Il est de retour d’une grande tournée en Europe. Rajery est un habitué de ces sorties à l’étranger qui lui permettent de côtoyer les grands noms de la World Music. Que ce soit avec les 3MA, ce fameux trio qu’il forme avec le Malien Ballaké Sissoko et le Marocain Driss El Maloumi ou avec son groupe, il défend une certaine idée de la musique: l’authenticité allant de pair avec le professionnalisme. Il ne ménage pas sa peine pour permettre à d’autres artistes malgaches d’intégrer les circuits internationaux . Angaredona, le festival des musiques vivantes qu’il a créé, a permis d »éveiller l’intérêt des professionnels étrangers. Mais, il y a encore beaucoup à faire pour égaler les musiciens du continent africain. Bien qu’il déplore qu’il n’y ait pas suffisamment d’artistes malgaches sur la scène internationale, il fait preuve d’un optimisme raisonné sur les chances de tous les autres de trouver leur place au soleil. Interview.

Vous venez tout juste de rentrer d’un voyage à l’extérieur.  Vous êtes cette fois-ci parti en tournée avec votre propre groupe.  Comment arrivez-vous à vous partager entre 3MA et votre propre formation ?

Il s’agit de deux choses bien différentes. 3MA, c’est une belle aventure à laquelle j’ai pris part avec plaisir. Cela a commencé à Tana et cela a continué sur la scène internationale. Mon association avec Ballaké Sissoko et Driss El Maloumi est une belle réussite. A chacune de nos retrouvailles, c’est la même magie qui s’enclenche. Le succès du trio parle de lui-même. Nous avons chacun notre propre carrière et donc, nous nous arrangeons pour ne pas la gêner. Le groupe Rajery est pour moi une priorité. C’est mon image de marque. Mes musiciens et moi faisons en sorte de montrer une image très professionnelle.

Comment s’est passée cette tournée?

Elle s’est passée merveilleusement. Nous nous sommes produits en France, en Hollande et en Belgique. L’accueil du public a été très chaleureux.

Vous êtes un habitué des circuits internationaux. Est-ce que vous croisez souvent le chemin d’autres artistes malgaches lors de vos tournées?

Je dois vous dire que je ne rencontre pas beaucoup d’artistes malgaches lors de ces festivals. Ce sont toujours les mêmes que je vois. Je le déplore d’ailleurs. Il y a Régis Gizavo, D’Garry, Erick Manana et le groupe Talike.  J’allais oublier le « Malagasy orchestra » de Justin Vali qui commence à faire parler de lui à l’extérieur.

Vous avez créé le festival Angaredona pour mettre en valeur cette richesse musicale qui fait la fierté des artistes malgaches. La dernière édition a vu la présence de beaucoup de producteurs étrangers. Quel résultat en a-t-on tiré ?

Cette venue des professionnels étrangers a été positive dans la mesure où ils ont pu découvrir la diversité de la culture musicale malgache. Mais en notre défaveur, il y a cette crise qui touche le milieu de la musique internationale et, avec elle, est arrivé l’arrêt des subventions. Notre problème majeur est notre éloignement et la cherté des moyens de transport. Il faut donc être très performant pour intéresser ces professionnels.

En ce moment, plusieurs grandes vedettes malgaches font des tournées en France. Ne s’agit-il pas d’une excellente nouvelle ?

Je vois de quels artistes vous parlez. Ces derniers ne se produisent que devant la diaspora. Seul Tsiliva va se produire dans des festivals. Il a attiré l’attention des professionnels étrangers lors de la dernière édition d’Angaredona. Mais à la différence des autres, il a eu un encadrement professionnel.

Venons-en à la préparation de la prochaine édition d’Angaredona. Quel visage va-t-il avoir ?

Nous sommes en pleine préparation. Ce sera une édition plus courte. Elle va durer une semaine et il y aura moins d’artistes. Nous allons privilégier la qualité à la quantité. Nous sommes également confrontés au problème de date. On ne sait pas si on va maintenir celle de septembre.

Extrait Midi Madagasikara Vendredi 21 Mai 2010