Les feux de brousse font actuellement rage et faute de ressources suffisantes, l’Etat ne peut pas déployer des moyens de lutte efficace pour juguler le problème. De plus, les crises politiques à répétition donnent à certaines personnes une impression de laisser-aller favorable à tout acte illégal comme les feux ce brousse. Ce fléau est d’ailleurs considéré comme le moyen d’expression du mécontentement pour certaines populations rurales. Il n’affecte pas seulement les aires de pâturages mais également les aires protégées, comme l’attestent les images satellites capturées par un satellite américain qui travaille avec plusieurs organismes de conservation de la biodiversité. Dès l’arrivée de la période sèche, ce satellite signale des feux de brousse détectés au sein même de plusieurs aires protégées. Et le même scénario se répète tous les ans. Il y a donc ce problème des feux de brousse qui détruisent des espèces animales et floristiques. Mais on peut aussi citer le problème de financement de la conservation de cette biodiversité. En réalité, le pays fait face à deux grands défis majeurs dans le secteur de l’environnement.

Or, il n’a pas les moyens suffisants pour les relever. En effet, le financement de la conservation de la biodiversité à Madagascar est assuré par les aides extérieures depuis 20 ans. Dans ses notes sectorielles, la Banque mondiale affirme : « La biodiversité étant un bien public mondial, sa conservation a pendant vingt ans été financée par la communauté internationale, mais ne le sera pas aussi facilement à l’avenir en raison notamment de la taille du réseau (le réseau des aires protégées), qui sera bientôt quatre fois plus important qu’il y a vingt ans ». Il y a quelques années, le pays a mis en place la fondation pour la biodiversité. Celle-ci marche bien mais d’après la Banque, son capital devrait être porté à 100 millions de dollars. Le pays pourrait aussi trouver d’autres sources de financement sur le marché en vendant sa réduction d’émissions de gaz à effet de serre liée au ralentissement de la déforestation sur 9 millions d’hectares. La Banque suggère aussi de faire contribuer un peu plus le secteur tourisme au financement de la conservation de la biodiversité.

Une idée qui n’a pas l’adhésion de bon nombre des professionnels du voyage. Ces derniers se plaignent déjà des crises politiques à répétition qui tirent à chaque fois leur secteur vers le bas. Pour le moment pourtant, les recettes des entrées dans les aires protégées sont seulement de 750 000 dollars par an, un montant qui est marginal par rapport à ce qui s’observe dans des pays comme le Costa Rica, une des destinations-phares pour le tourisme de nature. A Madagascar, l’entrée des aires protégées pour les étrangers est tarifée à 5 dollars environ, alors que les touristes peuvent probablement payer un peu plus pour visiter ces espaces. La Banque mondiale estime qu’en combinant les différentes sources de financement, Madagascar pourra à terme financer intégralement et durablement son système d’aires protégées. Dans ce cas, les aides extérieures devraient être affectées progressivement au développement de mécanismes de financement durable plutôt qu’à financer directement la conservation. Les notes sectorielles de la Banque ne tracent en rien une stratégie à suivre impérativement, mais il faut voir à travers ce document des réalités auxquelles il faut faire face et des pistes pour voir comment s’en sortir.

Extrait La Gazette de la Grande Île –  Mercredi 06 Octobre 2010