« Les raketa, ces espèces de cactus comestibles, servent de nourriture plus ou moins complètes à certaines populations dans des zones très reculées, dans la partie Sud de la Grande Ile. Mais lorsque ces raketa viennent à manquer, ils commencent à consommer des raketa mena, une espèce de cactus amer vraiment répulsif, pour survivre » raconte Solonirina Ranaivojaona de l’USAID qui fait souvent le déplacement sur la zone très reculée où « l’on n’a plus l’impression d’être à Madagascar ». Le tableau semble irréel, comme tout droit extrait des scènes du film « Les Dieux sont tombés sur la tête », pourtant la situation est réelle. L’insécurité menace une grande partie de la région Androy, et les aides alimentaires commencent à s’organiser pour pourvoir d’assez de vivres pour que la population locale puisse tenir jusqu’à la prochaine récolte de contre-saison en juillet.

Le Système d’Alerte Précoce a annoncé que 65 communes seront en difficulté alimentaire dans les mois à venir, soit près de 900 000 personnes. Un cas alarmant par rapport aux statistiques de l’année précédente s’élevant 49 communes, mais bien en deçà de celui de 2006/2007 avec 40 communes.

557 millions Ar. Les aides d’urgence commencent donc réellement à se mettre en place. Récemment, l’USAID a fait état du montant de ses aides aux catastrophes, dont fait partie la menace d’insécurité alimentaire, d’une valeur de 1,5 million de dollars qui va essentiellement servir dans l’accès à l’eau potable à travers ses ONG partenaires. Le gouvernement Suisse a également apporté son aide face à cette catastrophe en débloquant 276 000 dollars, soit 557 millions Ar, pour prévenir la famine dans le Sud. Cette contribution a été remise au Programme Alimentaire Mondial qui l’utilisera pour l’achat de 430 tonnes de maïs et de légumineuses. Plus de 90% de cette contribution sont utilisées pour des achats locaux favorisant ainsi la production nationale. Cette assistance fera bénéficier à 115 000 personnes une ration alimentaire journalière, soit 1 500 tonnes de vivres distribuées dans 32 communes prioritaires.

Apport du PAM. De récentes évaluations du Cluster « Sécurité Alimentaire et Moyens de Subsistance» ont démontré l’efficacité des activités conduites depuis octobre 2009 par le PAM et ses partenaires. Des activités Vivre Contre Travail (ou VCT) ont permis à 250 000 personnes et d’obtenir une couverture nutritionnelle correcte, et ont permis à 92 000 femmes enceintes et/ou allaitantes et enfants de moins de 2 ans de maintenir à des niveaux assez bas le taux d’insécurité alimentaire, malgré la période de soudure. Pour répondre aux urgences de 2010, le PAM aurait besoin de 12 200 tonnes de vivres, soit 7,9 millions de dollars. 80% de ses besoins ne sont pas encore couverts. Toujours dans le Sud, le PAM distribue quotidiennement un repas scolaire à 165 000 élèves. Le contexte actuel affecte d’une manière inquiétante le financement des cantines scolaires : 4 100 tonnes de vivres, soit 2.9 millions de dollars, manquent encore pour assurer la continuité à la rentrée d’octobre 2010.

Extrait Midi Madagasikara – Mercredi 26 Mai 2010