(MFI) L’accès à l’électricité est un problème majeur en Afrique. Le continent – qui représente 15 % de la population mondiale – est le moins électrifié du monde, avec seulement 3 % de la consommation électrique de la planète.

Pour poursuivre son développement, l’Afrique doit résoudre un problème majeur : l’accès à l’électricité. Le continent – qui représente 15 % de la population mondiale – est le moins électrifié du monde, avec seulement 3 % de la consommation électrique de la planète. Un chiffre à nuancer selon les régions : l’Afrique du Nord est électrifiée à plus de 90 % et l’Afrique du Sud, à elle seule, représente près de la moitié de l’électricité produite. C’est donc l’Afrique subsaharienne, hors Afrique du Sud, qui est la plus en retard, avec 48 pays – 10 % de la population mondiale – qui ont des installations électriques équivalentes à celle de la Pologne.

Problème numéro un : les coupures électriques intempestives. Le Sénégal en fait régulièrement les frais, et bien d’autres pays comme la Guinée, qui avait rebaptisé sa société nationale (la SNE à l’époque) « société de la nuit éternelle »… Des coupures gênantes pour les usagers. Et bien sûr significatives de l’état de délabrement des sociétés nationales d’électricité africaines.

« Mutualiser pour attirer l’investisseur »

Pour l’économiste Marc Raffinot, spécialiste de l’électricité en Afrique, les sociétés étatiques « manquent de gouvernance. Je parle de corruption non seulement dans les sociétés d’électricité, mais aussi dans les ministères de l’Énergie. C’est pour cela que personne n’a jamais voulu essayer d’améliorer la gestion de ces entreprises. » Et d’appeler à « un meilleur cadre institutionnel pour renforcer le secteur ».

Meilleur cadre institutionnel, meilleur cadre juridique et meilleure planification des politiques publiques afin de susciter l’intérêt des investisseurs potentiels… Certes, mais pas seulement. Les investisseurs en question attendent surtout, par définition, la rentabilité. Or les pays africains ont des marchés pour la plupart limités soit parce qu’ils sont petits en superficie soit que leur population est réduite.

Pour Christine Heuraux, chargée de l’accès à l’énergie à EDF (auteure d’un livre intitulé Electricité au cœur des défis africains), l’Afrique qui a de nombreuses ressources énergétiques aurait intérêt à les « mutualiser pour attirer l’investisseur ». Dans le cas de la fabrication d’un barrage, l’électricité produite ne pouvant être consommée sur place faute de marché, pourrait alors être exportée vers les pays voisins.

Mettre en commun régionalement la production et la distribution de l’électricité. Une solution que les huit pays de l’Union économique et monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA) viennent justement de décider, avec la mise en place d’une politique commune d’investissements d’ici 2020.

Cette mutualisation des réseaux va de pair avec l’arrivée de grands groupes. Permettra-t-elle pour autant d’atteindre les populations rurales les plus reculées ? L’électrification des campagnes est en effet plus difficile et plus coûteuse, les populations étant à la fois dispersées et éloignées des centres économiques. D’où le taux d’électrification rural – inférieur à 5 % dans 17 pays d’Afrique subsaharienne.

Plusieurs pistes sont cependant envisagées, comme au Maroc où un plan d’électrification rurale fondé sur l’énergie solaire a doté les petits villages de panneaux photovoltaïques. Le Mozambique s’est aussi vu récemment allouer un prêt de 35 millions de dollars par la Corée du Sud, destiné à la construction de trois centrales solaires. Des infrastructures qui devraient lui permettre de renforcer ses capacités électriques, alors que seulement 2 % des zones rurales et 22 % des zones urbaines sont électrifiées.

Les entreprises attendent un retour sur investissement

L’énergie, qu’elle soit solaire ou hydraulique, offre ainsi des opportunités. Mais les entreprises attendent un retour sur investissement. Au Botswana, la société nationale d’électricité met en place un nouveau système pour atteindre les endroits les plus reculés. « Il s’agit de découper le pays en un certain nombre de zones qui seront attribuées à des franchisés, explique Christine Heuraux. Localement, sur des petits territoires bien délimités, ce sont ces franchisés qui apporteront l’électrification, sous forme de panneaux solaires ou encore de bouteilles de gaz, et en répondant au cas par cas aux besoins des populations locales ».

Les organisations non gouvernementales présentes ne peuvent pas faire l’économie de certains impératifs financiers. « On ne cherche pas la rentabilité, explique Anne-Cécile Mailfert, déléguée générale de l’ONG Blue Energy, qui s’occupe d’électrification dans les pays en développement, et particulièrement dans les petits villages très isolés. Par contre, il faut que la maintenance puisse être financée par les populations. Et pour cela, il est nécessaire de construire tout un projet de développement, afin de permettre de générer des revenus grâce à l’électricité et donc de payer la maintenance. Il faut notamment travailler avec d’autres organisations, former les acteurs locaux et nationaux… Tout cela a un coût très important, mais c’est indispensable pour la pérennité du projet ».

Qu’il s’agisse de projets décentralisés pour l’électrification rurale ou de projets régionaux à plus grande échelle, le problème est toujours le même. La Banque mondiale estime que pour répondre aux besoins électriques de l’Afrique, il faudrait investir 40 milliards de dollars chaque année pendant vingt ans. On n’en est actuellement qu’à 11 milliards : quatre fois moins.

MFI / Avec David Baché (Extrait Madagascar Tribune – jeudi 4 novembre 2010)