Une enquête menée aux mois de mai et juin 1961 donne un aperçu général de la situation de l’artisanat à Madagascar. Il se révèle ainsi que cette activité présente un potentiel de production assez important: près de 3 000 artisans sont ainsi dénombrés en dehors des milieux ruraux; le chiffre d’affaires annuel global réalisé atteint le milliard de francs CFA.
Si les premières constatations indiquent un état général satisfaisant, il n’en demeure pas moins qu’un effort doit être fait sur le plan gouvernemental en vue d’aider et d’assister techniquement l’artisanat, de rajeunir ses méthodes, de l’organiser, de lui procurer le crédit nécessaire et de lui assurer une commercialisation satisfaisante de sa production. « Les lacunes et les défauts de celle-ci doivent être imputés surtout à l’inexistence d’organisation et à la faiblesse des moyens dont les artisans disposent » (Désiré Robson, 1962).
Effectivement, la pénurie de machines et d’outillages fait que l’organisation est très médiocre. En outre, les prix de revient sont grevés lourdement par le prix d’achat de matières achetées en petite quantité au fur et à mesure des besoins. Enfin, la commercialisation laisse beaucoup à désirer faute d’organisation: les intermédiaires et revendeurs prélèvent une part trop élevée du bénéfice qui devrait aller en priorité à l’artisan producteur.
Toutes ces difficultés sont à résoudre pour favoriser le développement de l’artisanat: c’est ce qui motive notamment la mise en place d’un organisme d’animation, le Centre économique et technique à l’artisanat (CETA) afin d’organiser l’appui nécessaire à la promotion du secteur.
La création du CETA permet d’initier l’œuvre d’organisation dans la production, les approvisionnements, l’écoulement des fabrications, et d’étudier le problème du crédit. Les premières coopératives sont implantées et elles fonctionnent avec l’assistance technique du Centre.
Sur le plan du crédit, le CETA sera l’intermédiaire entre les artisans et l’organisme de prêts. « La véritable garantie du crédit artisanal est constituée par l’honnêteté, la capacité professionnelle et l’aptitude de l’artisan à gérer et développer son entreprise. La présentation de la demande effectuée par le CETA apporte la caution morale et technique indispensable ».
En ce qui concerne la production, la première opération est celle des matières ouvrées en rabane. Un atelier collectif fonctionne plus tard dans les locaux du CETA en vue d’étudier de nouveaux modèles et aussi le prix des articles destinés à l’exportation, tandis que le groupement des artisans tisseurs dans les provinces est en cours d’étude. On prévoit même de lancer une unité de production de 100 paires de chaussures par jour.
De même, la création d’ateliers coopératifs est envisagée. La production artisanale de biscuits qui est de 100 tonnes par an, pourra atteindre 300 à 350 tonnes au bout de deux ou trois ans, grâce à la création d’une telle structure.
Pour ce qui est de l’organisation de la commercialisation, l’ouverture de « Maisons de l’artisanat malgache » est également en projet, où seront exposés et écoulés des produits artisanaux sélectionnés. « Elles constitueraient également un centre commercial d’exportation permettant d’orienter la demande des acheteurs étrangers ».
D’autres structures nécessaires au développement rationnel de l’artisanat malgache sont implantées. « Il semble que sous l’égide commune de l’administration et du CETA, l’artisanat ne tarderait plus à occuper une place importante dans la vie économique de Madagascar ». Les artisans « intimement associés à ces mesures- deux artisans sont membres du conseil d’administration du Ceta- ont pris conscience de l’effort réalisé par le gouvernement en leur faveur. Ils ont, au cours de journées d’études artisanales groupant les représentants des artisans de toutes les provinces, souscrit unanimement au programme concernant le développement de l’artisanat à Madagascar ».
Cette situation de l’artisanat au début de l’Indépendance est aussi valable pour l’industrie qui rencontre également des problèmes de productivité, de rentabilité et de compétitivité.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4672 du 24-07-2010