« La rencontre de deux personnages exceptionnels, Sir Robert Farquhart et Radama 1er, joue un rôle considérable dans l’avenir de Madagascar ». Selon l’archiviste paléographe Jean Valette en effet, la politique suivie à partir de 1816 par le gouverneur de Maurice devait trouver un accueil enthousiaste auprès du jeune roi des Merina. Ce dernier seconde « avec opiniâtreté et lucidité » les efforts entrepris par les Anglais pour la promotion humaine et économique de son royaume.
Robert Farquhar a un désir très réel et profond de participer à la suppression de la Traite dans l’océan Indien, et cela l’amène en contrepartie à apporter une aide substantielle à l’Imerina. C’est pourquoi il envoie d’abord auprès de Radama 1er Chardenoux qui est retourné dans l’île voisine fin août 1816. Le résultat de sa mission se concrétise par la présence à ses côtés de deux des jeunes frères du roi, Ratafika et Rahovy.
Le gouverneur de Maurice attend beaucoup du séjour de ces deux jeunes gens auxquels il désire faire donner une solide instruction et une initiation aux mœurs occidentales espérant qu’à leur retour à Madagascar, ils deviennent « les meilleurs ambassadeurs de l’influence anglaise ». Il confie l’éducation des jeunes princes à un sergent écossais de l’armée des Indes, James Hastie. Pour faciliter la tâche de ce dernier, il rédige des instructions sur la façon dont il la conçoit. Extraits.
« En premier lieu, votre but sera de gagner l’estime et la considération de ces deux jeunes gens par des soins attentifs, vigilants et paternels à tous égards, en étant particulièrement soucieux de la propreté de leur corps, de leurs vêtements, de leur logement et de leur literie. Vous leur apprendrez la ponctualité et l’exactitude de même dans les points les plus minimes concernant ces objets, qui sont importants pour assurer leur santé et pour les aides des personnes qu’ils fréquenteront (…).
« Vous éviterez dans votre propre conduite de provoquer cette familiarité qui est incompatible avec une stricte obéissance à toutes vos directives, de telle sorte que par la correction de votre comportement, vous leur donniez l’exemple et que tout manque de respect, toute inattention ou désobéissance puisse être suffisamment marqué par l’expression de votre désapprobation, sans qu’il vous soit besoin d’avoir recours à des mesures plus sévères (…)
« Vous leur apprendrez l’anglais en tout premier lieu. Pour y parvenir, vous éviterez autant que possible qu’ils aient des rapports avec les domestiques qui parlent malgache. Dans ce but, vous ferez l’acquisition d’un vocabulaire anglais et vous noterez en marge sa traduction malgache. Vous leur ferez faire des exercices écrits sur ce vocabulaire et vous les interrogerez de telle sorte que vous-même acquériez également une connaissance de leur langue telle que vous puissiez converser avec eux sans difficulté (…)
« Vous prendrez soin à ce que personne ne s’immisce dans leurs études, ou les frappe, ou les moleste si peu que ce soit. Vous ne leur permettrez pas de se mêler à qui que ce soit, soit blanc, soit noir. Vous ne leur apprendrez aucune farce susceptible d’ennuyer ou de troubler les domestiques. Bien au contraire, apprenez-leur à faire toutes choses par eux-mêmes, autant que cela se pourra et à être aussi peu dépendants que possible pour la réalisation de leurs souhaits (…) »
Ces instructions s’accompagnent d’un horaire fixe déterminant le programme de la journée et du menu précisant la quantité de la nourriture quotidienne.

Extrait l’Express de Madagascar – Edition n° 4625 du 29-05-2010