Le bois-énergie, sous forme de charbon de bois, est de loin, à Madagascar, la source d’énergie domestique la plus adaptée à une société citadine pauvre car la moins onéreuse, et donc la plus accessible. Elle permet aux plus pauvres de satisfaire un besoin vital et difficilement compressible: manger, puisqu’elle sert essentiellement à la préparation des repas. On peut observer la manière dans la consommation, mais aussi les métiers, les pratiques et usages du charbon qui s’inscrivent dans la différenciation sociale de la ville. Dans les foyers les plus pauvres, c’est le poste de dépense énergétique prioritaire, avec l’argent dépensé pour accéder aux transports en commun. On limite par exemple très fortement l’utilisation de l’électricité, de bougie ou de pétrole lampant pour s’éclairer le soir.
Une famille citadine consomme en moyenne 60-70 kg de charbon par mois, ce qui correspond à 1/5ème – 1/4 du salaire moyen. Les prix du charbon de bois, et du bois de feu, sont très bas, stables. Ce qui correspond au fait qu’une partie de la ressource est en accès libre, et ne coûte rien, et que les citadins sont pauvres. Néanmoins, il existe de hausses brutales des prix du charbon causées par des ruptures d’approvisionnement associées au contrôle administratif croissant des filières (permis d’exploitation , permis de transport…) ou à la hausse des prix du carburant, ce qui augmente les coûts de transports.
Comme pour la nourriture, il existe des stratégies d’adaptation, visant à réduire les dépenses liées à la consommation de charbon : manger des plats qui ne nécessitent pas de cuisson ou des cuissons plus courtes (le succès des pâtes chinoises en ville, comme accompagnement du riz, à la place des haricots secs).

Source de revenu des paysans

La production de charbon de bois, à la campagne, est une activité dynamique car elle génère de précieux revenus. La fabrication se fait dans des fosses où les branchages sont recouverts de terre, avec des rendements forts bas, de l’ordre de 10 % (10 kg de bois produisent 1 kg de charbon). La production de charbon de bois participe aux stratégies de diversification des activités qui permettent aux paysans d’acquérir des revenus que l’agriculture n’arrive pas à fournir. Même si son prix est très bas, le charbon de bois constitue une source de revenu appréciable car stable et régulière, à cause de la constance de la demande urbaine.

Réduction de consommation

Cependant, l’utilisation de charbon de bois pèse sur la biodiversité. Pour sécuriser ces filières et  garantir à la fois la pérennité des ressources ligneuses et de l’approvisionnement énergétique des villes, particulièrement, plusieurs actions sont entreprises dans ce but, notamment avec le soutien du CIRAD. Il s’agit d’abord de réaliser des économies de bois, en améliorant les techniques de fabrication : avec des fosses améliorées, on peut obtenir des rendements en charbon de l’ordre de 15% à 20 % ce qui permet donc de diviser par deux la consommation de ligneux. La consommation de charbon de bois peut aussi être réduite en utilisant des fourneaux améliorés qui peuvent diviser la consommation de charbon par 3.
Extrait Madagascar Matin du mercredi, 08 Septembre 2010