Deux fois en moins de dix jours, le cercle culturel national est en deuil. Après la disparition de Gabhy de « Kintana Telo », c’est Raoul, un pilier du groupe Mahaleo qui vient de s’en aller. Pour lui rendre un dernier hommage digne de ce nom, une semaine de veillée publique lui est consacrée de Toamasina à Antsirabe en passant par Antananarivo.

Raoul, Raosolosolofo Razafindranoa de son état civil, « l’aïeul du groupe Mahaleo », a tiré sa révérence dans la nuit du vendredi à samedi à Toamasina où il a exercé en tant que médecin pendant plusieurs dizaines d’années. « Il était atteint d’une maladie cardio-vasculaire », confirme Dama, son frère et membre fondateur de ce groupe légendaire du folksong malgache.

Né le 1er avril 1951 à Marolambo, Raoul est le quatrième d’une famille de dix enfants. Comme ses frères et sœurs, il a effectué ses études primaire et secondaire à Antsirabe avant de poursuivre à l’université d’Antananarivo où il a obtenu une bourse d’études en médecine en Europe de l’Est. Après avoir décroché le diplôme de médecin généraliste en Roumanie, il est rentré au pays et a travaillé au Port de Toamasina.

C’est à 18 ans qu’il a commencé à jouer de la guitare. Il a d’abord fabriqué sa propre guitare, puis a composé et enregistré avec Dama quelques morceaux avant de fonder le groupe Mahaleo avec ses amis d’enfance. De son vivant, témoigne son frère, Da-Roul n’a jamais cessé de promouvoir les jeunes talents. C’est grâce à lui qu’Erick Manana a pu monter sur scène au CCAC avec Mahaleo en 1977. A Toamasina, il a aussi continué à aider et former les artistes locaux. Ainsi, à chaque concert du groupe, il ne manque jamais de faire venir des jeunes talents sur scène.

Dama, Bekoto, Dadah et Raoul forment les quatre mousquetaires du groupe Mahaleo. « Il est simple, souvent discret, coopératif et efficace », témoigne Randy Donny, chroniqueur culturel et auteur d’un livre sur le groupe Mahaleo, sorti à l’occasion de la célébration du 35e anniversaire du groupe, en 2007. Il est l’auteur de nombreux titres qui restent toujours sur les lèvres, comme « Somambisamby », un tube composé en Roumanie ou encore « Rivotra ».

Une semaine de veillée publique

Comme tous les grands artistes, « Raoul appartient à tous les Malgaches ». L’affliction causée par sa disparition frappe plus d’un. Elle ne touche pas uniquement les membres du groupe Mahaleo, ni ses confrères et consœurs artistes, mais tous les citoyens et les inconditionnels du folksong malgache en particulier. Ainsi, ce n’est pas uniquement le cercle culturel malgache qui est en deuil mais tous les mordus de ce style et les amateurs de la bonne musique du pays.

Pour lui rendre un hommage digne de ce nom, la population de Toamasina lui a donc réservé trois jours de veillée publique. Samedi et dimanche, le corps l’a été dans sa case familiale, à Tanambao V. Lundi, une autre veillée publique lui sera accordée au Port de Toamasina. Le corps ne sera acheminé dans la capitale que mardi matin.

« Une nuit de veillée publique lui sera également accordée dans la capitale, plus précisément au palais des Sports et de la culture à Mahamasina », confirme un responsable auprès du ministère de la Culture et du patrimoine. Mercredi, le corps sera amené à Antsirabe, dans sa ville d’enfance, où une nuit de veillée publique, à la demande de ses fans, lui sera encore accordée. Deux autres veillées publiques, les jeudi et vendredi, sont également prévues à Ambatofinandrahana. « Les obsèques auront lieu samedi », selon Dama.

Vavah Rakotoarivonjy

Hommage de Bekoto à Raoul

Il était un de nos grands frères et maître à penser en étant à la fois médecin et musicien poète. Il m’avait appris à jouer de la guitare qu’il fabriquait lui-même quand nous étions encore au Lycée. Il m’avait appris à aimer Madagascar et les paysans. Merci à toi, cher ami, cher Frère " d’armes " …Continuer le chemin du Village, c’est aussi honorer à jamais, ton nom et ton génie si modeste : Raolona. Juste un morceau de musique… Un air de guitare en ta mémoire. Tu n’es pas si loin, mais juste à côté et avec nous. Pour toujours. Non, pas de larme. Tu vas détester cela car trop " mou" à ton goût ( aza malemilemy eo ialahy ).

Source : http://bekotopaysans.blogspot.com/

Extrait Les Nouvelles – lundi 6 septembre 2010