L’administration coloniale entreprend la construction d’un théâtre municipal à Antsampanimahazo en 1897. Les travaux se terminent deux ans plus tard et la nouvelle salle est inaugurée le 14 septembre 1899 au cours d’une soirée de gala durant laquelle « La Mascotte », un opéra comique de Duru et Chivot est joué.
Dès ses débuts, selon Razoharinoro Randriamboavonjy, le théâtre municipal se veut une salle où sont admises les représentations de pièces tant en français qu’en malgache. Une telle conception permet, dès le 22 septembre, de jouer « Zéfine sy Armand », une comédie en « cinq parties » de Rajaonah Tselatra et interprétée par la troupe Tananarive-Théâtre dirigée par Romain Andrianjafy.
Le 20 octobre suivant, l’Association des anciens élèves de l’école Le Myre de Vilers organise la représentation du « Prince Marco », une opérette en trois actes et quatre tableaux de Rajaonah Tselatra, avec la collaboration de Romain Andrianjafy. Le succès de la pièce lui vaut une longue histoire: elle tient la scène plusieurs années et est l’objet de remaniements successifs, le dernier datant de 1934 par Justin Rajoro.
L’exploitation de la salle du théâtre municipal est confiée à des « concessionnaires ». « La concession est accordée par un traité de gré à gré convenu entre le futur exploitant et l’administrateur-maire avec l’approbation du gouverneur général en personne. Le traité fait mention du montant du cautionnement déposé par le concessionnaire ainsi que de celui de la subvention accordée par la municipalité. La concession est un privilège ». Les concessionnaires de la salle l’utilisent donc pour un ou deux ans selon leurs possibilités car ils font venir des acteurs de France.
Le premier locataire est la troupe de Charson, ancien directeur des « Folies militaires » d’Andafiavaratra. Lorsqu’il commence à faire venir des artistes de France, Toamasina, passage obligé, voit également naître son Théâtre municipal. En effet, la troupe s’acclimate d’abord dans ce port de l’Est et y joue en première avant de rejoindre la capitale. Les frais de voyage des artistes français de Toamasina à Antananarivo et retour sont aux frais de l’administration municipale. Le 15 septembre 1899, le « Vaovao frantsay-malagasy », organe officiel de publiciste expose le programme de la troupe Charson. Il écrit: « À l’instar de la plupart des villes d’Europe, Tananarive est enfin doté d’un Théâtre où les Malgaches comme les Européens pourront également se divertir aux heures si longues des veillées ». Les artistes français de la troupe Charson donneront trois représentations par semaine, les mardis, jeudis et samedis, ainsi qu’une matinée à prix réduit dans l’après-midi des dimanches.
Le journal apporte d’autres précisions: les Malgaches apprécieront « l’art consommé » des artistes de profession qui leur est donné de voir pour la première fois à Antananarivo. En outre, les « Malgaches vêtus à l’européenne » seront admis aux fauteuils et aux premières places. « Ceux qui voudront assister aux spectacles mais n’auront pas les moyens de se vêtir comme les Vazaha, auront à des prix moindres des places d’où ils verront parfaitement tout ce qui se passera sur la scène ». Enfin, la salle promet d’offrir à son public d’Européens et de « Malgaches qui en auront les moyens » des spectacles de qualité que s’efforce d’y monter Charson.
Charletty et sa troupe succèdent à Charson en 1902. Il essaie de varier davantage son répertoire en faisant représenter « L’Arlésienne » et « Carmen », en organisant de « grands concerts » où l’on peut écouter du Massenet et du Félix Faure avec « Hérodiate » et « Le pari de la baronne ». Le troisième directeur Louis Alix introduit des séances de spiritisme et d’hypnotisme en plus du répertoire habituel comme « La fille du régiment » représentée à l’occasion des fêtes du 14 juillet 1903, ou « Martha », opéra en quatre actes et six tableaux.
À partir de 1903, Courteline apparaît au programme du théâtre municipal alors dirigé par Maurice Dupuis. Pour la représentation de « Le jour et la nuit » de Vanloo, ce dernier fait appel à Émile Cools, « chef d’orchestre des principaux théâtres de Paris ». Les costumes sont de la maison Guilbert de Paris, les coiffures de Blion. En 1905 pourtant, le Journal officiel du 3 juin fait état d’une certaine défection du public. « Si au moyen d’éléments dont le directeur s’est assuré le concours, la saison théâtrale n’obtient pas plus de succès que précédemment, l’administration municipale aurait probablement à envisager l’éventualité de supprimer la subvention dont l’importance serait véritablement disproportionnée au nombre des spectateurs des saisons 1903 et 1904 ».

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4660 du 10-07-2010