Le 17 juin 1822, Radama Ier prend part à la cérémonie d’examen des 85 élèves issus des écoles de Jones et de Griffiths. Il ne manque pas d’exprimer sa reconnaissance aux missionnaires de la London Missionary Society pour les progrès accomplis par les petits Malgaches. Le 26 juin Jeffreys, récemment arrivé, ouvre à son tour un établissement avec 12 élèves.
L’enseignement prend ainsi, petit à petit, de l’extension. Ce dont s’inquiètent les traditionalistes qui profitent de l’absence du roi, parti guerroyer dans le Menabe, pour tenter de s’opposer à ces progrès. Ceux-ci sont également caractérisés par les ateliers ouverts par les artisans, où sont formés des apprentis.
Les bruits les plus absurdes sont alors lancés. « On accuse les missionnaires d’avoir partie liée avec Radama pour attirer les enfants et par la suite, les réduire en esclavage. Pour étayer cette absurdité, on donnait l’exemple des six jeunes Malgaches envoyés poursuivre leurs études à Londres et qui n’étaient pas revenus » (Jean Valette, archiviste-paléographe). Faut-il alors s’étonner si les parents incitent leurs enfants à fuir, les envoyant à la campagne? Il devrait urgent d’enrayer un tel mouvement qui menace de s’étendre.
 
C’est ce que comprend très vite la mère de Radama. Femme énergique jouissant d’une grande autorité en l’absence de son fils, Rambolamasoandro réunit le peuple et, au cours d’un grand Kabary- qui est répété dans les marchés- elle fustige les récalcitrants en leur rappelant la volonté royale. « Cessez de telles pratiques, car il s’agit de l’instruction de vos enfants que souhaite Radama, notre fils». Cet appel joint aux menaces, restaure rapidement la confiance des parents et l’œuvre scolaire peut s’étendre.
Pour 1824, selon Clark dans ses « Tantaran’ny Fiangonana eto Madagascar », le nombre des élèves dans la ville s’élève à 268 et 40 apprennent la langue anglaise. Avec les établissements de la campagne environnante, ce chiffre atteint 2 000. Cette rapide augmentation n’est pas due à une arrivée massive de maîtres européens mais à l’emploi d’instituteurs malgaches.
Cette année 1824 voit, en effet, la fusion des trois écoles (de Jones, Griffiths et Jeffreys) et leur installation dans un grand local situé à Ambodinandohalo qui prend le nom d’École centrale. C’est là que sont formés les moniteurs capables d’aider les missionnaires pour la diffusion de l’enseignement dans les campagnes, « mesure capitale qui ne tarda pas à porter ses fruits ». En quatre ans, une « extension soudaine de l’œuvre entreprise se voit associant étroitement Européens et Malgaches ». Cette collaboration est concrétisée en 1825 par la fondation d’une Société missionnaire scolaire, dans le but d’encourager la construction de locaux réservés à l’enseignement dans tous les principaux villages de l’Imerina.
Jusque-là, les frais nécessités par l’œuvre sont pris en charge par l’Angleterre tant par le gouvernement que par la LMS. Pour faire face aux dépenses sans cesse croissantes, la Société scolaire lance « un vaste appel à la conscience universelle » pour se procurer des subsides.
L’article 4 du statut de la Société scolaire stipule : « Les habitants de ce pays ne pouvant bien souvent supporter les frais qu’entraîne l’éducation de leurs enfants, en sont réduits à les garder chez eux. La Société en appelle à la générosité du monde chrétien pour recevoir des secours privés ou publics, qui permettront de rémunérer les moniteurs malgaches qui sont envoyés parmi leurs compatriotes pour poursuivre la tâche qui leur a été confiée, et d’acheter des vêtements aux enfants qui ne peuvent pas s’habiller pour aller à l’école ».
La création d’une bibliothèque publique à Antananarivo est également prévue.
Parallèlement à l’augmentation des écoles et des élèves et pour créer l’émulation entre eux, des concours sont organisés où s’affrontent les différents villages. Coppalle propose à Radama de décerner un prix aux élèves qui auront le mieux réussi dans la traduction en langue malgache de quelques morceaux choisis de
l’Écriture Sainte. Mais comme les élèves ne sont pas encore en état de traduire, le prix sera donné le premier trimestre à celui qui répondra le mieux aux questions posées sur les passages de l’Écriture qu’on lui a déjà appris.
Extrait l’Express de Madagascar – Samedi 18 decembre 2010