Une fête familiale, joyeuse et émouvante, s’est déroulée dimanche dernier 29 août 2010 dans un domicile sis à Amboditsiry. Une vénérable aïeule, encore bon pied, bon œil, y a célébré ses 103 ans bien sonnés, entourée d’une bonne partie de sa nombreuse descendance…

Une longévité héréditaire ?
Dame Rasoamananivo, l’héroïne de la fête est née en 1907 ! Son grand-père paternel, Rainisoamody mourut, paraît-il à 120 ans ! Rasoamananivo a donc de qui tenir ! Elle-même eut 7 enfants (6 filles et 1 garçon). Tous vivants actuellement, et dont l’aînée Berthine Rasoazananivo est aujourd’hui âgée de …78 ans ! En tout, la descendance de Rasoamananivo est aujourd’hui constituée de 7 enfants, 34 petits-enfants (zafikely), 68 arrières petits-enfants (zafiafy), et 21 arrières-arrières petits-enfants (zafindohalika), soit au total 130 personnes, éparpillées un peu partout, dans tout l’île. Ce qui offrit à Rasoamananivo, l’occasion de les visiter tant qu’elle pouvait le faire dans le temps : par avion (DC4), en taxi-brousse (les légendaires « 1 000 kilos »), en charrette et à …pied quand il fallait. Curieuse de tout, elle n’hésita pas à faire à pied justement, le trajet Manjakandriana (où elle résidait) à Mandroseza (soit près de 50 km), pour pouvoir contempler le 1er hydravion qui se posa sur le lac le 4 décembre 1926, piloté par le lieutenant du vaisseau Bernard…

« Trondro gasy » et « henan-kisoa »

En face des centenaires, viennent automatiquement à l’esprit les « secrets » de leur longévité : Pour Rasoamananivo, si secret il y a, c’est avant tout une bonne hygiène de vie : la marche à pied (nous avons vu plus haut ce dont elle était capable en la matière…), une alimentation saine : pas de sauce trop relevée, et le sel en petite quantité. Si elle trouvait que le plat est trop salé, elle n’hésitait pas à le passer à l’eau pour faire partir le sel. Ceci étant, son plat favori est le « trondro gasy sy henan-kisoa » (poisson local au porc) qui fait encore le délice des gourmets jusqu’à maintenant… Ni tabac, ni alcool, évidemment…
Par ailleurs, Rasoamananivo a agrémenté sa vie par de nombreux loisirs : Hiragasy (elle était « fan » de Razafimahefa-Fenoarivo), Théâtre (son mari étant électricien, elle et ses enfants pouvaient accéder gratuitement dans les lieux de représentation tels Analakely ou Ambatovinaky). Son journal préféré était « Ny vaovao frantsay-malagasy ». Et lorsque naquit Radio-Tananarivo le 19 avril 1931 (elle avait alors 24 ans !), elle devint une fidèle auditrice des émissions programmées. Enfin, ayant suivi les cours d’Atelier d’Art, à Andafiavaratra, elle devient très habile de ses mains, comme tisserande surtout en matière de « fahaboridamba » (étoffe confectionnée avec les lanières de vieux tissus), qui rendit un grand service à la population, au moment de la pénurie d’étoffe, pendant la Seconde Guerre mondiale.
13 Gouverneurs Généraux français et 8 chefs d’Etat malagasy

Née en 1907, soit 2 ans après le départ de Gallieni, et sous l’administration de Victor Augagneur, Gouverneur Génaral de 1905 à 1910, Rasoamananivo aura connu presque toute l’époque coloniale soit 13 Gouverneurs Généraux de Augagneur à André Soucadaux (entre 1907 et 1958).

Elle était témoin du retour de la dépouille mortelle de Ranavalona III en 1938, de l’avènement de la République le 14 octobre 1958, et surtout de la proclamation solennelle de notre indépendance retrouvée le 26 juin 1960. Et 50 ans après, elle est toujours là, après avoir connu 8 chefs d’Etat, de la 1ère République à la Transition actuelle, et avec l’espoir d’assister à l’avènement de la IVe République ! Mais parmi ses souvenirs les plus émouvants figurent le retour de son père, Rabenandro, parti combattre en France, vers 1915   , (1ère Guerre mondiale 1914-18), et qu’elle accueillit à la lueur d’un flambeau, à son retour à Manjakandriana, pendant la halte du train venant de Tamatave, après avoir crié son nom dans la foule. Larmes, embrassades, émotion profonde… d’autant qu’il a fallu lui cacher qu’entre temps, la mère de Rasoamananivo, donc la femme de Rabenandro, soldat rentré de guerre, était morte de la peste…
Bon pied, bon œil avions-nous dit, du haut de ses 103 ans, Rasoamananivo qui prend régulièrement ses 3 repas par jour, évite toutefois de se déplacer, car elle craint de se blesser en tombant. Elle n’est affectée que d’une surdité, qui l’isole, somme toute, de la cacophonie du monde  où nous vivons. Ses descendants, dont une bonne partie était présente à Amboditsiry dimanche dernier, pour l’aider à découper son gâteau d’anniversaire, étaient venus spécialement de Fianarantsoa, d’Antsirakely (Antsirabe), d’Ambatondrazaka… Ils méritent tous les éloges pour ce témoignage de vénération et de respect à une vénérable « ray aman-dreny », attitude propre à la culture ancestrale Malagasy, qui ne rejette pas les vieux…
Extrait Midi Madagasikara – jeudi 9 septembre 2010