L’approvisionnement en bois de feu de la capitale s’avère singulier, grâce aux reboisements en eucalyptus, qui forment aujourd’hui un très vaste massif périurbain.

Le bois-énergie, sous forme de charbon de bois, est à Madagascar la source d’énergie domestique de loin la plus adaptée à une société citadine pauvre car la moins onéreuse, et donc la plus accessible. Elle permet aux plus pauvres de satisfaire un besoin vital et difficilement compressible : manger, puisqu’elle sert essentiellement à la préparation des repas. On peut observer la manière dont la consommation, mais aussi les métiers, les pratiques et usages du charbon s’inscrivent dans la différenciation sociale de la ville.
Plus, il est rapporté, entre autres, dans La lettre du Riaed n°39, Ville et biodiversité : le bois-énergie à Madagascar, que dans les foyers les plus pauvres, c’est le poste de dépense énergétique prioritaire, avec l’argent dépensé pour accéder aux transports en commun. On limite par exemple très fortement l’utilisation de l’électricité, de bougie ou de pétrole lampant pour s’éclairer le soir.
Une famille citadine consomme en moyenne 60-70 kg de charbon par mois (2 sacs standard), ce qui correspond à 1/5 ème à 1/4 du salaire moyen. Les prix du charbon de bois, et du bois de feu, sont très bas, stables, voire orientés à la baisse, ce qui correspond au fait qu’une partie de la ressource est en accès libre, et ne coûte rien, et que les citadins sont pauvres. Néanmoins, il existe des hausses brutales des prix du charbon causées par des ruptures d’approvisionnement associées au contrôle administratif croissant des filières (permis d’exploitation ; permis de transport…) ou à la hausse des prix du carburant ce qui augmente les coûts de transports.
Comme pour la nourriture, il existe des stratégies d’adaptation, visant à réduire les dépenses liées à la consommation de charbon : manger des plats qui ne nécessitent pas de cuisson ou des cuissons plus courtes ( le succès des pâtes chinoises en ville, comme accompagnement du riz, à la place des haricots secs), ou se contenter d’un encas acheté dans une gargote pour le repas de midi ; ou acheter le charbon de bois en très petites quantités (le charbon est vendu sur les marchés de rue en tas (toko), suffisant pour la cuisson d’un repas).
A Antananarivo, d’après toujours La Lettre, il est mentionné que le choix des sources d’énergie pour la cuisine dépend du niveau de revenus des ménages. Seuls foyers les plus aisés utilisent le gaz, sous forme de bouteilles. Le coût de départ est élevé puisqu’il faut s’équiper d’un réchaud, d’un détendeur, de bouteilles. Et le prix des bonbonnes de gaz peut connaître des hausses spectaculaires dans les périodes de crises politiques ou économiques, puisqu’il s’agit d’un combustible importé. Dans les familles des classes moyennes, on combine plusieurs sources d’énergie, selon les plats à préparer, le lieu où l’on cuisine, la situation économique familiale, ou la conjoncture nationale : plaques électriques pour chauffer l’eau, gaz pour cuire la viande, fourneau au charbon pour cuire le riz installé dehors… En ville, particulièrement à Antananarivo, le charbon de bois est plus utilisé que le bois de feu, car il permet de réduire le temps consacré à la préparation des repas. Il existe enfin une sélection assez fine en fonction de la qualité des combustibles : à Fort- Dauphin, les citadins préfèrent le charbon de bois venant de la zone sèche, semi-aride, de meilleure qualité que le charbon de bois d’eucalyptus, qui donne plus de fumée ; à Mahajanga, on préfère brûler du palissandre en raison de son fort pouvoir calorifique et parce qu’il dégage peu de fumée.
Si l’on s’intéresse non plus seulement à la consommation, mais aux usages et usagers du charbon de bois en ville, on observe aussi une corrélation entre cette source d’énergie, et la hiérarchie sociale, et spatiale notamment à Antananarivo. Le charbon de bois parce qu’il est salissant, et plus précisément parce qu’il noircit, symbolise, dans les proverbes, une chose de faible valeur, voire dégradante, et la manipulation du charbon est laissée aux catégories sociales inférieures…
Extrait La Gazette de la Grande Île – Mardi 08 Juin 2010