Une nécropole baladeuse. C’est ainsi que certains auteurs qualifient la Tranofitomiandalana ou Fitomiandalana. C’est la rangée de sept caveaux contenant les restes de sept rois d’Antananarivo depuis Andrianjaka jusqu’à Andrianampoinimerina quand le corps de celui-ci n’est pas déplacé sous les pagodes du Mausolée royal.
En réalité, neuf rois se sont succédé sur le trône d’Antananarivo entre ces deux conquérants de la forêt bleue, mais deux sont considérés comme déchus par le peuple. Il s’agit de Razakatsitakatrandriana, frêre aîné d’Andriamasinavalona, et d’Andrianamboatsimarofy, gendre d’Andrianjafy, auprès duquel celui-ci vient se réfugier quand il est chassé du trône d’Ambohimanga-Ilafy, et qui est lui-même vaincu par Andrianampoinimerina après trois expéditions très difficiles.
Situé à l’origine à l’est de Felatanambola, sous l’occupation française on déplace le Fitomiandalana à l’est du Mausolée contenant les dépouilles des monarques depuis Andrianampoinimerina. L’ordre d’installation, de la gauche vers la droite, est le suivant: Andrianjaka, Andriantsitakatrandriana, Andriantsimitoviaminandriandehibe, Andriamasinavalona, Andrianjakanavalomandimby, Andrianampoinimerina et Andrianavalonibehisatra.
Mais les restes d’Andrianampoinimerina sont à nouveau transférés dans le Mausolée royal.
C’est aussi sous Andrianampoinimerina qu’est construit Marivolanitra au coin nord-ouest du Rova d’Antananarivo. Son toit est en terrasse et le roi aime s’y prélasser tout en regardant, avec fierté sans doute, la grande plaine du Betsimitatatra qui assure la nourriture quotidienne de ses sujets. Andrianampoinimerina fait aussi aménager Kianja, la grand’place entre Masoandro, Besakana et le Fitomiandalana. C’est là qu’est installée la pierre sacrée, l’autel de sacrifice des « ombivolavita » ainsi que des bœufs en l’honneur de l’idole Manjakatsiroa. Celle-ci est inséparable du roi alors que les autres sont logées à l’extérieur du Rova: Kelimalaza est conservée au nord, juste à l’ouest du grand portail, Ramahavaly au sud, Rafantaka à l’ouest.
Quant aux parcs à bœufs, il en existe au moins deux: Menalefona proche de Kelisoa, où est gardé le troupeau royal, et Ampahibe à l’ouest de Besakana, où sont parqués les vaches laitières et les zébus de « sikidy » (art de la divination).
Pour ce qui est des meubles, on cite particulièrement les bois de lit merina qui forment des bandeaux d’environ deux mètres de long en palissandre dur d’un brun rouge sombre, gravés au trait ou sculptés de bas-reliefs. Ils sont apparus à une époque où les influences européennes commencent à se faire sentir puisqu’on n’utilisait pas de lits auparavant. Mais on doit reconnaître que les artisans de cette époque s’ils se sont inspirés d’une technique étrangère, ont atteint bien vite l’art véritable.
Les plus anciens de ces bois de lits remontent à l’époque de Radama 1er. Ils utilisent de nombreux motifs. Ce sont surtout des dessins géométriques que l’on impute, en général, aux influences arabes. « Mais les Arabes n’ont jamais fait qu’utiliser les formes antérieures à eux ».
S’agissant des motifs les plus employés, « leur lointaine origine chaldéenne est évidente: rosette astrale à six branches, rosaces solaires, carrés inscrits représentant en projection la ziqûrah babylonienne, ondes de la cosmogonie primitive et arbres de vie ». Mais on y voit aussi le bœuf, la pintade, les hommes, des écoliers qui se rendent à l’école, des files de musiciens, de soldats, de dames de la Cour en robe cloche portant l’ombrelle, de cavaliers en bicorne empanaché…
« Leurs auteurs étaient de vrais artistes au métier ferme, au dessin assuré. Ils dominent leur sujet qu’ils interprètent avec une grâce et un humour qu’on ne retrouvera plus par la suite ».

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4631 du 05-06-2010