Les polémiques autour des méga projets d’agribusiness comme celui du groupe sud-coréen Daewoo logistics et de l’entreprise indienne Varun international ont coupé court aux investissements éventuels qui pourraient se faire dans ce secteur. Le manque de transparence soigneusement entretenu par l’Etat a provoqué lesdites polémiques. Depuis, des projets sur la bioénergie ont essayé de se démarquer mais la crise a mis un coup de frein à leurs activités. Certains ont même opté pour le stand-by, tandis que d’autres ont carrément abandonné la partie pour voir ailleurs. Pourtant, le récent rapport conjoint du Forum pour la recherche agricole en Afrique (FARA), de l’Imperial college London et de CAMCO international souligne que la production de bioénergie peut augmenter sur le continent et fournir des revenus et de l’énergie aux paysans, sans pour autant supplanter la production alimentaire. Madagascar n’est pas vraiment concerné par un possible empiètement des cultures pour la bioénergie avec la production alimentaire. Il dispose, en effet, de vastes terres arables non exploitées. Mais il peut se heurter comme les autres pays à des problèmes d’ordre écologique comme la pollution de la nappe phréatique causée par une utilisation intensive d’intrants chimiques par les grands projets d’agribusiness et de bioénergie.

Il y a aussi les problèmes éventuels que pourraient rencontrer les paysans. Qu’ils soient intégrés ou non dans ces projets, ils risquent dans les deux cas de figure d’en subir les impacts. Au cas où les promoteurs les intègrent dans leurs exploitations, ils risquent de délaisser les cultures vivrières et l’élevage. De quoi augmenter l’insécurité alimentaire. En revanche, s’ils sont mis à l’écart, ils continueraient à vivoter dans ses activités de subsistance. Le nouveau rapport publié lors de la 5ème semaine africaine des sciences agricoles à Ouagadougou courant juillet, souligne que pour profiter du développement de la bioénergie, les pays africains devraient avoir une politique nationale. Madagascar s’y est essayé depuis quelques années déjà, mais n’a pas encore abouti à cette politique qui devrait être transversale. Car la bioénergie comprend plusieurs secteurs dont l’agriculture, l’industrie, l’environnement, le commerce… L’auteur principal du rapport et chercheur à l’Imperial college London, le Dr Rocio Diaz-Chavez souligne : « Si la bioénergie est abordée avec les politiques et les processus appropriés et en incluant toutes les différentes parties prenantes, elle est non seulement compatible avec la production alimentaire mais elle peut également profiter énormément à l’Afrique. La bioénergie peut apporter des investissements dans le foncier, les infrastructures, et les ressources humaines et pourrait permettre de libérer le potentiel latent de l’Afrique et accroître la production alimentaire ».
Parmi les cultures pour la bioénergie, le rapport mise notamment sur la canne à sucre, le sorgho et le jatropha. Particulièrement pour le bioéthanol issu de la canne à sucre, il peut être mélangé à de l’essence. De quoi réduire la facture pétrolière qui ne cesse pas de gonfler. D’aucuns se souviennent du bras de fer entre l’Etat et les pétroliers concernant le mouvement des prix des produits pétroliers en juillet dernier. Le rapport de la FARA indique même que les importations de carburants constituent un frein important au développement économique des pays africains. Et pour préserver la production alimentaire, des pays comme le Mozambique n’autorise que la canne à sucre et le sorgho pour la fabrication d’éthanol et le jatropha et la noix de coco pour le biodiesel. En Afrique du Sud, le Parlement a décrété que le maïs ne pouvait plus être utilisé comme biocarburant. Au Mali, le gouvernement n’autorise pas l’utilisation des cultures vivrières pour la production de biocarburants.

 
Extrait La Gazette de la Grande Île – Mardi 24 Août 2010