Dama Razafimahaleo, Dama pour le public, rend hommage, à son grand frère, Raoul, un membre fondateur du groupe Mahaleo, décédé vendredi à Toamasina. Interview.

Les Nouvelles : De son vivant, quel rôle occupait votre frère Raoul dans la société ? Raoul aimait être entouré des membres de sa famille, de ses nièces et neveux qu’il ne manquait pas d’aider en cas de besoin. Pour lui, la notion de famille est très importante. Au-delà du cadre familial, il aimait aussi rendre service à son entourage, notamment aux jeunes talents de Toamasina. Médecin, il entretenait également de bonnes relations avec ses patients qui sont venus très nombreux pour lui rendre hommage à Toamasina et à Antananarivo. En somme, Raoul était un homme sociable.

Dama (-) :

Quel souvenir gardez-vous de lui au sein du groupe Mahaleo ?

- Au sein du groupe, il était considéré comme notre grand frère. Il était d’ailleurs le doyen de la formation. Il était aussi l’un des quatre auteurs-compositeurs du groupe avec Dadah, Bekoto et moi. Il était donc un des piliers de Mahaleo. Les journalistes disent qu’il était le plus discret d’entre nous, c’est peut être parce qu’il était l’aîné et il réfléchissait avant d’agir.

Vous avez toujours le courage d’arborer le sourire même si votre frère et non moins fondateur du groupe Mahaleo est décédé…

- C’est normal. Pour nous, Raoul n’est pas mort. En fait, c’est son corps qui reste inanimé, mort, mais son âme ainsi que les liens qui nous unissent en tant que frères et membres fondateurs d’un groupe, restent toujours vivants, important et nous le portons toujours dans nos cœurs et esprits. Il reste toujours Mahaleo, un membre du groupe Mahaleo et ce n’est pas parce qu’il est décédé que la formation ne va plus chanter. Au contraire, sa disparition nous encourage davantage de poursuive les bonnes œuvres qu’il a déjà initiées à Toamasina, envers les artistes locaux.

Est-ce que la mort de Raoul affectera les projets du groupe Mahaleo ?

- Pas du tout. Nous poursuivons toujours nos projets, notamment ceux qui entrent dans le cadre de la préparation du quarantième anniversaire du groupe, en 2012.

Pensez –vous donc à son remplacement ?

- Avant de vous répondre, j’aimerais souligner que nous nous considérons comme des frères, « mpirahalahy mianala », dit-on en malgache, dans cette formation. Même si l’un d’entre nous n’est plus là, décédé ou parti ailleurs, nous ne songeons point à son remplacement, car un frère ne peut être remplacé. Raoul ne sera jamais remplacé, il est d’ailleurs irremplaçable.

Sur scène, dans la soirée du mardi, Dama a annoncé la tenue d’un spectacle durant la veillée funèbre. Pourquoi ?

- La dernière volonté de Raoul était d’organiser un spectacle durant sa veillée funèbre pour qu’il ne soit pas seul. Et nous l’avons tous exaucée.

Quid du deuil et du poids de sa disparition ?

- En réalité, c’est selon la manière dont on s’en tient et comment on la conçoit que la mort pèse lourd ou non. Si vous la concevez comme un événement affaiblissant, vous serez faible. Mais si au contraire, vous le constatez comme un événement qui vous incite à être fort, le moral remontera très vite et vous serez fort. Raoul, de son vivant, a adopté ce dernier principe. C’est ce qu’il nous a également appris.

Que pensez-vous du dernier hommage du public à votre grand frère ?

- Dans une situation difficile comme celle-ci, le soutien du public, la présence des fans aussi nombreux, ne laissant pas ainsi Raoul seul ni sa famille plongée dans le deuil, nous ont donné la force et le courage. Nous avons chanté, les artistes également. Ainsi, nous remercions les artistes, les représentants de l’autorité malgache, les fans…En somme, tous ceux qui ont participé de près ou de loin à cette cérémonie d’hommage à notre frère. Pour remercier tout le monde, le groupe Mahaleo promet de continuer, de poursuivre la création.

Vous attendez-vous à un tel hommage ?

- En fait, personne ne souhaite qu’un malheur lui arrive. Nous aussi, nous ne nous attendions pas à ce que Raoul soit parti très tôt. On ne s’attendait pas non plus à cet hommage très émouvant du public et des autorités malgaches. Vous vous trouvez dans une situation difficile, dans l’ombre totale mais, lorsque le public vient vous soutenir, à votre chevet, vous sentez votre douleur s’alléger et votre moral remonter.

Extrait Les Nouvelles – lundi 13 septembre 2010