C’est littéralement l’événement inédit de l’histoire de la littérature malgache. Les œuvres complètes de Jean Joseph Rabearivelo, y compris son journal intime viennent d’être rendues publique.

« Il est poète, journaliste et critique, romancier et dramaturge, historien de sa tradition, collecteur et traducteur de textes anciens et modernes : rien ne saurait échapper à son emprise créatrice et celle-ci se doit de maintenir, en un judicieux équilibre, l’apport natal et l’essor que peut lui réserver la puissance littéraire acquise grâce au médium étranger qu’il a élu. Car ce qu’il se révèle ainsi capable d’accomplir par la force de son verbe, risque à sa manière d’excéder ses deux sources en même temps et de créer des « interférences », selon la métaphore qu’il met lui-même en avant, néfastes et même dangereuses pour l’intellectuel et pour l’écrivain. »

Ce sont les propos de Serge Meitinger, recueillis au sommaire du premier Tome des œuvres complètes de Jean -Joseph Rabearivelo (1901-1937). Pour les moins branchés, Serge Meitinger, professeur à l’université de La Réunion, est l’un des trois coordinateurs du « Projet manuscrits malgaches-Rabearivelo », avec Liliane Ramarosoa et Claire Riffared. Ce projet porte ainsi ses fruits et « l’ouvrage inédit » vient d’être publié, en France, hier et sera mis en vente au pays au début du mois de novembre.

Les calepins bleus

Lors d’une conférence de presse tenue hier dans les locaux du ministère de la Culture et du patrimoine, à Anosy, qui a été une présentation du projet et également des activités connexes à sa publication, les responsables qui ont œuvré pour la réalisation du projet, en l’occurrence, Laurence Ink, un écrivain, a mentionné que ce « Premier tome » comprend le journal intime de l’auteur, « Les Calepins bleus » sa correspondance et trois textes inédits d’inspiration autobiographique. Ce premier volume, consacré à l’artiste lui-même, sous-titré « Le diariste- L’épistolier-Le moraliste », sera suivi d’un second et d’un complément de publication numérique, en point d’orgue d’un vaste projet de sauvegarde et d’édition des œuvres complètes de l’auteur.

Après plusieurs tentatives de publication, depuis 1991 par son fils aîné Solofo Rabearivelo, « Calepins bleus » de Jean- Joseph Rabearivelo est enfin rendu public grâce à cet ouvrage inédit. Tenu secret longtemps, ce journal de JJ Rabearivelo fait découvrir une vie minée par des drames familiaux dont la mort de sa fille Voahangy, des détails parfois crus sur sa vie sentimentale et sexuelle, sur sa propension au jeu et à l’opium et également sur sa légende car outre son image de héros romantique, il y définit également l’autre mission du poète : dénoncer l’injustice et les abus de pouvoir.

Une convention

Le projet d’édition des œuvres intégrales de Jean Joseph Rabearivelo a été lancé par le centre national français de la Recherche scientifique (CNRS), dans sa collection « Planète libre ». En 2008, en étroite collaboration avec la famille et des chercheurs de l’université d’Antananarivo, une vaste opération de sauvegarde et de valorisation qui comprend deux volets, la sauvegarde et l’édition, a été lancée. Et le centre culturel Albert Camus, s’est engagé à garder dans ses coffres les archives de l’écrivain à des fins de conservation, de classement et de communication. Le centre culturel français assure donc la sécurité de la collection dans de bonnes conditions de conservation et procède à l’inventaire détaillé et au classement du document.

Soucieuse de la conservation des manuscrits et archives de l’auteur qui représentent une richesse du patrimoine familial de l’auteur mais aussi du patrimoine culturel malgache, Mireille Mialy Rakotomalala, ministre de la Culture et du patrimoine, a mentionné dans son allocution lors de la conférence de presse, que le ministère de tutelle s’active à trouver une solution de conservation pérenne à ce patrimoine culturel. Elle a également annoncé qu’une convention pour la gestion du dépôt ainsi que pour la manipulation des documents sera élaborée entre le CCAC, la famille de Jean-Joseph Rabearivelo et l’Etat malgache représenté par le ministère de tutelle.

Extrait Les Nouvelles – mardi 19 octobre 2010