Selon les données officielles, sur 36 millions d’hectares de terres cultivables, seulement 6% sont exploitées actuellement. Le problème de la mécanisation demeure une des principales raisons.

L’agriculture fait vivre près de 70 % de la population malgache. Malgré cette place prépondérante qu’il occupe sur le plan économique, ce secteur ne s’épanouit pas pleinement. La mécanisation, une des étapes très importantes, est snobée par les producteurs, faute de moyens.
La mécanisation contribue fortement à l’extension des surfaces agricoles, donc à la hausse de la production. Elle facilite aussi la vulgarisation de nouvelles cultures et diminue le coût de production.
« A Madagascar, il existe des zones cultivables qui ne sont pas exploitées, car leur exploitation nécessite l’usage d’équiquements agricoles comme les tracteurs », précise Bruno Maurille Rakotomahefa, directeur du Génie rural auprès du ministère de l’Agriculture.
« La vulgarisation de la riziculture pluviale a été facilitée par l’usage de tels équipements », continue-t-il.

 
Subventions
Malgré ses avantages que l’on peut en tirer, le faible pouvoir d’achat des producteurs ne leur permet pas de se lancer dans une telle initiative, ne serait-ce que par l’intermédiaire de la location de matériels. Pour les soutenir, l’État a depuis des années investi dans le domaine.
Dans les années 1980, mille tracteurs ont été acquis mais on a perdu la trace de la grande partie. A partir de 2003, une nouvelle politique a été adoptée. Un groupe thématique ayant pour mission principale le développement de la mécanisation agricole a été mis en place.
Un budget moyen de 400 millions d’ariary a été alloué à la direction du Génie rural pour l’achat d’équipements agricoles, allant des outils artisanaux, comme les sarcleuses et les charrues, aux engins modernes tels les tracteurs et les motoculteurs.
Les équipements ont été vendus aux agriculteurs à 60% de leurs prix de revient. Les sommes collectées sont versées au Trésor pour servir de fonds de revolving. Des tracteurs ont été ainsi mis à la disposition d’associations de producteurs dans différentes régions, dans le cadre des opérations «labour» visant principalement l’extension des terres agricoles.
L’implication de quelques opérateurs privés, partenaires ou non de l’Etat, dans la mécanisation reste limitée.
L’accès au service après-vente reste un problème, à cause la concentration des sociétés dans la capitale ou seulement dans de grandes villes. La mise en place des services de proximité s’avère dès lors indispensable.

Peu d’engouement
Dans le cadre d’un partenariat établi entre l’Etat et le groupe économique Axius, 200 tracteurs ont été mis en vente depuis le mois de septembre 2009. Sur la totalité, seulement une vingtaine ont été vendues et/ou mises en location.
L’absence d’investissement dans le secteur durant la crise a été invoquée comme motif.
« Par rapport à nos prévisions de vente, nous n’avons pas atteint notre objectif. La conjoncture qui prévalait dans le pays n’a pas encouragé les producteurs à investir », soutient le responsable de vente des engins auprès du groupe Axius.
Pour le moment, trois régions, à savoir Alaotra-Mangoro, Boeny du côté de Marovoay, Mampikony et Tsiroanomandidy, le Sud-Est à Tolagnaro et Ihosy ont été approvisionnées. D’autres lots seront acheminés prochainement vers les autres régions.

Une politique nébuleuse
Le ministère de l’Agriculture organise ce jour à Antsirabe la Journée nationale du machinisme agricole. Ce serait le démarrage du processus d’élaboration de la stratégie nationale pour le développement agricole.
Cette stratégie va permettre par la suite la définition de la politique nationale régissant le secteur. Le pays, est jusqu’ici dépourvu de cette lettre de politique. Ce qui complique l’arrivée des investissements privés mais aussi la contribution des bailleurs de fonds dans le secteur.
« Des opérateurs privés ont déjà manifesté leur intérêt à investir dans le domaine de la mécanisation, mais nous n’avons pas de documents sûrs, de base de données et statistiques fiables à mettre à leur disposition», explique toujours Bruno Maurille Rakotomahefa.
« De même pour les bailleurs, il n’y a pas de politique claire à leur présenter pour solliciter leur contribution », poursuit-il.
La politique aura donc comme objets principaux, entre autres, l’élaboration des bases de données, la planification régionale et rationnelle. Ce dernier point concerne l’identification des besoins par région.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4651 du 30-06-2010