73% de femmes actives et 74% des hommes actifs travaillent dans l’agriculture. Les données sont de l’Enquête démographique et de santé 2008-2009 (EDSMD IV) dont les résultats ont fait hier à l’immeuble du Plan à Anosy l’objet d’un atelier pour une dissémination nationale. Elles démontrent l’importance de l’agriculture en terme d’emplois et corroborent ainsi les statistiques du ministère des Finances et du Budget sur la part du secteur agricole dans la création de richesses. En 2009, ce secteur était le seul à ne pas connaître l’effondrement en affichant une croissance positive de 2,5%. La loi de finances 2010 souligne que cette croissance a été obtenue malgré le gel des financements extérieurs pour la promotion des cultures de contre-saison et l’agribusiness. En revanche, la croissance dans le secteur industriel est passée de 11% en 2008 à -0,2% en 2009. Les services ont connu le même schéma en affichant -1,3% de croissance l’année dernière. Toutes ces données montrent à quel point les secteurs secondaire et tertiaire sont très sensibles aux chocs de la crise du fait de leur proximité de la sphère des troubles politiques et économiques. L’agriculture n’a pas le même problème.

Le monde paysan est relativement loin des calculs et autres troubles du même genre. Si le climat s’y prête bien, la production agricole n’est pas affectée par les crises politiques. Mais si celles-ci perdurent, elles finiront par faire augmenter sensiblement les prix des intrants et des petits matériels agricoles. De quoi impacter le secteur agricole. Quoi qu’il en soit, les données de l’EDSMD IV sont claires : l’agriculture est le plus grand pourvoyeur d’emplois dans le pays. Seulement, les rémunérations dans ce secteur sont à un niveau très bas. Suivant une étude onusienne effectuée en 2009 sur les impacts de la crise, les salaires et rémunérations dans l’agriculture représentent seulement 5% de la valeur ajoutée générée par ce secteur. Ce taux est de 26% dans l’industrie et 45% dans les services. Comme quoi, l’emploi dans l’agriculture a besoin d’être recadré pour mettre fin à ces rémunérations qui frisent l’exploitation. Dans le sous-secteur sylviculture, la situation est pire : les salaires et rémunérations ne représentent que 1% de la valeur ajoutée.

Et quand on regarde du côté des trafics de bois précieux, les locaux sont une fois de plus le dindon de la farce. Dans ces affaires, il est question de millions de dollars, alors que les bûcherons ne touchent même pas 10 000 ariary par jour suivant les données de l’ONG internationale Global witness. En effet, ils sont rémunérés entre 3 à 4 dollars, soit entre 6 000 et 8 000 ariary par jour. Sur le marché international pourtant, le m3 de bois de rose se vend jusqu’à 5 000 dollars ou environ 10 millions d’ariary. Mais devant la sous taxation des exportations de bois précieux (30 à 40 millions de dollars en 2009 ou 4% du PIB), l’Etat n’a pas adopté la bonne politique pour redistribuer les richesses que l’on devrait tirer de l’exploitation de ces ressources. Cette redistribution pourrait toutefois améliorer les conditions des bûcherons via des projets développement locaux. Mais si la moyenne des salaires dans le secteur primaire est de 5% de la valeur ajoutée, les sous secteurs élevage et pêche affichent également un taux inférieur qui se situe à 3%. En réalité, les femmes et hommes du secteur agricole sont mal rémunérés.

Extrait La Gazette de la Grande Île –  Vendredi 04 Juin 2010