A quelques centaines de kilomètres de la grande ville, alors que la bitume laisse place au latérite, les villageois ont souvent du mal à trouver les soins dont ils ont besoin en matière de santé. L’association ACM Mada, ou association des médecins de campagne de Madagascar, rassemble 56 membres qui sont répartis dans 4 régions dont Analamanga, Itasy, Bongolava et Vakinankatra. Ces médecins généralistes pour la plupart, ont créé un réseau de cabinets médicaux qui dispense également de soins pour le service public

Accès aux soins. « Entre deux villages, il y a entre 2 à 3 kilomètres, soit un trajet à pied de 30mn à 2h. Les personnes malades marchent ainsi pour rejoindre un centre de soins », raconte le Dr Hery Ranaivoson, un des médecins membre de l’ACM Mada. Si cela semble impensable en milieu urbain, c’est la pratique qui handicape les populations dans les campagnes. N’ayant pas de voiture comme moyen de transport, ils se déplacent à bicyclette ou à pied. Dans les campagnes, il y a en moyenne 1 médecin pour 10 000 habitants. « Ce rapport n’est pas alarmant, c’est même normal », rassure le médecin. « Et pour donner les meilleurs soins, nous adaptons nos services suivant le niveau de vie des habitants ». Les cabinets membres de l’ACM Mada sont équipés et possèdent les matériels nécessaires pour les soins primaires et pour les accouchements. « Mais lorsque la maladie est trop importante, nous envoyons tout de même le patient à l’hôpital le plus proche », continue-t-il.
Changement de comportement. Mais dans les campagnes, ce n’est ni le coût des médicaments génériques, ni l’inexistence de médecins qui fait défaut. « Les gens attendent d’être très malades pour rejoindre les centres de santé, c’est un état d’esprit », explique le même médecin. D’ailleurs, même en milieu urbain, il est rare qu’un Malgache fasse des analyses ou des contrôles juste pour le suivi de sa santé. En général les Malgaches traînent leurs maladies en essayant de résoudre les problèmes avec des tisanes. « A la campagne, les gens consultent d’abord les guérisseurs traditionnels », relate le Dr Hery. « Ce n’est que lorsque la maladie empire qu’ils viennent nous consulter ». Néanmoins, il est difficile de bousculer les mœurs, alors, les médecins de l’ACM Mada choisissent une approche délicate pour essayer de changer le comportement des gens. « Nous demandons aux guérisseurs traditionnels de nous envoyer leurs patients si la maladie ne se guérit pas au bout de 2 jours », explique-t-il. Il faudra du temps pour changer le comportement des malades.
Extrait Midi Madagasikara – vendredi 30 juillet 2010