Même les investisseurs des îles voisines préfèrent aller voir ailleurs au lieu de se risquer à injecter leur argent à Madagascar. Actuellement, toute une délégation d’hommes d’affaires mauriciens est au Mozambique pour prospecter sur les opportunités dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture. Des investissements pouvant atteindre plusieurs centaines de millions de dollars sont attendus. Et qui dit investissement dit création d’emplois, distribution de revenus et donc de richesses, lutte contre la pauvreté… Seulement à Madagascar, la machine politique est grippée depuis 2009 et les rouages de l’économie ne peuvent pas non plus fonctionner correctement. Les échéances électorales, souvent source d’instabilité politique, repoussent plus d’un investisseur tant local qu’international à ajourner leur projet ou à voir d’autres horizons. En effet, même si un calendrier électoral est déjà proposé, les mouvements et autres contestations politiques reprennent de plus belle et n’offrent que des perspectives d’instabilité, synonyme de manque de visibilité pour les investisseurs. Et sans visibilité pour les actions présentes et futures, les investisseurs se font rares ou désertent carrément le pays.

Près de deux années de crise et sans une issue certaine ne peut que décourager les investisseurs. Certes, quelques délégations d’investisseurs étrangers sont venues prospecter mais rien de bien concret n’en est sorti jusqu’ici. Tout était resté au stade de bonnes intentions. Outre l’instabilité politique, le climat des affaires n’a pas non plus connu une évolution significative ces dernières années. Dans son rapport de revue du portefeuille et de mise à jour du document de stratégie pays en janvier dernier, la Banque africaine de développement (BAD) souligne : « Malgré les progrès accomplis ces dernières années en matière de procédures et de délai de création d’entreprise, le climat des affaires à Madagascar reste peu propice à la concurrence et l’innovation et les conflits d’intérêt avec la classe politique demeurent nombreux. Le manque d’indépendance de la justice engendre un manque de confiance du secteur privé dans la capacité du système judiciaire à faire respecter les contrats. Ce manque de dynamisme est un obstacle majeur aux IDE (Investissement direct étranger) qui, hormis les industries textiles des zones franches, se situent majoritairement dans le secteur minier, avec un impact limité en termes de création d’emplois ».

En fait, l’existence de grands gisements miniers est connue depuis des décennies. Mais les régimes successifs n’ont jamais développé une politique de formation adaptée pour que les entreprises minières recrutent le maximum de locaux pour tous les niveaux de compétences. Il en est de même pour les Petites et moyennes entreprises et industries (PME/PMI) devant s’intégrer aux activités de ces entreprises minières. Le résultat actuel est sidérant : les compagnies minières sont obligées de s’improviser en techniciens de l’agriculture et de l’artisanat, en conseillers en commerce, en agents de développement… Pour ces compagnies, l’objectif est d’intégrer les acteurs de ces filières à leurs activités et préserver la paix sociale autour de leurs sites de travail. Car elles risquent de donner l’impression de voguer sur un îlot de richesses alors que tout autour s’étale un océan de misère.

Extrait La Gazette de la Grande Île – Vendred 05 Novembre 2010