par l’EPM 2010 est de 674 000 ariary dans le secteur agricole, alors que 80% des Malgaches vivent encore en milieu rural et travaillent donc dans ce secteur. L’inégalité se creuse aussi puisque les 10% les plus riches consomment 5,4 fois plus que les 10% les plus pauvres.

Extrait La Gazette de la Grande Île – Jeudi 27 Janvier 2011