Lors de la 15ème conférence des parties sur la convention CITES sur le commerce des espèces menacées qui s’est tenue à Qatar du 13 au 25 mars dernier, Madagascar a été notifié d’un moratorium de 6 mois, allant jusqu’au 30 septembre, qui suspend le commerce de tous les produits issus du crocodile, qu’ils proviennent des fermes ou des artisans. Cette suspension aura un impact considérable sur le secteur qui est déjà affecté par la crise actuelle, particulièrement suite à la baisse de fréquentation des touristes. Par ailleurs, les importateurs vont se tourner vers d’autres pays fournisseurs. Il est à espérer que cette situation devrait permettre à toutes les parties prenantes dans la filière, des autorités de tutelle aux collecteurs sur terrain, de se rapprocher et de travailler ensemble dans la transparence, pour une meilleure gestion durable de cette espèce.

Si elle était bien gérée, la filière crocodile apporterait des bénéfices économiques considérables pour tous ceux qui y sont impliqués et, partant, pour le pays. Le prix du centimètre de peau de crocodile sur le marché international peut atteindre 4 USD, selon la qualité. En 2007 par exemple, les produits dérivés du crocodile apportaient plus de 13 millions d’Ariary en redevances à l’Etat, ce qui représente plus de 28% des redevances totales venant du commerce des espèces sauvages (faune et flore), sur un chiffre d’affaire de plus de 1,4 milliards d’Ariary.

Espèce protégée

La population de crocodiles du Nil (Crocodylus niloticus) de Madagascar est inscrite à l’Annexe II de la CITES, la convention internationale des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. À l’heure actuelle, ces animaux ne sont pas nécessairement menacés d’extinction, mais ils risquent de disparaître de nos rivières si le commerce dont ils font l’objet n’est pas contrôlé strictement. D’une manière générale, le commerce international des spécimens des espèces inscrites à l’Annexe II peut être autorisé, mais doit faire l’objet d’un permis d’exportation ou d’un certificat de réexportation.

Manque de contrôle

Pour le cas de Madagascar, le problème se situe à deux niveaux. Le premier se rapporte à l’élevage en ranch. En effet, il est stipulé que toutes les parties devraient interdire le commerce des produits issus d’un tel établissement d’élevage, à moins que ce commerce respecte la réglementation en la matière. La raison en est que cet élevage en ranch pourrait servir à dissimuler ou à blanchir des peaux de crocodiles adultes capturés dans la nature. Quant au second point, il se rapporte sur les lacunes conIl a été constaté que la supervision et le contrôle des fermes d’élevage étaient insuffisants, et que cet état de chose favorisait les abus. Par ailleurs, les informations sur l’état du stock dans la nature ne sont pas disponibles pour bien asseoir les quotas de commerce annuel. Dans ses recommandations, la CITES avait alors suggéré que la Stratégie et plan de gestion des crocodiles de Madagascar, préparée en 2004, devrait être actualisée puis appliquée d’une manière effective. Par ailleurs, des recommandations spécifiques sur le programme d’élevage en ranch de Madagascar ont formulées, et qui ont, notamment, amené à la suspension temporaire des exportations de spécimens de C. niloticus provenant de l’un des établissements existant dans le pays.statées concernant le suivi des populations de crocodiles du Nil à Madagascar.

Il a été constaté que la supervision et le contrôle des fermes d’élevage étaient insuffisants, et que cet état de chose favorisait les abus. Par ailleurs, les informations sur l’état du stock dans la nature ne sont pas disponibles pour bien asseoir les quotas de commerce annuel. Dans ses recommandations, la CITES avait alors suggéré que la Stratégie et plan de gestion des crocodiles de Madagascar, préparée en 2004, devrait être actualisée puis appliquée d’une manière effective. Par ailleurs, des recommandations spécifiques sur le programme d’élevage en ranch de Madagascar ont formulées, et qui ont, notamment, amené à la suspension temporaire des exportations de spécimens de C. niloticus provenant de l’un des établissements existant dans le pays.

Un plan d’action de trois ans (2007-2010) avait été établi pour améliorer la gestion du crocodile à Madagascar, a indiqué Tiana Ramahaleo, coordonateur du programme sciences de la conservation et espèces, au WWF Madagascar et Océan Indien Occidental. Dans le cadre de ce plan, des travaux de recherche sur terrain pour mieux comprendre l’abondance et les exploitations de crocodile le long des rivières historiquement riches en crocodile ont été commissionnés par WWF, a-t-il dit. « Ces travaux ont montré que le long de la Mahavavy, on trouve à peine un crocodile par km de rivière. La situation est un peu meilleure le long des rivières Soahany et Manambaho, ainsi que leurs affluents, où l’abondance relative atteint jusqu’à 5 individus par km. Sur une centaine de crocodiles recensés, la taille est estimée à 3 pieds au maximum, ce qui veut dire que les crocodiles de grande taille font l’objet d’une chasse très active dans les sites étudiés. L’autre explication aussi est que due à la pression de chasse très forte, les grands individus sont devenus très méfiants et se cachent facilement », a conclu Tiana Ramahaleo.

La chasse

Ces données contredisent la perception générale qui indique que les crocodiles sont encore en nombre à Madagascar. En fait, une telle perception est souvent alimentée par les attaques qui sont souvent l’œuvre d’un nombre limité d’individus dangereux. Au cours du dernier trimestre 2009, des études ont été menées dans la Région du Melaky, par une équipe du Département de biologie animale de l’université d’Antananarivo. Les attaques existent bel et bien dans les sites visités où les communautés sont très exposées à ces animaux. Ainsi, le long de la rivière Mahavavy, 5 personnes sont mortes suite aux attaques de crocodile en 2008. Dans les zones traversées par les rivières Manambaho et Soahany, 8 personnes ont été tuées, et plus d’une vingtaine blessées. Les communautés paient un lourd tribut économique à cause des crocodiles car dans les sites visités, les crocodiles tuent plus d’une cinquantaine de bœufs par an, par endroit.

Selon Andry Malalan’Ny Aina Rakotondrazafy, membre national du Groupe des Spécialistes des Crocodiles, « l’esprit qui prévaut généralement est de considérer tous les crocodiles comme dangereux et que, de ce fait, ils devraient être tués. Ceci est exacerbé par le fait que la culture protectrice des crocodiles est en train de disparaître dans plusieurs régions de Madagascar », a-t-il poursuivi. « Les conséquences sont dramatiques pour les populations de crocodiles car des individus encore très jeunes sont tués, et des œufs sont détruits systématiquement. La plupart du temps, la chasse est effectuée par des chasseurs spécialisés venant d’autres régions, et les communautés locales ne perçoivent généralement pas les retombées économiques des ventes des produits du crocodile », a-t-il conclu.

Sur une portion de la rivière de Soahany, l’équipe a recensé une douzaine de nids sur une portion de un kilomètre. C’est une zone de collecte d’œufs destinés à une ferme installée à Antananarivo, une collecte de 2,000 œufs environ, par an, au cours des cinq dernières années. Quant au nombre de chasseurs, ils se comptaient par centaines dans les années 80 et 90, mais, aujourd’hui, ils ne sont que trois. La plupart se sont reconvertis dans d’autres activités, car les prix des peaux vertes ont considérablement chuté.

Extrait Madagascar Tribune – mercredi 19 mai 2010