Parmi les 41 pays membres actuels de l’OUA, quelques années plus tard et contre toute logique, Madagascar vit quelque peu en marge du monde africain. De ce fait, « il est en froid » avec ses partenaires du continent.

Le 26 mai 1963, 30 pays indépendants dont Madagascar signent à Addis-Abeba l’acte de naissance d’une nouvelle organisation internationale. « Elle va permettre à une Afrique s’éveillant à l’émancipation d’affirmer sa personnalité- son africanité pour employer un néologisme riche de significations-, de faire entendre sa voix dans le concert des Nations et d’accélérer la libération d’un continent qui n’a que trop longtemps et particulièrement souffert de la domination coloniale » (Georges Ramamonjisoa).
Dix ans plus tard, la Grande île semble complètement à l’écart de ses voisins du continent africain. Certains observateurs l’expliquent par le comportement des étrangers. Venus admirer ses sites et ses particularités, les touristes considèrent que « Madagascar n’est pas l’Afrique ». De leur côté, les ethnologues et économistes se plaisent à dire que « Madagascar est une île afro-asiatique moins tournée vers l’Afrique que la moyenne des pays africains ».

Des politiciens réussissent à faire valoir que l’Organisation panafricaine, dans sa charte et ses activités, est surtout un organisme à vocation politique délaissant les questions économiques. Et d’anciens dirigeants malgaches ayant entendu des conférenciers affirmer que « Madagascar a une préférence francophone bien marquée », pensent devoir être les défenseurs farouches de la francophonie plutôt que de l’africanisme.
Par la volonté de son premier président, la Grande île se cantonne dans un demi-isolationnisme « combien préjudiciable à l’intérêt bien compris des Malgaches ». Elle n’entretient avec le monde dit « socialiste » ou « progressiste » que des rapports qui « n’ont pas mené bien loin » (Didier Ratsiraka, ministre des Affaires étrangères du gouvernement Ramanantsoa) et n’établit des relations d’amitié et de coopération réelles qu’avec le monde dit « libre ».
Mais surtout à cette époque, Madagascar se veut être le champion d’une politique de « dialogue » avec le pays de l’apartheid et de la ségrégation raciale, l’Afrique du Sud; politique également soutenue contre vents et marées par la Côte d’Ivoire et rejetée par l’OUA en 1971.
Après l’écroulement inattendu du régime de Philibert Tsiranana, le 18 mai 1972, et la formation par le général Gabriel Ramanantsoa d’un nouveau gouvernement, le 27 mai, le premier geste diplomatique du Général est de « se réconcilier avec l’Afrique ». L’occasion lui en est offerte à peine deux semaines plus tard. Le 12 juin, la Conférence au sommet de l’OUA se réunit à Rabat.

Dans une importante déclaration à la presse marocaine, le ministre des Affaires étrangères, représentant de Madagascar, précise: « Nos relations avec la République sud-africaine consistaient en échanges économiques et commerciaux, en visites de touristes dans la Grande île, en investissements sud-africains et en ce que l’on a pompeusement appelé dialogue. Nous allons donc réévaluer la situation sous un angle nouveau en fonction de notre politique nouvelle ».
À la tribune de l’OUA, il confirme que « Madagascar avait pris la ferme décision de resserrer ses liens d’amitié avec les États membres de l’Organisation, de renoncer à la politique de « dialogue » avec l’Afrique du Sud, de dénoncer les accords signés avec ce pays et, concernant les arriérés de la Grande île au Fonds du comité de libération de l’Afrique, de faire le maximum pour régulariser la situation dans la mesure de ses moyens.

Et on a tôt fait de passer des paroles aux actes. Entre autres, Madagascar rompt les relations avec l’Afrique du Sud et le 1er mars 1976, le général Gilles Andriamahazo, ministre de l’Aménagement du territoire, se rend à l’île Maurice pour remettre à une délégation sud-africaine le montant intégral des dettes contractées par le précédent régime et destinées à financer la construction d’un complexe touristique et hôtelier à Nosy Be. Ce remboursement peut se faire grâce à un prêt à long terme et sans intérêt accordé par Pékin.

Extrait l’Express de Madagascar – Vendredi 14 janvier 2011