L’orchestre de Madagascar se compose de dix musiciens, chacun portant une tradition musicale unique. Du Nord, du Sud, des Hauts-Plateaux ou de la Côte, les styles musicaux, riches d’oralités anciennes, s’épanouissent dans la Grande Ile et sont plus que jamais vivants.

Ici la tradition n’est pas rigide, elle vient enrichir le projet artistique et dessiner les couleurs de l’avenir. Ny Malagasy Orkestra est le creuset vivant au sein duquel ces traditions musicales sont partagées, ré-écrites, re-formulées, ré-inventées, pour porter le message d’une rencontre artistique et humaine, d’une musique qui s’enrichit des héritages du passé et pour faire route vers de nouvelles formes de création.
Ny Malagasy Orkestra écrit la première ligne de sa discographie avec Masoala, un album dans lequel les identités régionales de la Grande Île de l’océan Indien trouvent les moyens de dialoguer pour donner une image unie de leur culture.

+Qu’est-ce qui vous a incité à créer un tel orchestre ?
– : Ça faisait très longtemps que j’y pensais. A un moment, dans ma carrière, j’ai pas mal tourné avec le festival Womad de Peter Gabriel et j’ai rencontré tous les orchestres nationaux de Côte d’Ivoire, du Mali… Je me suis dit qu’on pouvait en avoir un aussi à Madagascar, vu la richesse musicale énorme de mon pays. Tous les styles du nord, du sud, de l’est, de l’ouest et des hauts plateaux devaient être représentés mais surtout joués avec les instruments traditionnels. Aujourd’hui, je suis fier car c’est la première fois qu’on arrive à réunir ce patrimoine et c’est important de le faire connaître dans le monde entier.
+Comment avez-vous sélectionné les membres de la formation ?
-En 2007, avec mon trio, on a fait une tournée dans les Alliance française à Madagascar. Près de vingt concerts. Donc c’était l’occasion d’organiser les auditions en même temps. Avant d’arriver, on faisait passer l’info qu’on essayait de trouver les meilleurs musiciens locaux qui avaient le profil pour faire partie de l’orchestre. Il fallait que ce soit des gardiens des traditions mais le côté humain était également important : ce n’est pas évident de vivre plusieurs mois en tournée avec des cultures différentes, sans se connaître. Je leur ai dit qu’on devait montrer nos valeurs ancestrales, ce qu’on appelle ici le fihavanana : la solidarité et l’entraide entre tous les Malgaches. Le premier concert de l’orchestre a eu lieu à Fianarantsoa l’année suivante. C’était une petite tournée de rodage de sept ou huit dates, qui s’est terminée au Centre culturel français à Antananarivo.
+Le répertoire qui figure sur l’album est-il constitué de créations ou d’airs traditionnels adaptés ?
-Ce sont plutôt des créations. Mais, comme tous les membres ont des traditions musicales fortes, leurs créations sont basées sur les musiques de leurs régions et on entend dans notre répertoire les mélodies du sud, des hauts plateaux ou du nord. Lorsqu’il y a un côté répétitif, je fais en sorte d’apporter des breaks, comme dans le premier morceau où ça change au moins sept ou huit fois. En fait, plus on tourne ensemble, plus on a des idées communes pour faire les arrangements : chacun trouve sa place et apporte quelque chose. On travaille pour Madagascar : quand les gens nous écoutent, on leur donne envie de voir le pays, ils vont venir avec des devises et, au final, c’est le peuple de Madagascar qui en profite.
+L’orchestre ne fait-il pas concurrence au quintet Malagasy All Stars, dont vous êtes aussi membre ?
-Ça n’a rien à voir. Dans le All Stars, chacun de nous a un style bien précis, et le répertoire n’est pas du tout le même. Celui de l’orchestre est basé sur les instruments traditionnels et les styles musicaux différents.
+L’album s’achève sur un morceau du roi Radama II. Pourquoi l’avoir choisi ?
-La musique classique malgache se trouve toujours sur les hauts plateaux. A une certaine époque, à cause des liens avec les Anglais et les Français, les musiques occidentales était très présentes au palais. Même le roi a composé plusieurs œuvres. Souvent, quand on interprète Izahay sy malala, c’est à la valiha et à la guitare. Je me suis demandé comment ça sonnerait si on faisait entrer les petits violons du sud, le kabosy (petite guitare) qui n’ont jamais joué avec la musique classique. Pourquoi ne pas réorchestrer avec tous ces instruments traditionnels ? J’avais une image en tête : nous, Malgaches, on peut tous dialoguer avec notre musique.
+Votre regard sur la musique malgache a-t-il changé depuis que vous êtes en France ?
-C’est difficile de changer le fond, parce que c’est en moi, c’est l’héritage que j’ai reçu de mes parents, de mon grand-père : la façon de jouer de la valiha, de composer mes chansons… Mais le fait d’avoir rencontré pas mal de musiciens et de mélomanes m’a amené à me demander comment faire pour que ma musique soit acceptée par l’oreille des Occidentaux. Donc j’ai gardé les mélodies et modifié un peu le sens du rythme pour capter l’attention et ramener ensuite l’auditeur ou le spectateur vers Madagascar.
Extrait La Gazette de la Grande Île – Mercredi 25 Août 2010